Les professionnels des déchets tablent sur une hausse de l'incinération
La quantité de déchets incinérés va augmenter en France dans les années à venir, selon un scénario présenté ce 26 janvier par la fédération des entreprises du secteur (Fnade), qui tablait jusqu'ici sur une stagnation. Les professionnels de la gestion des déchets, en charge notamment des décharges et des incinérateurs, réclament en outre à l'Etat un "cadre réglementaire" au sujet des "polluants éternels" ou PFAS, qui inquiètent toujours plus pour leurs effets potentiels sur la santé.
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L’analyse prospective présentée par la Fnade ce 26 janvier table sur une augmentation d'ici 2030 d'un peu plus d'un million de tonnes (Mt) des capacités traitées par les incinérateurs, à 15 Mt de déchets incinérés par an. "Ca prend un peu la place, finalement, de la filière qui devait se développer de combustibles solides de récupération (CSR)", a expliqué lundi Antoine Bousseau, président de la fédération des professionnels de la gestion des déchets, lors des voeux à la presse.
Cette filière, destinée à l'origine à décarboner l'industrie, devait se développer pour alimenter, comme les incinérateurs classiques, les réseaux de chaleur urbains, mais elle a vu son développement stoppé par l'arrêt des subventions de l'Ademe, qui assuraient son équilibre économique. Compte tenu des projets déjà engagés, la Fnade table sur 1,5 Mt de déchets traités par des chaudières CSR d'ici 2030, alors qu'elle misait initialement sur 3 Mt à cette échéance.
Repli des mises en décharges
Concernant les mises en décharges, qui représentent aujourd'hui la destination de 19% des déchets non dangereux (contre 19% de déchets incinérés et 62% de déchets recyclés), la Fnade s'attend à un fort repli à moins de 5% de mises en décharge d'ici 2050, notamment en raison de la hausse de la fiscalité sur ce mode de traitement.
Côté incinération, après le pic de 2030, la Fnade prévoit une baisse des tonnages, anticipant une moindre production de déchets par habitant et un développement du recyclage. Les nouvelles capacités mises en oeuvre actuellement sont essentiellement des extensions d'installations existantes, selon Antoine Bousseau, qui indique que ces incinérateurs qui ont 20-25 ans, "repartent souvent pour une concession de 20 ans", avec une nouvelle ligne. Ces nouvelles lignes, d'ici 20 ans, seront encore pleinement opérationnelles, alors que les plus anciennes ne seront probablement pas remplacées pour tenir compte d'une baisse des besoins, a-t-il expliqué.
Il a salué l'évolution de la fiscalité retenue par le gouvernement pour le budget 2026, qui prévoit une augmentation "raisonnable" de la fiscalité des déchets incinérés d'un euro la tonne par an pour les cinq prochaines années, passant de 15 à 20 euros la tonne acquittés par les communes.
Besoin de cadre réglementaire pour les PFAS présents dans les déchets
Par ailleurs, les professionnels de la gestion des déchets ont réclamé lundi à l'Etat un "cadre réglementaire" au sujet des "polluants éternels" ou PFAS, qui inquiètent toujours plus pour leurs effets potentiels sur la santé. Le sujet est d'autant plus complexe que les acteurs du déchet se retrouvent "en bout de chaîne", a déclaré Antoine Bousseau. "On fait tout pour mettre sur la table le maximum de données (...) pour essayer maintenant d'avoir un cadre réglementaire", a-t-il déclaré. Il a évoqué "une situation très inconfortable" : "les PFAS que tout le monde a consommés, nous on les trouve dans les déchets qu'on collecte, dans les déchets que l'on trie, que l'on traite".
"Il faut savoir quel est le niveau normal, acceptable et encore une fois, surtout, quelle est la toxicité de ces produits, on n'a aucune idée", a ajouté le président de la Fnade, déplorant l'absence de normes de rejets, contrairement à l'eau potable par exemple, où des seuils existent pour certains PFAS.
Il a également évoqué le recyclage des plastiques contenant des polluants éternels, s'interrogeant sur le caractère opportun du recyclage de ce type de molécule. "Il me semble que c'est de l'intérêt général de commencer à mettre des règles, quitte, peut-être, à ne pas être assez rigoureux dans certains cas, ou trop peut-être dans d'autres", a ajouté Antoine Bousseau.