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Les réseaux internet risquent-ils la saturation ?

Interpellés sur la capacité des réseaux à supporter l'afflux de connexions, les opérateurs télécoms se sont montrés rassurants. Avec le confinement imposé à l'ensemble de la population, la saturation pourrait cependant venir, obligeant les pouvoirs publics à réguler le trafic internet. Quant aux sites et plateformes de travail, ils sont d'ores et déjà souvent saturés.

Télétravail, visioconférence, plateformes collaboratives, cours en ligne… à l'heure de la pandémie, la continuité des services passe essentiellement par internet. Des usages professionnels largement minoritaires cependant par rapport à la consommation de vidéo ou de jeux en streaming. En Italie, les connexions internet ont augmenté de 20 à 30% depuis les débuts du confinement de la population. La mise en œuvre d'un dispositif similaire en France devrait encore accroître cette montée en flèche de la demande en bande passante. Les réseaux télécoms seront-ils en capacité de supporter cet afflux de connexions ? Les opérateurs télécoms se veulent rassurants. Michel Combot, directeur général de la Fédération française des télécoms (FFTelecom) a ainsi déclaré au Figaro "cela fait plusieurs semaines que les opérateurs télécoms se préparent. Ils se sont organisés en brigades, pour limiter les contacts entre les salariés, tout en étant à même d’assurer le maintien des réseaux et la continuité de service pour le télétravail". Chez Bouygues Telecom on ajoute que “les réseaux sont dimensionnés pour faire face au pic de communication que nous enregistrons le soir”. Même son de cloche chez Orange, dont le président Stéphane Richard a assuré à plusieurs reprises ces dernières semaines qu'il n'y avait "pas de risque de saturation" du réseau d'Orange.

Le principe de neutralité du net mis entre parenthèse ?

La décision de confiner la totalité de la population depuis mardi midi pourrait cependant changer la donne. Aux millions de personnes télétravaillant, va en effet s'ajouter une migration des usages professionnels transitant habituellement par des réseaux privés vers les réseaux grand public. Les semaines qui viennent pourraient s'annoncer compliquées, aussi les pouvoirs publics réfléchissent-ils à une régulation du trafic internet. En d'autres termes, il s'agirait de remettre en cause temporairement le principe de neutralité du net, garanti par l'Europe et l'Arcep, afin de préserver des réseaux plus que jamais vitaux. Ce cas de figure a du reste été prévu par le régulateur des télécoms européen, le Bérec. Les lignes directrices sur la neutralité du net élaborées en 2016 prévoient en effet que les fournisseurs d'accès "s’abstiennent de bloquer, de ralentir, de modifier, de restreindre, de perturber, de dégrader ou de traiter de manière discriminatoire des contenus, des applications ou des services spécifiques ou des catégories spécifiques de contenus, d’applications ou de services, sauf si nécessaire et seulement le temps nécessaire". Il faudra cependant que les pouvoirs publics précisent les modalités de mise en oeuvre de cette régulation du trafic ainsi que les services concernés. Les plateformes vidéo comme YouTube ou Netflix ou de jeux comme Fortnite, très consommatrices en bande passante, semblent cependant les premières visées.

De nombreux sites indisponibles

Les réseaux ne sont cependant qu'un maillon de la chaîne du web. Les plateformes et sites internet doivent en effet être dimensionnés pour accueillir un afflux soudain de connexions sous peine de saturation. Le site du ministère de l'Intérieur, sur lequel on peut télécharger l'attestation justifiant ses déplacements, était par exemple inaccessible mardi 17 mars au matin. Et depuis le début de la semaine, les réseaux sociaux se font l'écho de la saturation des espaces numériques de travail (ENT), empêchant enseignants et élèves d'accéder à leur messagerie privative et aux ressources pédagogiques. Edouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire, a reconnu sur Franceinfo "une certaine forme de saturation" des espaces numériques de travail et promet une résolution "rapide" des problèmes de connexion.

De bonnes pratiques pour éviter la saturation

La non-saturation des réseaux et outils de travail est cependant aussi affaire d'adaptation des pratiques individuelles. Dès la semaine dernière, la direction interministérielle du numérique (Dinum) a diffusé des recommandations aux fonctionnaires contraints au télétravail : éviter de télécharger de gros fichiers, limiter si possible la consultation d'internet entre 10h30 et 15h30, réserver la consultation d'internet aux usages professionnels et déconnecter d'internet tous les appareils qui ne seraient pas indispensables. La Dinum a également étoffé les outils mis à disposition des agents publics avec une messagerie instantanée couplée à un annuaire et un logiciel de webconférence permettant de mener des réunions en ligne. De son côté l'Arcep a publié le 16 mars des conseils pratiques pour optimiser son réseau à la maison (voir ci-dessous).

Optimiser sa connexion à la maison

Face à un recours massif au télétravail, l'Arcep a publié des recommandations pour aider les télétravailleurs à optimiser leur réseau domestique. Dans une maison où le nombre d'appareils connectés à une même box peut dépasser les 10 unités, l'autorité de régulation appelle à prioriser et séquencer les usages - la vidéo, très consommatrice en bande passante, étant à utiliser avec parcimonie. Elle indique que la plupart des box fibre donnent la possibilité de créer deux réseaux Wifi, un des deux réseaux pouvant donc être dédié au télétravail. En cas d'usage d'un réseau privé virtuel (VPN), elle recommande l'usage d'un câble Ethernet, qui garantit un débit plus stable que le Wifi. Enfin, si la 4G est plus performante que la connexion filaire, les détenteurs de smartphones peuvent aussi transformer leur mobile en point d'accès wifi pour y connecter leur ordinateur.

 

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