Les stations thermales entre deux eaux

Toujours sans date de réouverture, les stations thermales à l’arrêt depuis le mois d’octobre sont dans l’impasse. Toutefois, un dispositif de prise en charge des coûts fixes, calqué sur celui des stations de ski, sera dévoilé d’ici la fin du mois, après validation de Bruxelles. Sans qu’on sache pour le moment s’il comportera une part de rétroactivité sur 2020. Sur le plus long terme, le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel, remettra ses préconisations au gouvernement au mois de mai en vue d'une "diversification" de leurs activités.

Après les stations de ski, les stations thermales vont à leur tour pouvoir bénéficier du "fonds de solidarité renforcé". C’est ce qu’a annoncé le ministre délégué aux PME, Alain Griset, jeudi 4 mars, en visite à Challes-les-Eaux (Savoie). "À la fin du mois de mars, les dispositifs financiers seront opérationnels pour les thermes", a-t-il dit, lors d’un point presse.

Prévu pour les secteurs fermés administrativement (hôtellerie, restauration, tourisme...), le fonds de solidarité renforcé a été étendu aux stations de ski. Ce dispositif permet de compenser 70% des charges fixes pour les entreprises de plus de 50 salariés et 90% pour celles de moins de 50 salariés. Il est mis en route ce mois-ci avec effet rétroactif au 1er janvier. "Nous avons pris les dispositions nécessaires pour permettre [aux stations thermales] d’être au même niveau que les autres activités dans le cadre du fonds de solidarité", a déclaré le ministre. "Très clairement, les thermes vont pouvoir bénéficier de ce qu’on appelle le fonds de solidarité renforcé, on a encore quelques petits sujets à régler avec la Commission européenne mais c’est une question de jours. Dès que ce sera validé nous prendrons les décrets."

La situation est particulièrement délicate pour les établissements gérés en régie (soit 30% des 113 établissements thermaux) qui, s’ils ont enfin pu bénéficier de l’activité partielle, ne sont pas éligibles à tous les concours financiers, notamment les prêts garantis de l’État. Or la fermeture constitue une charge considérable pour les budgets municipaux de ces communes de petite taille, comme c’est le plus souvent le cas.

Mais pour les établissements thermaux, la mesure ne sera pas suffisante pour éponger les pertes très lourdes de 2020. Selon Bernard Riac, PDG de Valvital (deuxième groupe thermal de France avec 11 établissements), la profession est aujourd’hui "exsangue" après avoir connu un exercice 2020 "catastrophique" et un début 2021 qui le sera tout autant. Les pertes sont estimées entre 60 et 70% l’an dernier.

Une demande de 82 millions d'euros

"La sécurité sociale a économisé 200 millions avec le nombre de curistes qu’il y a eu en moins ; l’ensemble de la profession, pour sauver 10.000 emplois en France, réclame 82 millions", a-t-il fait valoir, jeudi, au micro de France bleu, en marge de cette visite.

Des chiffres confirmés par le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel, qui s’est vu confier en décembre dernier par le Premier ministre une mission sur l’avenir du thermalisme. "En 2019, on comptait 600.000 curistes, ils n’étaient que 200.000 en 2020 : 400.000 curistes qui n’ont pas fait leur cure, cela représente une économie d’environ 200 millions d’euros pour l’assurance maladie", explique-t-il à Localtis. "La question se pose donc de savoir s’il peut y avoir des opérations rétroactives ou si, sur 2021, on ne pourrait pas aussi compenser une part des pertes de 2020", développe-t-il. Le gouvernement avance à tâtons. Le sujet fait l’objet de discussions entre Bercy et le secrétariat d’État au Tourisme, mais la crainte est que cette mesure "fasse tache d’huile pour d’autres activités".

Fermés depuis le reconfinement d’octobre, les établissements attendent aussi ardemment de connaître une date de réouverture. Ils font valoir que l’ouverture à l’été 2020, avec les précautions nécessaires, n’a engendré aucun cluster. "Les professionnels ont besoin d’avoir une vue sur le redémarrage de la saison thermale, d’autant qu’il faut compter entre trois semaines et un mois pour remettre une station en route", souligne Jean-Yves Gouttebel, qui met aussi en avant le bénéfice thérapeutique des thermes sur une population fragilisée. "Les thermes pourraient répondre à tout ce qui est post-Covid, argue l’élu, souvent les personnes touchées par le Covid ont parfois des séquelles d’ordre respiratoire, comme des bronchites chroniques." Ce qui impliquera de mettre les médecins dans la boucle afin qu’ils prescrivent des cures.

"Quand on regarde globalement, on voit qu’à 70% les communes thermales ont moins de 5.000 habitants. À côté de l’impact économique, il y a un impact territorial très important", souligne encore Jean-Yves Gouttebel, rappelant que la filière thermale représente quelque 100.000 emplois directs et induits aujourd’hui directement menacés.

Diversification

Au-delà des mesures de soutien immédiates, le travail du président du Puy-de-Dôme consiste à faire des propositions sur la diversification des activités thermales, l’état du parc de logements et sur le modèle même du thermalisme. "Les cures traditionnelles de trois semaines sont-elles toujours la bonne maille ? La situation ne peut-elle être pas différente en fonction des pathologies ?", interroge l’élu qui souhaite également aborder la place du "préventif par rapport au curatif". Le thermalisme se trouve à la croisée de plusieurs dispositifs : le plan Montagne, le programme Petites Villes de demain qui profite à de nombreuses villes thermales, la relance (la Banque des Territoires a prévu une enveloppe de 300 millions d’euros pour les secteurs du thermalisme, de la montagne et de la plaisance dans le cadre du plan de relance tourisme)... "Il faut une coordination interministérielle pour qu'on n'ait pas un millefeuille d'interventions mais un système cohérent et lisible", souligne Jean-Yves Gouttebel.

 

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