L’île d’Yeu renoue avec son agriculture par un projet de consensus (85)

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par
Michel Léon
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Aménagement et foncier

Vendée

Et si, à terme, les Islais mangeaient local ? Avec son projet Terres fert’île, lancé en 2014, la municipalité de L’Île-d’Yeu part à la reconquête de ses terres agricoles. Misant sur le consensus avec les habitants et les acteurs locaux, elle tente de maîtriser toute la chaîne, du foncier à l’assiette. Un processus lent pour une démarche de résilience alimentaire au long cours...

Sur l’île d’Yeu (Vendée) les exploitations agricoles se comptent sur les doigts des deux mains. Chaque année depuis sept ans, le Collectif agricole, une association créée en 2011 pour accueillir les porteurs de projets et faciliter l’accès au foncier, organise une journée portes ouvertes dans l’une d’elle, à tour de rôle, pour les faire découvrir aux habitants du territoire et donner du corps aux liens qui unissent consommateurs et producteurs.

Succès des portes ouvertes

Le 21 octobre 2018, cette opération portes ouvertes a connu un réel engouement : plus de 500 insulaires sur 4.700 habitants sont venus visiter la nouvelle ferme d’élevage de poulets de chair, dont le hangar a été construit au cours d’un chantier collectif.

Associer les habitants au projet agricole

"Une première, note l’adjoint au maire, Michel Charuau. Comme si, par cette présence, les habitants manifestaient un réel intérêt pour Terres Fert’île, le projet de valorisation du potentiel agricole de l’île d’Yeu que nous portons depuis 2014, avec nos associés, (lire l’article ci-dessous). Comme si nos intentions de travailler au développement durable de l’île et d’avancer dans cette démarche par consensus étaient vraiment partagées."

Agir sur le foncier et adapter l’offre et la demande

Pourtant l’équipe municipale n’a pas caché la complexité du processus aujourd’hui en cours, long et multiforme, pour augmenter à terme la production locale en privilégiant le bio : il faut d’abord réunifier le foncier puisque l’île n’a pas fait l’objet de remembrement, financer le défrichage de quelques hectares à remettre en culture en identifiant de nouveaux exploitants, mais aussi intervenir aux deux bouts de la chaîne alimentaire pour adapter l’offre et la demande.

Nourrir les Islais avec les produits locaux

Ambitieux programme pour une île de 2.330 hectares, dont 500 sont en friche. "À terme, souligne l’élu, il s’agit ni plus ni moins de nourrir de façon autonome la population locale, en travaillant à une résilience alimentaire de l’île. D’après une étude, une production locale y pourrait suffire, comme au XIXe siècle !"

8.000 m2 de terres en cours de défrichage

Mais avant, il faut batailler pour défricher et faire passer de 3 % actuellement à 5 % les terres exploitées en cultures fruitières et légumières (soit environ 50 hectares). C’est-à-dire inverser les flux puisque l’île s’alimente encore aujourd’hui à plus de 90 % via le continent.
 "À ce jour, indique l’élu, grâce aux contacts avec près de 600 propriétaires fonciers dont 175 sont favorables au projet Terres Fert’île, 8.000 m2 sont en cours de défrichage, pris en charge par le projet."

Un chantier qui progresse par consensus

Des avancées obtenues par consensus, la municipalité étant très attachée à renouveler la démocratie locale et à privilégier la gestion participative. S’est ainsi constitué sur ce projet un comité de développement de l’agriculture (CDA), où se retrouvent élus, agents communaux, le Collectif agricole, Yeu Demain, une association islaise de protection de l’environnement, et tous les agriculteurs de l’île.

Terres de liens et la Safer sont partenaires

S’appuyant sur l’expertise en méthodologie de l’association Terre de Liens Pays de la Loire associée au projet dès le départ, ce CDA valide régulièrement les avancées du projet : deux fois par mois en bureau et deux à trois fois par an avec les agriculteurs en assemblée générale. Grâce à Terre de Liens, la commune a signé une convention avec la Safer, qui préempte au profit de la commune toute cession inappropriée de terrains agricoles. C’est le cas lorsque l’acquéreur n’est pas un agriculteur ou que la vente dépasse de 1 à 3 € du m2 selon la qualité du sol.

Financements nationaux et européens

Le CDA n’a pas non plus ménagé ses efforts pour rassembler divers financements de la part des fonds européens Leader pour le défrichage du foncier, du ministère de l’Agriculture (via un prix lors d’un appel à projets du Programme national pour l’alimentation) et de l’Ademe pour le diagnostic sur la suffisance alimentaire et le développement des circuits-courts, mais aussi de la Fondation de France, du conseil régional et de la commune.

Gain d’un hectare supplémentaire

Dès le premier hectare récupéré, en 2018, le CDA a lancé un appel d’offres, encore en cours, étudiant en parallèle des projets d’agrandissement des exploitations existantes et l’installation d’un élevage de chèvres, la plantation d’une vigne et de crocus pour le safran.

Associer cuisines collectives, restaurateurs et grandes surfaces

Ce gain incite aussi le CDA à travailler sur l’adéquation de l’offre et de la demande : à plusieurs reprises déjà, les exploitants agricoles ont rencontré les responsables des deux cuisines collectives de l’île (scolaire et personnes âgées), les gestionnaires des deux grandes surfaces, les restaurateurs, etc. Autant d’avancées qui expliquent l’adhésion de la population.

Agriculture vivrière menacée par la pression foncière

Les terres agricoles ont été longtemps négligées à l’île d’Yeu (4.700 habitants). Après le cabotage le long de la côte Atlantique au XIXe siècle dominé par les marins islais, l’île s’est tournée vers la pêche au XXe siècle, activité complétée souvent par une agriculture vivrière : sans remembrement, les terres agricoles ont été, au fil des héritages, divisées en petits lots et se sont enfrichées. L’installation d’agriculteurs a aussi pâti de la pression foncière et des investissements des estivants. Actuellement, une petite dizaine d’exploitations agricoles se partagent 50 des 2.330 hectares de la surface totale de l’île, soit 3 % du territoire (au lieu de 1.100 hectares en 1950). Il ne reste plus que trois maraîchers, dont deux s’efforcent d’écouler leur production toute l’année sur le marché du port ou à la ferme par le biais de paniers destinés aux insulaires.

Contact(s)

Commune de L'Île-d'Yeu

Quai de la Mairie
85350 L'Île-d'Yeu
02 51 59 45 45
Nombre d'habitants : 4726

Michel Charuau

Deuxième adjoint chargé du développement économique

Mounia Tonazzini

Chargée de mission Terres Fert'île, comité de développement de l'agriculture
terres-fert-ile@laposte.net
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