Loir-et-Cher : mobilisation pour l’emploi « près de chez soi » en Ehpad (41)

Dans le Loir-et-Cher, le dispositif « Un emploi près de chez moi » est en cours de déploiement sur tout le département. Objectif : réinsérer des demandeurs d'emploi de longue durée vivant à proximité des Ehpad comme « agents de soins ». Une initiative originale, fruit de la collaboration de tous les acteurs concernés.

À l’origine de ce dispositif innovant, il y a la réflexion, entamée en 2019, de quinze Ehpad publics autonomes du Loir-et-Cher, associés au sein du groupement de coopération sociale et médico-sociale (GCSMS) Sepia 41. Comment répondre tout à la fois aux besoins de recrutement criants des établissements, et à ce que Pierre Gouabault, directeur des Ehpad publics de Bracieux, Cour-Cheverny et Contres, définit comme « le syndrome du gilet jaune », c’est-à-dire les difficultés financières liées à la mobilité, que rencontrent nombre de demandeurs d’emploi ?

Le directeur insiste : « À l'Ehpad de Bracieux, sur 70 collaborateurs, environ 40 habitent le village. Et près d’un tiers d’entre eux n’a pas de voiture. » Des difficultés prégnantes dans tout le Loir-et-Cher, un des départements les plus vieillissants de France, et où les campagnes se sont fortement précarisées.

« Tous autour de la table »

Afin de « recruter à 15 kilomètres des Ehpad », le GCSMS a mobilisé l’ensemble des acteurs concernés : la région Centre-Val de Loire, le département du Loir-et-Cher et son service d'intermédiation, Job41, co-porté par le Medef, Pôle emploi, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte), l’ADMR 41 (aide à domicile en milieu rural), et l’institut de formation continue La Providence de Blois. « C’est ainsi qu’est né "Un emploi près de chez moi", chacun des acteurs concernés apportant sa pierre à l’édifice », souligne Charlotte Couffrant, directrice de projet Job41.

Cette mobilisation conjointe s’est traduite, par la signature, le 14 février 2020, d’une convention DEFI (Développement de l'emploi par des formations inclusives), par l’ensemble des partenaires. Objectif : déployer « Un emploi près de chez moi » sur tout le département, via quatre sessions de formation de douze agents de soins chacune.

« Dispositif de formation inclusive mis en place en 2019 par la région, DEFI existait déjà sur d'autres métiers mais pas encore sur ceux du soin et de l'accompagnement », explique Estelle François, référente territoriale formation au conseil régional.

Formation inclusive

Concrètement, "Un emploi près de chez moi" se traduit par une journée portes ouvertes en Ehpad, à laquelle sont invités les demandeurs d'emploi allocataires du RSA du territoire. Puis, une période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), soit un stage en immersion, est proposée aux personnes intéressées. Suite à cette PMSMP, une formation comme agents de soins est ouverte à ceux qui le souhaitent. Financée par la région, elle s’étale sur dix semaines, avec 232 heures de cours théorique et 70 heures de stage pratique en Ehpad, avec tuteur. Enfin, un contrat de six mois au minimum est proposé à ces nouveaux agents, dans l’un des établissements partenaire du projet.

Par-delà le Covid

Engagée en février 2020, la première session de formation du dispositif s’est, un temps, vu bouleversée par la crise sanitaire liée au Covid. Interrompue mi-mars, elle a pu reprendre le 18 mai, « grâce à la mairie de Bracieux, qui a mis à notre disposition une salle pour accueillir les cours théoriques », souligne Pierre Gouabault. Finalement, seules deux personnes sur douze ont abandonné. Et le 10 juillet 2020, dix demandeurs d’emploi ont obtenu leur certificat d’agents de soins et pris leur poste en établissement.

Une deuxième session a eu lieu à l’automne 2020 – avec onze nouveaux agents de soins certifiés à Noël – impliquant les Ehpad publics de Marchenoir, Ouzouer-le-Marché, Dry, Meung-sur-Loire et le centre hospitalier de Beaugency, débordant donc des frontières du Loir-et-Cher pour toucher quelques communes du Loiret voisin. Un périmètre somme toute « logique, explique Estelle François, car nous fonctionnons en bassins d’emploi. »

Deux autres sessions sont programmées en 2021, la première devant débuter en mars.

Montée en compétences

Près d’un an après le lancement du dispositif, ses concepteurs s’en félicitent tous. Sur les dix agents de soins de la première session, huit sont d’ailleurs aujourd’hui en CDI, et l'une d'entre eux s’est même lancée dans une formation d’aide-soignante. « Elle le dit elle-même, "Un emploi près de chez moi" a été une étape cruciale, synonyme de confiance en soi retrouvée », souligne Charlotte Couffrant.

Des discussions sont d’ailleurs en cours avec l’agence régionale de santé (ARS) Centre-Val de Loire, afin que les agents de soins qui le souhaiteraient puissent intégrer directement un institut de formation d’aides-soignants (Ifas), leur certificat leur permettant de valider certains blocs de compétences. « Ce serait le deuxième étage de la fusée », commente Pierre Gouabault.

Cette « montée en compétences progressive, accompagnée dès le départ par tous les partenaires concernés du territoire » symbolise, pour le directeur d’Ehpad, ce qui fait la force d'« Un emploi près de chez moi ». « Nous souhaitons donner à des personnes éloignées du monde du travail, souvent un peu âgées, un socle commun de compétences aux métiers du soin via une formation concrète et in situ. En leur garantissant un emploi à la sortie. Et la possibilité d’évoluer s’ils le peuvent et le souhaitent. »

Certes la démarche est exigeante. « D'où l'intérêt de travailler à plusieurs. Dans une logique territoriale de proximité », souligne-t-il.

Forts de cette première expérience, les partenaires du projet envisagent d’ailleurs de lancer un dispositif du même ordre pour l’aide à domicile. Ce secteur faisait partie des cibles d’« un emploi près de chez moi » – l’ADMR 41 étant même signataire de la convention DEFI – mais diverses problématiques spécifiques, notamment financières, ont fait obstacle à son déploiement.

D’autres territoires observent avec attention le dispositif. « La Fédération hospitalière de France (FHF), Provence-Alpes-Côte d’Azur notamment, a pris contact avec nous, indique Pierre Gouabault. Ce qui a retenu son attention, c’est la synergie multi-partenariale, et la logique d’évolution, de construction de parcours professionnels. À suivre ? »

Le financement du dispositif

- La région Centre-Val de Loire s’est notamment engagée sur le financement des quatre sessions de formation déjà prévues, pour environ 80.000 euros au total.

- Le département du Loir-et-Cher participe via un dispositif d’aide à la mobilité si besoin (activé une seule fois pour le moment). Il finance également les campagnes de communication via un affichage sur les abribus.

- La Direccte s’est engagée pour le fléchage de dix parcours emploi-compétences par an, finançant 40% du salaire brut des agents de soins engagés en CDD, soit 22.000 euros sur six mois.

- Les CDD des autres agents de soins formés sont, eux, financés par les Ehpad.

Groupement de coopération sociale et médicosociale (GCSMS) Sepia 41

Ehpad la Résidence du bourg - 2 place de l’Église
41600 Yvoy-le-Marron

Pierre Gouabault

directeur des Ehpad La Bonne Eure à Bracieux, La Favorite à Cour-Cheverny et le grand Mont à Contres. Membre du GCSMS Sepia 41

Conseil régional Centre-Val de Loire

Nombre d'habitants :

2567000
9 rue Saint-Pierre Lentin
45041 Orléans

François Bonneau

président

Estelle François

référente territoriale formation, direction de la formation professionnelle

Conseil départemental du Loir-et-Cher

Nombre d'habitants :

330727

Nombre de communes :

291
Place de la République
41020 Blois cedex
conseil-general@cg41.fr

Nicolas Perruchot

président du conseil départemental du Loir-et-Cher

Charlotte Couffrant

directrice de projet Job 41, direction de l'insertion et de l'action sociale