Médecins libéraux : début d'une grève de dix jours prévue pour aller crescendo
Vent debout contre des "politiques qui les piétinent", les médecins libéraux de ville et des cliniques ont débuté ce lundi 5 janvier une grève de dix jours qu'ils prédisent très suivie, prévue pour monter progressivement en puissance et aller vers une "fermeture totale" des blocs opératoires ce week-end.
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"Le cabinet sera fermé du 5 au 15 janvier", écrit par exemple sur Doctolib le Dr Julie Galey, gynécologue et médecin de la reproduction dans les Hauts-de-Seine. "Le Dr Justine Dailly sera en grève du 5 au 15 janvier comme des milliers de médecins en France en réaction au mépris du gouvernement", pouvait-on lire sur la page d'une généraliste lyonnaise. Le mouvement, lancé par les organisations professionnelles représentatives, des syndicats étudiants et de la jeune génération de médecins, a commencé ce lundi 5 janvier par la fermeture des cabinets de certains praticiens, une réduction d'activité ou une "grève administrative" pour d'autres. Il doit s'intensifier au fil des jours et mener à une "grève dure", "l'arrêt des blocs opératoires" des cliniques du 10 au 14 janvier, et en point d'orgue une manifestation à Paris samedi après-midi. "Le mouvement sera excessivement suivi", affirme le syndicat CSMF. Du côté des cabinets de ville, une plateforme en ligne, lancée par le syndicat Jeunes Médecins Île-de-France, enregistrait lundi 15.600 déclarations de grève à la mi-journée.
Les grévistes dénoncent entre autres un budget de la Sécu insuffisant face à des besoins croissants, des mesures permettant aux autorités de baisser "de façon autoritaire" les tarifs de certains actes médicaux, en "contournant" le dialogue social, ou encore une limitation des prescriptions d'arrêt de travail (Localtis reviendra dans sa prochaine édition sur la loi de financement de la sécurité sociale, LFSS). Ils fustigent en outre diverses "attaques politiques" contre leurs dépassements d'honoraires - en forte augmentation selon plusieurs rapports - et craignent encore la restriction de leur liberté d'installation, objet de textes en cours d'examen au Parlement.
La Fédération de l'hospitalisation privée (FHP), qui regroupe l'ensemble des cliniques françaises, soutient le mouvement. "Sans médecins libéraux, il n'y a pas de cliniques. On est totalement solidaires", assure le président Lamine Gharbi. Il dénonce aussi le gel en 2026 des tarifs des prestations hospitalières (remboursées par la Sécurité sociale), alors que "50% des cliniques sont déjà en déficit". Les cliniques assureront la "continuité des soins" pour les patients déjà hospitalisés, mais les entrées se réduiront pour arriver à un "arrêt total" le 10. "Les anesthésistes seront en grève de manière assez puissante. Sans eux, pas d'opérations" donc "je pense que 80% des blocs opératoires seront fermés ce week-end", estime M. Gharbi. La grève pourrait mettre sous tension l'hôpital public, déjà éprouvé par un pic d'épidémies hivernales.
"Quel que soit le nombre de grévistes, l'important est de pouvoir dire à ces médecins que je suis évidemment à leur écoute", a souligné la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lundi matin sur France 2. Dans La République du Centre dimanche, elle a indiqué avoir "pris des mesures pour organiser la permanence des soins" afin que les patients "ne soient pas en danger" et souligné qu'elle pourrait "avoir recours aux réquisitions, en cas de besoin".
Dans une lettre ouverte aux médecins, internes et étudiants datée du 31 décembre et diffusée sur les réseaux sociaux, la ministre s'était attachée à "dissiper" la "confusion" créé par "certaines informations inexactes" concernant la LFSS. Elle revient notamment sur la possibilité de définir les tarifs des actes médicaux non plus par la négociation conventionnelle mais pas voie réglementaire, précisant que le gouvernement s'était opposé à cette disposition et que le texte n'en fait pas une obligation. Autre point : les dépassements d'honoraires, qui vont faire l'objet de nouvelles discusssions. Il y a aussi le dossier médical partagé : les sanctions envisagées pour les médecins ont été censurées par le Conseil constitutionnel et ne figurent donc plus dans la loi. Enfin, s'agissant des arrêts de travail, Stéphanie Rist y voit une façon d'assurer "un suivi régulier des patients".