Médicosocial : l'Odas tire un bilan des bonnes pratiques nées de la crise sanitaire

L'Odas (Observatoire de l'action sociale décentralisée) vient de publier une étude analysant neuf initiatives mises en œuvre par les collectivités locales et leurs partenaires pour faire face à la crise sanitaire, à partir du premier confinement. Prises pour répondre à l’urgence, elles montrent notamment le rôle important joué par les solidarités de voisinage et de proximité pour satisfaire les besoins des habitants. Pour en tirer les enseignements permettant de renouveler les pratiques dans une logique durable de transformation sociale, l'étude montre que certaines conditions sont indispensables.

Dans une démarche qui mériterait d'être reproduite par d'autres acteurs, l'Odas (Observatoire de l'action sociale décentralisée) – présidé par Christophe Béchu, le maire d'Angers – a entrepris de capitaliser sur les enseignements nés de la crise sanitaire. L'association publie en effet, avec le soutien de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), une étude intitulée "La puissance de la proximité : crise sanitaire, bonnes pratiques et innovations". Ce travail original part d'un constat : "Pour faire face aux multiples déstabilisations individuelles et collectives que cette crise a provoquées, une kyrielle d'initiatives a été prise par des habitants, des associations, des structures publiques ou privées, des collectivités publiques, etc. Ce foisonnement bienvenu, puisqu'il a permis de répondre à différentes urgences, rend cependant difficile l'identification d'initiatives qui pourraient avoir un impact déterminant sur l'évolution de l'action publique."

Neuf initiatives issues d'une sélection serrée

Le travail engagé par l'Odas a d'abord consisté à recenser les initiatives, à la fois à partir de la veille effectuée par ses soins durant le premier confinement et des réponses à un appel à contributions lancé auprès des départements et des villes adhérentes. Ce dernier a permis de faire remonter 111 initiatives. Une pré-sélection de 27 d'entre elles a alors été effectuée sur la base de six critères. À partir de cette liste, le comité de pilotage réunissant l'Odas et la DGCS a retenu dix actions à expertiser et validé les points d'attention à prendre en compte pour l'analyse. L'une des initiatives ayant finalement été abandonnée, la liste s'est finalement trouvée réduite à neuf, localisées dans neuf départements différents (*).

Chacune de ces initiatives fait l'objet d'une fiche d'analyse détaillée. Celle-ci examine notamment les problématiques traitées, l'origine et le contexte du projet, les actions mises en œuvre, les partenariats, les moyens humains, techniques et financiers mobilisés, l'évolution des pratiques des professionnels et leur formation, les résultats obtenus, ainsi que le transfert possible de l'expérience. Au-delà de cette analyse détaillée des neuf initiatives, l'étude de l'Odas propose également des conclusions de portée plus générale.

Une bascule sur "l'aller vers"

Si, du fait même du processus de sélection, les initiatives retenues présentent toutes un intérêt évident – sans pour autant révéler de "pépite" selon la formule de l'Odas –, les conclusions d'ensemble apparaissent plus mitigées au premier abord. Seules trois actions devraient a priori être pérennisées, soit à l'identique, soit avec des aménagements. Ceci tient parfois à la nature même de certaines d'entre elles, intimement liées à la crise sanitaire. Par ailleurs, "ces actions ne sont pas innovantes en elles-mêmes. Mais l'étude précise en revanche que "l'analyse de leur mise en œuvre permet d'identifier des pistes pour l'avenir".

Le premier enseignement est que "ces actions illustrent toutes des mises en œuvre variées de 'l'aller vers', promouvant ainsi le passage de la traditionnelle mise à disposition à la posture plus exigeante d'être à disposition". Cette approche conduit à "une adaptation voire une transformation des pratiques" et élargit le cadre de travail des institutions concernées. Les actions retenues montrent aussi – comme le suggère le titre de l'étude – le rôle des solidarités de voisinage et de proximité, alors que ces trente dernières années ont été caractérisées par un développement sans précédent et une sophistication croissante des dispositifs sociaux et médicosociaux. Sur cette base, le repositionnement de certains acteurs, au-delà de leur objet social, a pu conduire à des tensions avec les financeurs. C'est le cas, par exemple, du centre social et culturel de Bohai (Aisne), dont les initiatives ont créé des tensions avec la CAF, qui en est le principal financeur dans le cadre d'une convention.

Trois conditions dans une logique durable de transformation sociale

Parmi les leçons à tirer, l'étude retient également la forte réactivité des acteurs de terrain et leur capacité à s'adapter rapidement et à mettre en œuvre des démarches "de bas en haut". La majorité d'entre elles s'appuie sur des bénévoles et/ou des professionnels volontaires. Il reste cependant que "peu d'actions expertisées au cours de cette étude ont été initiées par les habitants eux-mêmes. En revanche, elles ont toutes pour origine une lecture partagée des besoins – élémentaires ou pas –  à satisfaire". La bonne identification des ressources d'un territoire apparaît aussi comme "un préalable pour créer des coopérations susceptibles de construire de nouvelles réponses". Autre enseignement : les actions analysées n'auraient pas pu être menées sans "une lecture souple de la réglementation". L'Odas estime donc nécessaire "de rechercher un équilibre entre la réglementation qui oriente l'action et l'espace nécessaire pour laisser l'initiative individuelle et collective prospérer localement". Il en est de même pour la réorientation de certains financements.

En conclusion, l'étude identifie trois conditions dans une logique durable de transformation sociale. La première réside dans la nécessité de créer et d'entretenir un climat de confiance entre tous les acteurs et les institutions dans chaque territoire. La deuxième est de laisser l'espace nécessaire pour que l'initiative locale soit possible. Enfin, la troisième condition tient à un nécessaire changement de postures pour les financeurs et les décideurs. Si leur rôle reste bien sûr d'impulser (fixer le cap, les grandes orientations, les objectifs communs à atteindre, veiller à l'équité entre les territoires...), il doit se doubler d'un rôle de "facilitateur", qui apparaît de plus en plus stratégique.

 

(*) La liste des neuf initiatives analysées (dans l'ordre de présentation) :

• Seine-Saint-Denis : une association d'habitants lutte concrètement contre la précarité alimentaire.
• Sarthe : une élue et une enseignante organisent la distribution d'ordinateurs reconditionnés à des élèves.
• Meurthe-et-Moselle : un bailleur social se préoccupe de l'impact de la crise sanitaire sur ses locataires.
• Finistère : un bailleur social engage une nouvelle relation avec ses locataires.
• Maine-et-Loire : des "équipes mobiles" pour répondre aux besoins prioritaires.
• Bouches-du-Rhône : le département s'organise pour aider les chefs d'entreprise en difficulté.
• Aisne : des actions mises en œuvre grâce à des relations partenariales bâties sur la confiance.
• Alpes-Maritimes : des acteurs se coordonnent pour mettre en œuvre des réponses à la grande précarité.
• Haute-Savoie : une association de protection de l'enfance repense totalement son organisation.

 

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