Municipales : la crainte d’un rétropédalage pour les politiques cyclables
Si le mandat municipal qui s’achève a été marqué par "des avancées extraordinaires" pour les politiques cyclables, le Réseau vélo et marche comme le Club des élus nationaux pour le vélo et la marche redoute un coup d’arrêt des aides de l’État aux collectivités pour poursuivre la dynamique engagée notamment grâce au plan vélo.
© Adobe stock
Le mandat municipal 2020-2026 a fait l’objet d'"avancées extraordinaires" pour les mobilités actives, ont estimé ce 27 janvier à l’Assemblée nationale les deux coprésidentes du Réseau vélo et marche, Françoise Rossignol et Chrystelle Beurrier. Elles ont d’abord présenté à la presse, aux côtés des parlementaires qui coprésident le Club des élus nationaux pour le vélo et la marche, Jacques Fernique (Les Écologistes, Bas-Rhin) et Guillaume Gouffier-Valente (EPR, Val-de-Marne), un bilan chiffré montrant l’envol du vélo ces dernières années.
Nombreuses réalisations
"Depuis 2019, la pratique du vélo a augmenté de 40% en France", a souligné Chrystelle Beurrier, qui est aussi maire d'Excenevex, en Haute-Savoie. Entre 2024 et 2025, cette pratique a encore crû de 5%, dans tous les types de territoires. Un million d’enfants ont aussi bénéficié du dispositif "Savoir rouler à vélo". 48.904 stationnements sécurisés en gare ont été créés depuis 2019 - "on est à un peu plus de 50% de l'objectif", qui est de 80.000 places d'ici 2027, a précisé Chrystelle Beurrier - et 88.497 km aménagements cyclables (pistes, voies vertes, bandes, double sens, couloirs bus mixtes) ont été réalisés - dont 62.539 km en site propre-, pour un objectif de 100.000 km en 2030.
Tout au long de la mandature, les véloroutes ont elles aussi progressé. Ces itinéraires touristiques à vélo - par exemple la piste qui suit le cours de la Loire, ou la "Velodyssée" le long de la côte Atlantique de Roscoff en Bretagne jusqu'à Hendaye à la frontière espagnole - ont augmenté de 16%, à 21.830 km au total en 2025, contre 18.848 en 2020, selon l'association. "Nous sommes à 83,6% du schéma national des véloroutes", contre 73,7% en 2020, a ajouté Chrystelle Beurrier, l’objectif final étant de parvenir à 25.900 km de véloroutes en 2030.
Risque de restrictions budgétaires à venir
"On a vu exploser le vélo pendant ce mandat" grâce au plan pluriannuel vélo, a ajouté Françoise Rossignol, également maire de Dainville (Pas-de-Calais) et vice-présidente chargée des transports de la communauté urbaine d'Arras. Mais les perspectives pour la prochaine mandature pourraient s’assombrir, redoutent les élus engagés pour le vélo et la marche, si les restrictions budgétaires conduisaient l’État à ne plus accompagner comme auparavant les collectivités dans leurs efforts d’investissement.
La suppression, dans la seconde partie du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, d’un amendement sénatorial qui prévoyait une rallonge de 50 millions d’euros supplémentaires pour le plan vélo leur semble de mauvais augure. "C’était déjà cinq fois moins" que l’enveloppe annuelle promise pour ce plan et ce montant pourrait être réduit à "zéro", constate Françoise Rossignol dénonçant un "coup d’arrêt" au niveau national. "On ne comprend plus ce qui nous arrive, nous sommes désappointés car, dans les collectivités, on n’arrivera pas à tout faire et il faudra faire des choix", poursuit Chrystelle Beurrier.
Interrogé sur la suppression de ces 50 millions d’euros fléchés vers le vélo, le cabinet du ministre des Transports a indiqué que cet amendement sénatorial était "imputé sur d’autres programmes budgétaires" et souligné que "le texte sur lequel le gouvernement a engagé sa responsabilité revient au projet de loi initial", sans qu’il n’y ait de "rabot". L'accroissement du fonds vert à 850 millions d'euros (contre 650 millions initialement prévu) permettra de continuer d'accompagner une politique ad hoc. "Les projets locaux favorables au vélo pourront être accompagnés selon une quote-part qui reste à déterminer" a-t-on indiqué au ministère mardi soir.
Besoin d'accompagnement des collectivités
Le sénateur Jacques Fernique voit pour sa part dans la décision du gouvernement "une rupture assumée, qui achève de briser la dynamique [des] territoires en transition cyclable". Quant au député Guillaume Gouffier-Valente, il dit ne pas être "surpris" par la suppression de cette "ligne [budgétaire] fonds vélo", qui "traduit une conception des politiques publiques" de la part du gouvernement pour qui "le vélo n’est une politique du niveau d’État". Pour le Premier ministre, "c’est de la seule responsabilité des collectivités", souligne-t-il, tout en estimant que "penser comme ça ne permettra pas de créer un système vélo". "On vit un moment pas simple sur le vélo mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue tout ce qui a été réalisé jusque-là", souligne toutefois Guillaume Gouffier-Valente, rappelant "qu’avant 2017", aucun financement de l’État n’était fléché vers le vélo, considéré comme "un loisir et absolument pas comme un moyen de transport".
"Nous sommes dépités, interloqués mais pas résignés, on continue à porter la cause du vélo", assure de son côté Jacques Fernique. Le sénateur affirme vouloir ainsi profiter des débats à venir sur le projet de loi-cadre sur le développement des transports, pour revenir à la charge sur le sujet.
"Les collectivités, seules, même si elles sont engagées", ne peuvent pas tout faire, a encore souligné Françoise Rossignol. Elles ont besoin, en particulier les plus petites d’entre elles, de "visibilité" et de "prévisibilité" de la part de l’État, a-t-elle insisté. Le Réseau vélo et marche réclame, en outre, "un coordinateur interministériel pour le vélo et la marche", une fonction que l’association juge d’autant plus "indispensable" que le vélo et la marche dépassent la seule question de la mobilité et concernent d’autres domaines comme l’urbanisme, l’aménagement, la santé, etc.
Attention au "désengagement général"
"Le discours de l’État sur le vélo est extrêmement important pour embarquer tout le monde, au-delà des questions financières", a affirmé pour sa part Philippe Laurent, maire de Sceaux (Hauts-de-Seine), président de l’association Centre-ville en mouvement et vice-président de l’Association des maires de France (AMF), également convié à la conférence de presse des élus partisans du vélo. "S’il n’y a plus de discours ou que l’État dit que le vélo n’est pas important, il y aura une forme de désengagement général", prévient-il.
"Dans une période où on va revisiter les politiques municipales, c’est un risque sur lequel on veut alerter", prévient Chrystelle Beurrier. Les associations espèrent malgré tout que les modes actifs seront présents dans la campagne des municipales, d’autant que "les citoyens sont très demandeurs" et ont "des attentes fortes" en la matière.