Petites villes attractives cherchent emplois qualifiés

Les assises de l'Association des petites villes de France se sont largement attardées sur les questions économiques liées à la relance. Si les collectivités sont globalement en bonne santé financière, les aides à l'investissement ont parfois pu prendre du retard. En jeu : l'attractivité renforcée de territoires dont les carences demeurent ce qu'elles étaient avant la crise sanitaire, surtout en matière de formation.

"Les collectivités ont les reins solides !" Financièrement s'entend. L'assertion est d'Olivier Dussopt. Elle a été prononcée le 9 septembre, à Cenon (Gironde), à l'occasion des XXIIIe assises de l'Association des petites villes de France (APVF). Si le ministre délégué chargé des Comptes publics a tenu à souligner cette solidité financière des collectivités – ajoutant même que "la réalité a été moins dure que ce que nous craignions" –, c'est que les réponses économiques à la crise sanitaire, malgré 2,6 milliards d'aides à l'investissement, ont parfois laissé perplexes les petites villes et leurs maires. 
On s'est par exemple beaucoup interrogé à Cenon, à commencer par Christophe Bouillon, le président de l’APVF, sur la pérennisation des aides aux collectivités et sur le libre emploi et le fléchage de ces aides. Les différents membres du gouvernement venus en Gironde, et le premier d'entre eux, Jean Castex, notamment, ont rassuré les élus locaux en réaffirmant que si un fléchage existait bel et bien pour la Dsil (dotation de soutien à l’investissement local) ou les CRTE (contrats de relance et de transition écologique), la DGF (dotation globale de fonctionnement), de son côté, demeurerait libre d'emploi. Et surtout qu'il n'était pas question d'aller plus loin dans le fléchage, même si l'État devait avoir "ses propres priorités", dixit Jean Castex (lire notre article du 10 septembre). A également été confirmée la pérennisation de certains dispositifs d'accompagnement. À Harold Huwart, maire de Nogent-le-Rotrou et vice-président de l’APVF, qui plaidait pour que "dans les intercommunalités, les investissements issus des CRTE portés par les villes assumant un rôle de centralité [puissent] être fléchés sur plusieurs années", Yves Le Breton, directeur général de l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), a répondu : "On est bien sur cette idée."

Répondre à l'enjeu de l'attractivité

Rassurés sur ces points les maires ? Peut-être. Mais pour certains, il existe "un problème de calendrier dans la relance". Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), a déclaré que dans son secteur, le Plan de relance (soit 3,5 milliards d'euros) "a mis beaucoup de temps à démarrer, notamment parce que les préfets étaient très axés sur le bâtiment". Pour Marc Andreu Sabater, maire de Vire (Calvados), le problème de calendrier a porté sur un autre point : "Nous mettons de côté des projets dans le cadre du Plan de relance car nous attendons des décisions de financement des conseils régionaux et départementaux." Problèmes conjoncturels, donc, qui devraient se régler maintenant que les instances régionales et départementales, élues en juin dernier, sont installées. 
Mais la grande question que la crise sanitaire a mise en exergue se résume à travers un phénomène amplifié depuis un an et demi : les petites villes seront-elles capables d'accueillir un nombre croissant de Français désireux de s'installer à l'écart des grandes métropoles ? Deux thématiques d'aménagement du territoire résument à elles seules les ambitions et les carences de ces territoires : l'accès physique, par les transports, et l'accès numérique, par le déploiement de la 4G ou de la fibre optique. Deux thématiques qui recoupent des réalités différentes. L'une – les transports – étant directement liée aux décisions politiques, souvent venues d'en haut, de l'État. L'autre – le déploiement numérique – dépendant en partie de la volonté d'acteurs privés.
Investissements de l'État d'un côté, du secteur privé de l'autre. Et les collectivités dans tout ça ? Les assises de Cenon ont apporté une réponse optimiste. Bruno Cavagné a confié qu'en ce qui concerne les travaux publics, "ce sont les travaux, petits et moyens, que vous portez, vous collectivités locales, qui nous permettent aujourd'hui d'avoir de l'activité et de continuer à embaucher et à former". Et l'entrepreneur d'ajouter : "Les perspectives en année deux du mandat municipal sont plutôt bonnes grâce aux élus locaux."

La formation, un enjeu majeur

Un chiffre a beaucoup circulé à Cenon : 70% des emplois industriels français se situent dans des villes de moins de 20.000 habitants. Un chiffre à la fois rassurant et inquiétant. Rassurant parce qu'il prouve que tout ne se joue pas dans les métropoles. Inquiétant car il s'appuie sur un réseau de PME souvent familiales dont la pérennité dans le temps est plus instable que celle des grands groupes. Les élus l'ont compris, qui demandent des leviers d'action en matière de formation. L'ancien président du conseil régional de Midi-Pyrénées (1998-2015) et fondateur de l'APVF, Martin Malvy, a estimé que "la fibre et la LGV ne sont pas des conditions suffisantes" à l'attractivité économique des petites villes et qu'il fallait "adapter les formations aux territoires là où existent des structures d'enseignement supérieur". Une position défendue par Harold Huwart. Pour lui, "le problème est celui des qualifications. Il faut rapprocher la carte des emplois de celle des formations, c'est un enjeu majeur". 
À ceux qui prédisent déjà un "monde d'après", les élus de l'APVF sont donc venus rappeler que, même si la situation financière de la plupart des collectivités est saine, les questions liées au développement et à l'attractivité économiques demeurent telles qu'elles étaient avant la crise sanitaire. Le désenclavement, physique et numérique, et l'adaptation des formations aux réalités locales restent des sujets non résolus et prioritaires qui nécessitent des financements pérennes. Parmi les solutions qu'ils proposent, les maires des petites villes avancent une idée présente bien avant le printemps 2020 : encore et toujours, "aller au bout de la décentralisation", comme l'a résumé Christophe Bouillon.

 

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