Place de la voiture en ville : un sujet clivant pour les municipales, selon un sondage

Entre gauche et droite, entre ruraux, périurbains et habitants des grandes métropoles, entre jeunes et seniors, entre non-diplômés et diplômés, entre utilisateurs réguliers de la voiture et ceux qui n'en possèdent pas, la place de la voiture en ville divise les Français et les maires, détaille un sondage réalisé pour la Fondation Jean-Jaurès. Si les mesures d’accompagnement au renoncement à la voiture et d’apaisement de l’espace public (y compris les limitations de vitesse) sont plébiscitées, les Français s’opposent largement à celles qui restreignent le stationnement et demandent plus de concertation sur les décisions visant à diminuer la place de la voiture.

"Sur le principe, les politiques de réduction de la place de la voiture en ville apparaissent aux Français, comme à leurs édiles, efficaces pour atteindre un certain nombre d’objectifs collectifs positifs", selon la Fondation Jean Jaurès qui a publié ce 10 février les résultats d’un sondage* réalisé auprès de 1.500 personnes. Plus de 500 maires ont également été interrogés dans le cadre de cette enquête en deux volets. 

Plus de 70% des Français et des maires considèrent ainsi que ces politiques constituent des leviers efficaces pour réduire la pollution de l’air, réduire les nuisances sonores et favoriser la promotion de mobilités douces et plus de six maires et de six Français sur dix les jugent efficaces pour améliorer la qualité de vie et la sécurité routière. Mais si une courte majorité de Français (53%) pense que ces politiques contribuent à réduire le stress lié aux déplacements, une nette majorité de maires (58%) juge qu’elles n’atteignent pas cet objectif.

Des clivages très marqués selon les territoires et au sein de l'opinion

S'ils se disent majoritairement favorables à la réduction de la place de la voiture dans les grandes métropoles, les Français comme leurs édiles s'y opposent dans toutes les autres catégories de ville, et aussi là... où ils habitent. Dans le détail, 55% des Français approuvent la politique de réduction de la place de la voiture dans les grandes métropoles, 45% y étant à l’inverse opposés. L’approbation la plus forte est le fait des jeunes (73%), des habitants de l’agglomération parisienne (62%), des diplômés du supérieur (64%), des personnes ne possédant pas d’automobile (69%) et des sympathisants de gauche (72%). L’opposition la plus consistante se trouve chez les retraités (50%), les habitants des communes rurales (49%), les personnes à faible niveau de diplôme (50%), celles qui utilisent leur voiture tous les jours (50%) et les sympathisants Rassemblement national (63%).

57% des Français désapprouvent la mise en place de politiques de réduction de la place de la voiture dans les villes moyennes, 43% y étant à l’inverse favorables. Les jeunes (55%), les personnes sans voiture (57%), les sympathisants Les Écologistes (75%) et du Parti socialiste (53%) sont les seules catégories à soutenir majoritairement ces politiques sur le territoire de ces villes. Dans les petites villes, les personnes qui désapprouvent la mise en place de politiques de réduction de la place de la voiture sont encore plus nombreuses (73%). 

Parmi ceux ayant constaté des politiques de réduction de la place de la voiture dans la ville dans laquelle ils résident, ou dans laquelle ils se rendent le plus régulièrement (52% des Français), une nette majorité (57%) a une perception négative de cette évolution. Au sein de ceux qui disent expérimenter ces politiques, les jeunes (64%), les habitants de l’agglomération parisienne (55%) et les sympathisants de gauche (62%) sont les seules catégories à y voir une évolution positive quand les retraités (67%), les utilisateurs quotidiens de la voiture (65%), les habitants des communes rurales (74%) et des communes de 2.000 à 20.000 habitants (73%), les sympathisants LR (65%) et RN (69%) sont les plus nombreux à y voir une évolution négative. 

Deux ressorts alimentent ces jugements négatifs : les désagréments occasionnés dans le quotidien par ces politiques et l’absence de mobilités alternatives à la voiture. Ainsi, un tiers des Français disent avoir ressenti un impact négatif de ces politiques sur leur quotidien et un Français sur deux dit déjà avoir renoncé à un déplacement en voiture en raison d’une mesure municipale (35% ayant renoncé plusieurs fois, et 15% une fois), principalement pour des déplacements de loisirs ou liés à un rendez-vous médical. Un Français sur deux considère également que, là où il habite, il n’y a pas assez de transports en commun et/ou de pistes cyclables et qu’il est impossible de se passer de voiture. Cette perception est majoritaire en zone rurale (87%), au sein des villes de 2.000 à 20.000 habitants (75%) et aussi dans celles de 20.000 à 100 000 habitants (53%).

Les maires en phase avec les habitants qu'ils représentent

Les maires interrogés partagent les perceptions des habitants des territoires qu’ils représentent. 66% approuvent ainsi la réduction de la place de la voiture dans les grandes métropoles, mais 53% la désapprouvent dans les villes moyennes et 73% dans les petites villes. Très majoritairement à la tête de petites communes, ces maires sont parfaitement lucides sur le sentiment de leurs administrés : 82% jugent ainsi que les habitants de leur commune sont plutôt opposés aux politiques de réduction de la place de la voiture en ville et 81% considèrent que la manière dont est posé le sujet dans le débat public ne correspond pas à la réalité et au quotidien de leurs habitants. 95% constatent d’ailleurs que sur leur territoire, il est impossible de se passer de voiture, faute d’alternatives. Pour ces maires, le sujet est bien moins de réduire les externalités négatives de la voiture au nom de l’écologie que la sécurité routière : 78% déclarent ainsi rencontrer dans leur commune des problèmes de vitesse excessive ou de trafic trop important et 74% avoir pris des mesures de régulation (limitations, chicanes, dos d’âne…).

L'attractivité du centre-ville devant l'écologie

Autre argument en faveur de la voiture, l'attractivité du centre-ville, qui passe devant les soucis écologiques et "pourrait être un des enjeux saillants des prochaines municipales", note la Fondation. "Entre écologie et commerce, les Français tranchent en faveur du commerce", selon elle, y compris dans l'agglomération parisienne. 

60% des Français considèrent ainsi que "réduire la place de la voiture en ville est une erreur car cela met en difficulté les commerces des centres-villes" alors que 40% jugent à l’inverse que "réduire la place de la voiture est nécessaire pour lutter contre la pollution de l’air", quelles qu’en soient les conséquences. Les jeunes (60%), les personnes ne possédant pas de voiture (59%) et les sympathisants de gauche (59%) sont les seules catégories à majoritairement faire prévaloir l’argument écologique sur celui de l’attractivité des centres-villes L’argument de l’attractivité commerciale l’emporte dans tous les types de territoires, et décroît avec la taille de la commune : 70% dans les communes rurales, 65% dans les communes entre 2.000 et 20.000 habitants, 56% dans celles entre 20.000 et 100.000 habitants, 59% dans celles de plus de 100.000 habitants et 52% dans l’agglomération parisienne.

68% des maires jugent pour leur part que réduire la place de la voiture en ville est dangereux pour l’attractivité des centres-villes. Un tiers dit avoir constaté dans les villes de leur territoire des problèmes de vacance ou de faillite commerciales liés à des politiques de réduction de la place de la voiture en ville.

Rejet des mesures punitives

Alors que 78% des Français et 57% des maires disent avoir déjà ressenti au sein de l’espace public des tensions entre les automobilistes et les usagers d’autres modes de transport, ils se disent aussi contre les mesures punitives. Plus des trois quarts des Français se disent favorables à la mise en place de parkings relais dans les villes, à la piétonnisation de certaines rues ou places, à la création de voies réservées aux bus et tramways, au développement des pistes cyclables et à la mise en place de "rues scolaires" devant les écoles. 59% des personnes interrogées soutiennent aussi la mise en place de radars de contrôle de la vitesse dans les centres-villes et 56% la limitation à 30 km/h dans les rues des villes (56%). 

Mais à l’opposé, une nette majorité (54%) rejette les zones à faibles émissions (ZFE), la vidéo-verbalisation (54%), la réduction de la voirie consacrée à l’automobile (58%) et, plus largement encore, la réduction des places de stationnement (75%) et la hausse du coût du stationnement (82%). Plus de six habitants sur dix des communes rurales et de moins de 20.000 habitants se disent hostiles aux ZFE. Les maires interrogés sont sur la même longueur d’onde, 87% d’entre eux se disant, par exemple, favorables au développement de pistes cyclables, mais 65% opposés aux ZFE.

Enfin, 69% des Français considèrent que les élus locaux ne sont pas suffisamment à l’écoute des habitants lorsqu’ils prennent des décisions concernant la réduction de place de la voiture en ville. Et 47% estiment qu’il faut poursuivre ces politiques de réduction, mais avec plus de concertation, 11% considérant qu’il faut les poursuivre sans condition, et 42% qu’il faut les ralentir ou les arrêter.

*Sondage réalisé auprès de 1.500 Français de 18 ans et plus, interrogés en ligne du 23 au 27 octobre 2025 selon la méthode des quotas. Le volet maires a été réalisé en ligne auprès d’un échantillon de 523 maires (78%) et proches collaborateurs (adjoints, conseillers municipaux, DGA, DGS, 22%) du 15 octobre au 5 novembre 2025. L’échantillon a été redressé selon la taille des communes pour coller à la distribution réelle observée sur les 36.000 mairies de France.

 

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