Plan 5.000 petits équipements sportifs : de nouveaux moyens, de nouvelles collaborations

Validé par le conseil d'administration de l'Agence nationale du sport, le plan 5.000 petits équipements sportifs est dans les starting-blocks. Appelés à collaborer de façon inédite, les acteurs du sport, à commencer par les collectivités, sont décidés à profiter de ses 200 millions d'euros pour proposer des équipements innovants et faire décoller la pratique.

Annoncé par le président de la République le 14 octobre, le plan visant à construire 5.000 nouveaux terrains de sport "innovants et de proximité" à l’horizon des Jeux olympiques de 2024 a été approuvé le 2 décembre par le conseil d'administration de l'Agence nationale du Sport (ANS), qui en assurera le déploiement. Son budget de 200 millions d’euros sera alloué à raison de 100 millions en 2022, 50 millions en 2023 et 50 millions en 2024.

Le but ? Offrir un accès au sport pour tous sur tout le territoire, bien sûr. Mais aussi renforcer le tissu associatif local et le lien avec le monde scolaire. Et encore, assurer l'héritage des Jeux olympiques ainsi qu'une sortie à la crise sanitaire en mettant à disposition des équipements au plus près des pratiquants. Et des pratiquants libres en particulier. Sa mise en œuvre devrait également être l'occasion de renforcer le maillage territorial des équipements de proximité, de relancer l'économie du sport en soutenant notamment les acteurs marchands. Et enfin d'entamer une réflexion pour une nouvelle dynamique de collaboration au sein de l'écosystème sportif. Vaste programme !

Un plan "adapté aux mutations des pratiques"

Comment les élus locaux ont-ils accueilli ces annonces ? D'abord par un pas de côté. "Pour les collectivités locales, la question prioritaire réside dans la remise à niveau des équipements structurants locaux, estime Patrick Appéré, président de l'Andes (Association nationale des élus en charge du sport). La moitié des équipements en France a plus de cinquante ans. C'est aussi à cela qu'il faut s'atteler, et de façon forte." Puis par un pas en avant. L'adjoint au maire de Brest, chargé des sports, jugeant "ce plan de proximité assez bien adapté aux mutations des pratiques du sport".

Les mutations de la pratique sportive sont effectivement au centre de l'attention. Selon Virgile Caillet, délégué général de l'Union sport & cycle, qui regroupe les acteurs marchands du sport, "les collectivités expriment des besoins en faveur d'équipements en accès libre, plus légers, moins contraignants en termes d'horaires". C'est pourquoi les équipements retenus dans le plan devront faire preuve d'innovation, non tant en termes techniques qu'en termes d'animation et d'occupation. Or, paradoxalement, donner libre accès à des équipements n'est pas plus simple que de les réserver à des clubs. "La pratique libre, ça s'organise, plaide Patrick Appéré. Il ne s'agit pas de poser des terrains sans s'en occuper. Il faut des engagements du milieu sportif pour qu'il prenne des créneaux et organise les pratiques."

"Les industriels vont pouvoir se lâcher"

L'une des grandes originalités du programme résidera donc dans l'animation des équipements et dans l'articulation harmonieuse des pratiques. Du côté des acteurs marchands, cette approche séduit beaucoup. "On va parler de design actif, de connectique, de couverture, d'éclairage, de lieux de destination sportive plutôt que d'équipements perdus entre deux tours, se réjouit Virgile Caillet. On n'est pas sur des équipements destinés à la compétition et les industriels vont pouvoir se lâcher un peu." Échapper aux normes fédérales, une chance que les collectivités et équipementiers brûlent d'envie de saisir. Et Virgile Caillet d'imaginer des terrains de basket 3x3 autour d'un skatepark, sur une aire comprenant également un espace de fitness extérieur. Le tout couvert et éclairé. Ou non. Bref, des projets complexes où les fédérations de badminton et de tennis envisageraient des terrains mixtes padel-badminton. Ailleurs, les dojos ne seraient pas uniquement occupés par du judo mais aussi par d'autres sports de combat, voire du fitness à certaines heures, pour monétiser l'espace.

Car la collaboration entre les acteurs sera l'autre grande particularité du programme. Dans la conception d'abord. Dans l'animation ensuite. Fini le dialogue État-collectivité sur la construction et le financement, puis la prise en main par la commune en faveur des clubs. La déclinaison du plan en deux volets implique des collaborations inédites et durables. Au niveau national, des projets groupés multi-territoriaux seront portés par des collectivités telles que métropoles, régions, départements, mais aussi des associations telles que fédérations, ligues et comités régionaux ou départementaux. Au niveau régional, se côtoieront des projets individuels ou groupés au sein d’un même territoire portés par tous types de collectivités et associations à vocation sportive. Virgile Caillet décrypte : "On peut imaginer que l'ANS décide de couvrir le territoire avec, au hasard, deux cents terrains de basket 3x3. Une fois la commande passée, on verra avec les collectivités et la fédération comment on affecte ces terrains sur le territoire. On peut aussi imaginer que l'agence réagisse à un projet territorial dans le cas où une région ou un département exprime son besoin de tant d'équipements pour telle ou telle structure. Il peut encore s'agir de projets individuels à des endroits précis." Voilà pour l'implantation. Avec cette nuance de taille : seuls les territoires métropolitains carencés urbains (QPV/proximité), ruraux (communes en ZRR, collectivités ayant signé un CRRTE, bassins de vie comprenant plus de 50% de population en ZRR) et les territoires ultramarins sont éligibles. Sur ce point, Virgile Caillet reconnaît que "le schéma est établi et on ne va pas renverser la table".

"On ne nous donne pas un cadre fermé"

En ce qui concerne l'animation et la gestion, Patrick Appéré rappelle que "l'Andes a milité pour la mise en place de conventions d’usages réservés aux clubs et aux établissements scolaires et a proposé la production d’un guide pratique". La conception d'un vade-mecum conçu et partagé avec les collectivités et les fédérations pour aider à orienter les projets est déjà à l'étude du côté de l'Union sport & cycle. Car là encore les possibilités sont multiples. "La nouveauté tient dans la possibilité d'aller vers de nouveaux modèles de collaboration, souligne Virgile Caillet. Le projet sera forcément porté par une fédération, une association ou une collectivité mais pourra embarquer des acteurs marchands, soit dans le financement soit dans la gestion. Ces derniers pourront se positionner comme gestionnaire d'équipement sportif, sous réserve qu'il y ait une convention pour la mise à disposition de l'équipement en libre accès et à des associations sportives à des heures déterminées."

Dernier aspect pour illustrer le caractère inédit de l'opération : le financement. En métropole, l'ANS apportera entre 50% à 80% du montant et le porteur de projet devra en assurer au minimum 20%. Si la moyenne par projet d'établit à 40.000 euros, la subvention sera en réalité comprise entre 10.000 et 200.000 euros, voire plus, selon le type d’équipement. "Ce qui est déstabilisant et super excitant, c'est que pour une fois on ne nous donne pas un cadre fermé à double tour et à nous de rentrer dans les cases, s'emballe Virgile Caillet. Là, on nous demande de construire le projet. Il y a beaucoup de latitude, d'où l'intérêt de bien discuter entre nous tous en amont. Cela renvoie encore à la créativité et à la réflexion collectives."

À l'Union sport & cycle, la réflexion est déjà entamée. Après une visioconférence autour de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, qui a réuni plus de cent vingt participants fin novembre, une réunion est prévue le 8 décembre. Quant aux premiers projets présentés à l'Agence nationale du sport, ils sont attendus dès le début de 2022.

 

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