Michel Tendil

Congrès des maires - Plan d'investissement : Jean-Claude Juncker prêt à abaisser le ticket d'entrée

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Pour les maires réunis en congrès Porte de Versailles, la baisse des dotations de l'Etat a entraîné une décélération plus rapide que prévu des investissements des communes. Si d'aucuns pouvaient voir dans le plan Juncker un moyen de relance, les collectivités restent encore sur le pas de porte. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est engagé à y remédier.

Pour la première intervention d'un président de la Commission européenne devant le Congrès des maires, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker s'est livré à un discours sans grand relief, sur fond de lutte contre le populisme, de défense du traité transatlantique, d'accueil des réfugiés… Tout juste les milliers de maires qui avaient bravé le temps automnal pour rejoindre la capitale ont-ils appris que le président de la Commission européenne s'était "cassé une dent pendant la nuit", ce qui expliquait son léger zézaiement. "L'Europe est en poly-crise", a-t-il dit en ouverture de ce congrès, "les solutions européennes n'ont jamais été aussi nécessaires" mais "les collectivités locales, en France plus qu'ailleurs, jouent un rôle de proximité".

La France, "un acteur exemplaire" du plan Juncker

Pour se concilier l'assistance, Jean-Claude Juncker a dit avoir "fermé la porte à une erreur de parcours" de son prédécesseur (José Manuel Barroso) qui pensait "devoir suggérer à la France de réduire le nombre de communes". Alors que la baisse des dotations de l'Etat - le cœur des préoccupations des élus - est le thème central de ce dernier congrès avant l'élection présidentielle de 2017 (voir ci-contre notre autre article de ce jour), le président de la Commission a refusé de s'immiscer dans ce débat franco-français, mais s'est félicité du succès son plan d'investissement pour l'Europe, en particulier en France. Celle-ci est "un acteur exemplaire" de ce plan, avec 14,5 milliards d'euros de projets engagés, dont 8,2 milliards pour 15 projets d'infrastructures sur les 64 au total. Il en va du Charles-de-Gaulle Express à une laiterie du Cotentin, en passant par le contournement routier de Strasbourg, la rénovation énergétique de 40.000 logements en France… Un programme qui vient d'ailleurs de démarrer avec un premier immeuble du XIIIe arrondissement de Paris, a précisé Jean-Claude Juncker.

Un ticket d'entrée à 50 millions d'euros

Le plan lancé l'an dernier a déjà permis de mobiliser quelque 100 milliards d' euros sur les 315 prévus sur trois ans. L'investissement en Europe est de 20% inférieur à son niveau de 2007, a-t-il rappelé. Mais la véritable information est venue un peu plus tôt en conférence de presse où, aux côtés du président de l'Association des maires de France (AMF), François Baroin, le président Juncker a annoncé vouloir faire un geste pour rendre le plan plus accessible aux collectivités. Car c'est l'un des points faibles du plan. Alors que les fonds structurels se portent de moins en moins sur des projets d'infrastructures comme par le passé (salles polyvalentes, complexes sportifs…) pour privilégier le financement de projets de cohésion type "inclusion sociale", le plan d'investissement n'a pas connu le succès escompté auprès des collectivités. Soit par manque d'information ou d'implication soit, tout simplement, parce que les niveaux d'investissements demandés sont trop élevés pour les plus petites d'entre elles. "Le ticket d'entrée du plan Juncker est de 50 millions d'euros. Très peu de communes peuvent porter des projets de cette nature", a ainsi souligné François Baroin. "Ce niveau de 50 millions d'euros n'est pas inscrit dans le marbre", lui a répondu Jean-Claude Juncker. La Banque européenne d'investissement (BEI) se dit "prête à descendre en-dessous" afin de "mieux coller aux réalités locales et territoriales". "Il faudra que les projets appuyés fassent sens", a-t-il cependant prévenu. François Baroin a réclamé "un modèle d'accès direct pour les collectivités", avant de souligner l'urgence de la situation : la décélération des investissements du bloc communal consécutive à la baisse des dotations de l'Etat est plus rapide que prévue. Elle a été de -25% en deux ans, a-t-il dit, alors que l'AMF tablait jusqu'ici sur ce niveau de baisse en trois ans. La baisse des dépenses d'équipement a ainsi été de 13,42% en 2015, après 13,40% en 2014 (Localtis y reviendra dans sa prochaine édition). "Nous souhaitons continuer à investir dans notre pays", a insisté le sénateur-maire de Troyes, rappelant que les collectivités portent l'essentiel de l'investissement public en France et que, parmi elles, les communes et intercommunalités pèsent pour 60% de l'effort.
Dans le grand auditorium de la Porte de Versailles, Jean-Claude Juncker a récusé toute responsabilité du pacte de responsabilité et de stabilité dans la baisse de l'investissement des collectivités. "La grande majorité des Etats ont réussi [à réduire leurs déficits] sans réduire la croissance. On ne peut construire durablement la croissance sur l'endettement", a-t-il lancé, précisant ne pas vouloir mener une "austérité aveugle". Face à la presse, il s'est montré encore plus explicite quant aux critiques. "Ca m'emmerde", a-t-il lâché.

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