Sécurité publique - Police et gendarmerie : des effectifs insuffisants, affirme une étude
En dix ans, le nombre de policiers et gendarmes, hors personnel administratif, technique et scientifique, a peu varié, passant de 221.739 en 1998 à 222.059 en 2008, alors que sur la même période, la population a régulièrement augmenté, notamment de 5,8% entre le 1er janvier 1999 et le 1er janvier 2007. C'est ce que révèle l'étude "Où sont les policiers et les gendarmes ?" réalisée par Alain Bauer, professeur de criminologie au Cnam, et Christophe Soullez, criminologue.
Autre constat des deux auteurs : le nombre total d'agents de la sécurité publique en temps plein indisponibles s'élevait en 2008 à 11.460, soit 16,2% des effectifs de la sécurité publique territoriale. Ce sont les congés maladie et les congés de maternité qui expliquent en grande partie (5.537) ce chiffre. Viennent ensuite les charges judiciaires (police des audiences, tenue des dépôts, escortes des détenus pour soins ou présentation, comparution, extraction, transferts des détenus) qui occupent 2.129 agents à temps plein, la formation continue (1.725) et les missions de maintien de l'ordre (1.173). Côté gendarmerie départementale, en 2008, on comptabilisait un total de 4.407 militaires équivalent temps plein indisponibles, soit 7,1% de l'effectif total, et 2.281 agents de la direction de la police urbaine de proximité sont également indisponibles en 2008, soit 22,2% des effectifs globaux de la direction.
Fort de ces calculs concernant les indisponibilités, les deux auteurs font le compte des policiers et gendarmes disponibles par habitant. Et là, les chiffres ont largement évolué en dix ans : le nombre moyen de policiers ou gendarmes par habitant est ainsi passé de 1 pour 409 en 1998 à 1 pour 753 en 2008 dans les services de la sécurité publique, de 1 pour 208 à 1 pour 421 dans les services de la direction urbaine de la police de proximité et de 1 gendarme pour 485 habitants à 1 pour 994… Des effectifs par habitant largement à la baisse, alors que la violence a tendance à augmenter. Les vols avec une arme à feu (braquages de bijouteries, de banques ou même de petits commerces) montent ainsi en flèche depuis deux ans, les atteintes volontaires à l'intégrité physique également (+14% depuis 2003) et les violences contre les policiers eux-mêmes sont aussi en augmentation.
Face à ces constats, les deux auteurs, spécialistes en criminologie, avancent des préconisations, au-delà des propositions faites dans le rapport "Gaudin-Bauer" sur la mise en œuvre de la police d'agglomération. Ils proposent notamment de "poursuivre la rationalisation de l'implantation territoriale des forces de sécurité intérieure". Dans ce cadre, l'intégralité des territoires urbains serait confiée à la sécurité publique tandis que la gendarmerie nationale se chargerait de la sécurité publique des territoires ruraux. Des territoires qui ne bénéficient pas toujours d'une sécurité suffisante. "En 2009, il reste ainsi 45 circonscriptions de sécurité publique de moins de 20.000 habitants, explique le rapport, ce qui représente près de 2.200 fonctionnaires actifs et adjoints de sécurité pour 694.000 habitants, avec de fortes disparités selon les commissariats de police, allant de 1 policier pour 115 habitants à 1 pour 497."
Autres préconisations : créer un secrétariat général à la sécurité intérieure (SGSI) doté d'un état-major commun police/gendarmerie, auquel s'ajouteraient les correspondants de la Direction générale des douanes et droits indirects et des services fiscaux, et chargé d'assurer et de décliner l'unicité de l'action de sécurité (police, gendarmerie, douane), et une direction de la modernisation des services de police et des unités de la gendarmerie.
Enfin, le rapport s'intéresse au cas particulier de l'Ile-de-France, qui "devrait faire l'objet d'un nouveau développement en fusionnant les fonctions de préfet de région, préfet de police et préfet de zone, pour rendre totalement cohérente l'action des forces sur un territoire dynamique dont les réseaux de transports sont vitaux".
Emilie Zapalski