Premier baromètre de "L'industrie en mouvement" : des efforts à conforter

Des emplois industriels à la hausse, des investissements étrangers record, des plans gouvernementaux solides… Dans son premier baromètre de "L'industrie en mouvement" publié le 29 novembre 2023, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et ses partenaires - la Banque des Territoires, Bpifrance et l'Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) - met en exergue les premiers signaux de la réindustrialisation à l'œuvre en France, après des décennies de désindustrialisation. Elle liste les efforts qu'il faudra poursuivre pour s'assurer que le mouvement perdure.

"Gommer les conséquences de plus de quarante ans de désindustrialisation n'est pas simple, néanmoins il existe bien un mouvement de réindustrialisation depuis quelques années." À partir de données chiffrées, le premier baromètre de "L'industrie en mouvement", réalisé par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et ses partenaires, la Banque des Territoires, Bpifrance et l'Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT), publié le 30 novembre 2023, fait le point sur ce mouvement de réindustrialisation en cours et sur les efforts que l'État et les territoires doivent accomplir pour qu'il puisse se poursuivre. Cette première édition intervient au moment de la Semaine de l'industrie, alors que des voix s'élèvent pour mettre en garde contre les faiblesses du tissu industriel hexagonal (voir notre article du 28 novembre 2023).

Côté chiffres, cela donne un poids de l'industrie dans le PIB français à 9,5% en 2022, contre 9% en 2021. Bien sûr, on est encore loin des 20,1% que représentait l'industrie en 1970 mais la progression avance, assure le baromètre, qui fait état de plus de 31.400 emplois industriels créés en 2022, pour une baisse de 2,5 millions au cours des cinquante dernières années. 1.725 projets d'investissements étrangers ont aussi été enregistrés en 2022, un record. La plupart d'entre eux concerne des activités de production pour un total de 457 projets industriels.

Pour la société d'encouragement pour l'industrie nationale, l'année 2020 et la crise Covid ont joué le rôle d'électrochoc. Avec un déficit du commerce extérieur qui se creuse, la fragilité des capacités de productions nationales, le constat d'une trop grande dépendance aux approvisionnements d'origine étrangère, de Chine et Inde notamment, l'industrie est apparue "comme un déterminant stratégique, garant de la résilience économique, indique le baromètre, cette crise a offert une nouvelle lecture des ambitions économiques industrielles de la France, avec une attention plus prudente sur le rôle de l'industrie dans une économie mondialisée".

"L'État met l'industrie au centre de sa politique de soutien"

Le baromètre met en avant les programmes et plans nationaux qui soutiennent ce mouvement, dont le plan France relance, lancé il y a deux ans, qui a appuyé près de 800 projets générant près de 4.000 emplois (notamment dans le Grand Est, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans les Hauts-de-France), puis le plan France 2030, doté d'un budget de 54 milliards d'euros, qui prévoit des enveloppes conséquentes pour les secteurs de l'énergie nucléaire, de l'hydrogène vert, des composants électroniques, véhicules électriques, etc. "Depuis plus de deux, l'État met l'industrie au centre de sa politique de soutien, détaille le document, favorisant ainsi l'innovation".

Cette renaissance industrielle tient aussi compte des transformations que l'industrie doit traverser sur le plan environnemental, numérique et organisationnel. Côté environnement, le baromètre détaille notamment les mesures prévues dans le cadre de la toute récente loi Industrie verte (voir notre article du 24 octobre 2023), comme les incitations fiscales, des normes environnementales plus strictes et les programmes de soutien à la recherche des technologies vertes.

La question du foncier est également abordée, 20.000 hectares de surface industrielle étant estimés nécessaires pour implanter 50 nouveaux sites industriels. Le baromètre rapporte un chiffre inquiétant : en 2022, 67% des intercommunalités ont refusé des implantations d'usines ou ont fait face à des départs d'entreprises, faute de foncier économique disponible. "Le dessein unanime de réindustrialiser la France suscite aujourd'hui des réflexions sur la disponibilité des terrains, sur l'acceptabilité sociale des projets, sur leur intégration au tissu urbain et sur leur harmonisation avec une qualité de vie optimale", indique le document.

Le programme Territoires d'industrie a permis d'avancer sur le sujet lors de sa première phase (2018-2022) avec un milliard d'euros investi par la Banque des Territoires, 450 millions d'euros réservés au foncier lié à l'installation de chaînes de production. Au total 149 territoires ont reçu le label et ont bénéficié d'un accompagnement en ingénierie et en subvention pour développer leur tissu industriel, et 127 sites industriels clés en main ont été labellisés.

Près de 100.000 postes vacants dans l'industrie

Enfin, dernier point, les recrutements, toujours difficiles dans l'industrie. Près de 100.000 postes, dont notamment des métiers opérationnels (opérateurs de fabrication, agents de maintenance, régleurs machines…) sont actuellement vacants dans l'industrie. "L'industrie représente un potentiel considérable d'emplois puisque seuls 50% des besoins actuels en recrutement sont satisfaits, assure le document. Le nombre d'emplois industriels vacants en France a triplé entre 2017 et 2022." La montée en puissance en matière de formation, via notamment les écoles de production dont le nombre a doublé en cinq ans (de 25 en 2018 à 56 en 2023), peut aider, tout comme les dispositifs tels que les programmes de volontaires territoriaux en entreprise (VTE). D'autant que le regard des Français, s'il est ambivalent, fait état d'un réel attachement à l'industrie : 9 Français sur 10 considèrent ainsi que l'industrie est importante pour l'activité économique des territoires.

Forte de ce constat qui évoque un mouvement de réindustrialisation depuis 2022, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale réitère ses conseils : investir dans la recherche pour accélérer le développement technologique, adapter les compétences à l'échelle territoriale (vers un doublement du nombre d'ingénieurs et de techniciens formés en France, via la réforme dans les lycées professionnels et l'augmentation des contrats d'apprentissage) et augmenter les financements publics et privés pour ces transitions.

Pour l'institution, les différentes échelles doivent être en action : l'échelle territoriale, avec les programmes type Territoires d'industrie, renouvelé pour une deuxième phase jusqu'en 2027, l'échelle nationale, avec la poursuite de la diminution des prélèvements fiscaux et sociaux des entreprises et la simplification des procédures, et enfin l'échelle européenne, via une stratégie de souveraineté industrielle pour faire face à la concurrence des grandes puissances économiques. "Cela implique un contrôle renforcé des investissements étrangers et une réduction des dépendances stratégiques dans l'Union européenne", indique la société d'encouragement. Le baromètre, lancé pour cette première édition, permettra de suivre les avancées dès 2024.