Près de 9% des résidences principales encore chauffées au fioul en 2022 selon l’Insee

En 2022, 2,6 millions de résidences principales, soit près de 9% d’entre elles, étaient encore chauffées au fioul, selon une étude de l’Insee publiée ce 13 janvier. Les maisons individuelles, souvent grandes et mal isolées, sont particulièrement concernées. Majoritairement construites avant 1970, lorsque ce combustible était économique, elles sont surtout présentes dans les zones rurales, où l'habitat individuel et ancien domine. Les occupants de ces logements sont plus âgés et installés de plus longue date que la moyenne. Près d’un ménage sur deux chauffé au fioul est en situation de vulnérabilité énergétique du fait de dépenses énergétiques conventionnelles plus élevées et de plus faibles revenus, pointe aussi l'étude.

Si le nombre de résidences principales chauffées au fioul a presque été divisé par deux entre 2006 et 2022 - une baisse particulièrement marquée dans les territoires où la population progresse le plus -, on en comptait encore 2,6 millions en 2022, soit près de 9% du parc, selon une étude de l’Insee publiée ce 13 janvier. Bien moins répandu que l’électricité (36%) et le gaz (35%), l’usage du fioul domestique, qui est responsable de 23% des émissions de gaz à effet de serre du secteur résidentiel, est encore répandu dans les maisons en milieu rural (près de 17% contre 3% dans les espaces urbains denses). En 2022, la part de résidences principales chauffées au fioul dépasse 30% dans la plupart des communes rurales du Massif central, du nord du pays et des Alpes, alors que dans les grandes métropoles comme Paris, Lyon ou Marseille, elle est inférieure à 5%, indique ainsi l’étude. Au total, plus de six résidences principales sur dix chauffées au fioul se trouvent en milieu rural alors que seuls trois logements sur dix y sont localisés.

Un mode de chauffage surtout répandu dans les maisons individuelles anciennes

Pour les auteurs de l’étude, les différences d’utilisation du fioul selon les territoires peuvent s’expliquer en partie par les spécificités de leurs parcs résidentiels. En effet, "parmi les résidences principales, 13% des maisons individuelles sont équipées d’une chaudière au fioul, contre seulement 3% des logements collectifs", précisent-ils. Les appartements chauffés au fioul se situent souvent dans de petites copropriétés (au maximum quatre appartements) et le recours au fioul est encore plus rare dans les appartements en HLM (moins de 2%). Or le parc de logements des territoires ruraux est bien plus souvent constitué de maisons individuelles, ce qui est particulièrement le cas dans la Creuse, le Lot ou les Deux-Sèvres. A contrario, les logements collectifs, et singulièrement les HLM, sont bien plus présents dans les métropoles.

La possibilité de se raccorder aux réseaux de gaz peut également expliquer une plus ou moins grande utilisation du fioul, avancent les auteurs de l’étude. Ainsi, dans les communes où moins de 30% des maisons sont chauffées au gaz, le chauffage au fioul est particulièrement répandu - en moyenne 18% des maisons sont alors concernées, contre 7% dans les autres communes. En Lozère, où aucune commune n’atteint ce critère de raccordement au gaz, la proportion de maisons chauffées au fioul est très élevée (34%) tandis qu’en Alsace, cette proportion reste forte en moyenne (24%) malgré un recours élevé au gaz dans beaucoup de communes.

L’usage plus fréquent du fioul dans les territoires ruraux s’explique également par l’ancienneté du parc des résidences principales, relève l’Insee. Les logements construits avant le premier choc pétrolier ont fréquemment été équipés au fioul, une énergie alors bon marché. Près de cinquante ans après, les logements anciens restent ainsi bien plus souvent équipés d’un chauffage au fioul que les plus récents (12% des résidences principales construites avant 1970 sont encore chauffées au fioul, contre 6% pour les autres).

Ces maisons et appartements chauffés au fioul sont en moyenne 15% plus grands que ceux utilisant d’autres modes de chauffage et la plus grande ancienneté en moyenne de leur construction engendre également une moindre qualité d’isolation. En 2021, les diagnostics de performance énergétique classent ainsi 53% des résidences principales chauffées au fioul en étiquette E, F, G pour leur consommation d’énergie, contre 31% des logements chauffés autrement, indique ainsi l’étude.

Des occupants âgés, souvent exposés à la précarité énergétique

Autre enseignement de l’étude : les ménages âgés et installés de longue date dans leur résidence principale se chauffent plus fréquemment au fioul (16% des ménages de 75 ans ou plus, contre 7% des autres ménages). 16% des ménages présents depuis plus de 20 ans dans leur logement utilisent le fioul contre 6% pour les occupants de moins longue date. L’Insee relève aussi que les occupants de maisons chauffées au fioul sont aussi un peu plus souvent en situation de pauvreté (12%, contre 10% pour les occupants des maisons chauffées autrement) et disposent de revenus moindres.

Du fait de la grande taille des logements et d’une isolation moins performante, les ménages chauffés au fioul doivent également faire face à des dépenses énergétiques conventionnelles particulièrement élevées pour maintenir un confort thermique standard (2.900 euros par an en moyenne en 2021, contre 1.700 euros pour les autres ménages). "Ces dépenses énergétiques élevées, combinées à des revenus en moyenne plus faibles, exposent 46% des ménages vivant dans une maison chauffée au fioul à la vulnérabilité énergétique, contre 17% des autres ménages vivant en maison", relèvent les auteurs de l’étude, même si ces ménages ne chauffent peut-être pas toujours la totalité de leur logement.

Un recul des usages depuis 2006

Le fioul est toutefois de moins en moins utilisé. Entre 2006 et 2022, le nombre de résidences principales chauffées par ce combustible a presque été divisé par deux, passant de 4,6 millions à 2,6 millions (soit 18% des résidences principales en 2006 et 8,5% en 2022). Cette diminution s’est accompagnée d’un changement de profil des ménages chauffés au fioul. Les ménages âgés de 75 ans ou plus, qui constituaient déjà 20% des usagers du fioul en 2006, en représentent 30% en 2022. Ce vieillissement des usagers du fioul s’est accompagné d’une hausse de l’ancienneté d’occupation : la proportion des ménages résidant depuis plus de 20 ans dans un logement chauffé au fioul est passée de 44% en 2006 à 55% en 2022.

Plusieurs facteurs ont favorisé la baisse de l’utilisation du fioul entre 2006 et 2022, détaillent les auteurs de l’étude. "Les constructions neuves ont été plus rarement équipées au fioul qu’auparavant. Ensuite, une partie des résidences principales existantes chauffées au fioul ont été converties à d’autres énergies, en particulier l’électricité. En effet, l’avantage comparatif du fioul s’est réduit en raison d’une part, d’un rendement relativement faible comparé aux nouveaux systèmes de chauffage électrique (et donc d’une consommation d’énergie plus élevée en entrée pour une même chaleur produite en sortie) et, d’autre part, d’une grande volatilité de son prix depuis les années 2000 (qui en réduit aussi l’attractivité). (…) En outre, à partir du milieu des années 2000, ces conversions ont été continûment encouragées par les pouvoirs publics à travers les réglementations et les dispositifs d’aide (Certificats d’économie d’énergie via les fournisseurs d’énergie, éco-prêts à taux zéro, crédits d’impôt pour la transition énergétique, dispositifs MaPrimRénov’, aides de l’Anah, etc.)". Enfin, le nombre de résidences principales chauffées au fioul a pu diminuer en raison de la bascule, entre 2006 et 2022, d’une partie d’entre elles dans le champ des logements secondaires ou vacants, notamment dans le cadre de successions.

Baisse dans toutes les intercommunalités, de manière plus ou moins forte

Entre 2006 et 2022, la proportion de résidences principales chauffées au fioul a baissé dans toutes les intercommunalités, mais avec des ampleurs très variables, indique encore l’étude. "Dans l’ensemble, les territoires où le chauffage au fioul était déjà peu présent en 2006, souvent denses, connaissent de fortes baisses. Inversement, celles-ci sont souvent plus modérées dans les territoires plus ruraux qui, en 2006, étaient plus utilisateurs du fioul', relève-t-elle.

Dans la plupart des intercommunalités d’Île-de-France et des façades atlantique et méditerranéenne, très peu de ménages sont encore chauffés au fioul en 2022. Alors que moins de 10% des résidences principales étaient encore chauffées au fioul en 2006, cette proportion a encore été divisée par un peu plus de deux. "Portées par une population qui a augmenté plus fortement que sur le reste du territoire, les constructions de logements neufs, majoritairement équipés au gaz ou à l’électricité, y ont été plus nombreuses, indique l’Insee. Les déménagements ont également favorisé la disparition du fioul." Une partie des nouveaux propriétaires, qu’ils soient primo‑accédants ou non, profitent en effet de l’acquisition de leur logement pour réaliser des travaux de rénovation et, pour certains, peuvent remplacer alors une chaudière au fioul ancienne et peu performante par un autre mode de chauffage.

Dans certaines intercommunalités où le chauffage au fioul était très présent en 2006 (supérieur à 30%) et dont la population augmente également fortement, notamment dans l’Ain, en Savoie et en Vendée, la proportion de ménages chauffés au fioul s’est beaucoup réduite, note encore l’Insee.

Les intercommunalités plus rurales du centre de la France (Aveyron, Cantal, Creuse), de l’est (Aube, Haute-Marne, Nièvre), de l’Orne, ou situées dans certains reliefs (Alpes du Nord, Ardennes, Jura, Vosges, Massif central) qui présentaient en 2006 une part encore élevée de ménages chauffés au fioul (de l’ordre de 40%) ont vu cette proportion reculer depuis, mais de manière nettement moins marquée que la moyenne en France métropolitaine. "La croissance démographique y est restée faible entre 2006 et 2022, atténuant les besoins en nouveaux logements, indique l’étude. Les ménages chauffés au fioul sont nombreux à avoir vieilli dans leur logement, l’âge pouvant constituer un facteur limitant pour engager des travaux de conversion."

 

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