Mal-logement - Quand les marchands de sommeil investissent les cités pavillonnaires

Les marchands de sommeil ne sévissent pas seulement dans des petits immeubles collectifs dégradés de quartiers urbains en déshérence. Ils ont gagné la banlieue, et même la banlieue pavillonnaire. Les logements indignes se cachent dans des caves, des garages, des cabanes de jardin ou encore des vérandas. Un "business de la misère" que des élus tentent de combattre. Modestement.

C'est un pavillon de Stains (Seine-Saint-Denis) que, de la rue, rien ne distingue d'un autre. Il faut se glisser à l'arrière du jardin, passer sous une tonnelle où grimpent des roses blanches, pour découvrir ce qu'il reste du jardin : trois cabanons d'une dizaine de mètres carrés loués plusieurs centaines d'euros par mois, où l'eau inonde le sol et ronge les murs, avec toilettes et douches communes.
Souvent l'habitat indigne prospère à l'abri des regards : un pavillon découpé, un abri de jardin habité "restent bien plus discrets qu'un immeuble pourri en plein centre-ville", explique Simon Lecoeur, de l'association Habitat Santé Développement. Il en a recensé dans plusieurs communes de banlieue, comme Villejuif et Vitry dans le Val-de-Marne, ou Epinay, Gagny et Drancy en Seine-Saint-Denis.

Extérieur nuit

A Aubervilliers, limitrophe de Paris, Evelyne Yonnet adjointe (PS) au maire, chargée à la fois de la prévention sanitaire, de l'habitat et du mal logement, veut "en finir" avec ce qu'elle appelle un "business" de la misère. "Après guerre, beaucoup de pavillons ont été construits par des Espagnols ou des Italiens, qui sont décédés depuis. De nouveaux acquéreurs les vendent ou les louent à la découpe, pour se faire de l'argent", explique-t-elle. Pour repérer ces pavillons, elle multiplie les "marches le soir en ville". Bouteilles d'urine devant la porte, porte de garage condamnée avec une planche, lumière allumée dans les caves ou encore travaux non déclarés, qu'elle photographie avec son portable, trahissent les lieux suspects. Sous un pavillon, la ville a découvert récemment des caves aménagées où dormaient douze Bangladais sur des lits superposés loués 80 à 150 euros par mois.
"Les moyens, notamment judiciaires, ne correspondent pas aux enjeux", regrette Evelyne Yonnet, qui compte sur le fisc pour traquer les marchands de sommeil qui fraudent la taxe d'habitation ou encaissent des loyers au noir.
L'adjointe au maire devrait par ailleurs se constituer partie civile dans l'affaire d'un marchand de sommeil et de ses trois complices, accusés d'avoir logé des familles d'origine haïtienne dans d'anciens ateliers insalubres et dangereux à Aubervilliers. Les quatre individus  viennent d'être présentés mercredi 5 juin au parquet de Bobigny. Placés sous contrôle judiciaire, ils comparaitront le 4 juillet prochain. Ils sont accusés notamment de "soumission de personnes vulnérables à des conditions d'hébergement contraires à la dignité" et "mise en danger d'autrui" et risquent 10 ans de prison et 300.000 euros d'amende. Le propriétaire, qui dispose d'autres biens immobiliers, était dans le viseur de la municipalité depuis "une dizaine d'années". "Il doit être condamné à de la prison ferme", juge Evelyne Yonnet. La mairie a fait évacuer les lieux le 5 avril 2013, sans pouvoir offrir de relogement aux occupants.

"Murages sauvages"

Difficile aussi pour les maires d'expulser des occupants alors que le relogement est un casse-tête. A Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le maire (PC) Jacques Bourgoin organise des "murages sauvages" de pavillons pour empêcher les marchands de sommeil d'installer de nouveaux locataires. Fin mai, une vingtaine d'habitants et d'associatifs se sont réunis pour murer une maison de ville à étage "recoupée en deux, trois puis quatre logements", par "un propriétaire qui se fait comme ça 2.500 euros par mois", selon Jacques Bourgoin. Construite sur la terrasse, une pièce de sept mètres carrés abritait un couple et ses deux enfants. Ils partageaient un lit superposé, pour 400 euros mensuels, avant d'intégrer, finalement, un logement social voisin.
Plus loin de Paris, en Seine-et-Marne, "on constate l'apparition de deux, trois puis quatre boîtes aux lettres au lieu d'une dans des endroits où il reste encore beaucoup de pavillons ouvriers des années 1920", témoigne également Maud Tallet, maire (PC) de Champs-sur-Marne, conseillère générale chargée de l'habitat.

 

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