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Personnes âgées - Rapport Monalisa : des "équipes citoyennes" pour lutter contre l'isolement

A la suite de plusieurs drames de l'isolement au printemps dernier, Michèle Delaunay avait fait part de son intention d'accélérer le déploiement de Monalisa, acronyme de "mobilisation nationale de lutte contre l'isolement des âgés" (voir notre article ci-contre du 19 avril 2013). Le message a été entendu, puisque Jean-François Serres, le secrétaire général des Petits Frères des pauvres, a remis, le 12 juillet, le rapport du groupe de travail sur le sujet à la ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l'autonomie, en présence de Brigitte Ayrault, l'épouse du Premier ministre et ambassadrice de Monalisa, de Martin Hirsch, le président de l'Agence du service civique, et de François Chérèque, inspecteur général des affaires sociales, chargé par le Premier ministre du suivi du plan gouvernemental contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale. Une trentaine d'associations et organismes ont participé à l'élaboration de ce document, dont les associations de collectivités (AMF, ADF, ARF), l'Unccas et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).

Cinq millions de personnes seules

S'appuyant sur une étude récente de la Fondation de France, l'étude Monalisa - très riche en informations comme en réflexion - rappelle qu'"en 2013, en France, 5 millions de personnes sont seules, soit 12% des personnes de plus de 18 ans" et que "la part de personnes âgées isolées augmente de façon aiguë". Ainsi, entre 2010 et 2012, la proportion des personnes n'ayant aucun réseau social a gagné un point par an, passant de 9% à 12%. Même si elles ne sont les seules concernées, cet isolement touche tout particulièrement les personnes âgées (près du quart du total des personnes isolées). L'isolement connaît aussi des écarts géographiques significatifs. Ainsi, chez les 30-59 ans, les taux d'isolement les plus importants s'observent dans les régions du sud de la Loire. C'est l'inverse chez les personnes de 60 à 89 ans. Seules l'Ile-de-France et Paca figurent à la fois dans ces deux catégories.
Face à ces constats, le rapport Monalisa propose plusieurs pistes d'action. Au niveau local, il s'agit en premier lieu de déployer des "équipes citoyennes", composées de bénévoles qui s'associent pour agir ensemble contre la solitude et l'isolement social des personnes âgées dans leur quartier, ville ou village. Ces équipes pourront être autonomes (en s'organisant en association) ou rattachées à des opérateurs existants (associations, CCAS, centres sociaux...). La présence d'un référent d'équipes (salarié) permettra de favoriser l'accès au réseau Monalisa, mais aussi à des formations ou à des bonnes pratiques. Le rapport suggère également la mise en place d'un soutien financier au démarrage pour faciliter la création de nouvelles équipes, ainsi que la mise à disposition de jeunes volontaires du service civique. L'objectif est de couvrir en priorité les "zones blanches", où il n'existe aujourd'hui aucun dispositif de lutte contre l'isolement.

Une charte pour concrétiser l'engagement des signataires

A cet engagement local doit correspondre une mobilisation nationale des organismes signataires de la charte Monalisa. Cette mobilisation doit se traduire notamment, sur le terrain, par le signalement et l'orientation des personnes isolées. Au niveau départemental, il s'agit d'assurer une mise en cohérence de tous les acteurs et, au niveau national, de sensibiliser et mobiliser l'opinion sur la lutte contre l'isolement. Toujours au niveau national, le projet sera porté par une "association nationale indépendante" - qui reste à créer - et par un comité national Monalisa, "condition indispensable au portage dans la durée de la mobilisation nationale".
Les coûts envisagés sont très modestes - du moins au niveau national -, puisque le rapport évalue entre 1,5 et 2 millions d'euros le financement dédié pour le pilotage national des aides au démarrage des nouvelles équipes, l'animation départementale, la formation et l'évaluation. Enfin, le rapport prend soin de préconiser une articulation de Monalisa avec les différentes démarches d'adaptation de la société au vieillissement : intégration aux réseaux de coordination, aux schémas de prévention des agences régionales de santé et aux schémas gérontologiques des départements, définition par les caisses de retraite d'un "socle commun" de prévention de la perte d'autonomie, étude par la CNSA de la possibilité d'ouvrir le soutien aux aidants familiaux aux opérateurs d'équipes (notamment pour les formations)...
A la réception du rapport, Michèle Delaunay a confirmé le montant du financement, qui "sera apporté pour l'essentiel par les parties prenantes de Monalisa". Plusieurs entreprises - Groupe Chèque Déjeuner, Microsoft, Toshiba, La Poste, Humanis, Crédit Agricole et Réunica - se sont également déjà engagées auprès de Monalisa. Selon la ministre, les premières équipes citoyennes pourraient se déployer à partir de septembre 2013 et le collectif s'est fixé comme objectif de créer l'association Monalisa et le comité national pour le printemps 2014.