Lutte contre l'exclusion - Réactions mitigées sur le plan Pauvreté

Au lendemain de la présentation par le Premier ministre, le 21 janvier, du "plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale" (voir notre article ci-contre du 22 janvier 2013), les réactions n'ont pas tardé à de manifester. Sur le principe et le contenu général du plan, la tonalité générale est nettement à la satisfaction, notamment parmi les grandes associations "institutionnelles".
Le Secours catholique se dit ainsi "globalement satisfait que les mesures proposées lors de la conférence de lutte contre la pauvreté des 10 et 11 décembre soient reprises dans le plan quinquennal" et "se réjouit [...] de la démarche de concertation mise en place pour élaborer ce plan". L'association voit également un signe encourageant dans "le refus affiché de stigmatiser les personnes en précarité comme des personnes assistées".
De son côté, ATD Quart Monde "salue les avancées de ce plan de lutte contre l'exclusion qui mobilise de nombreux ministères et les partenaires sociaux" et "note avec une grande satisfaction que le gouvernement a entendu les espoirs mis par les familles dans les institutions éducatives, écoles ou crèches, pour que leurs enfants ne subissent pas la même vie qu'eux".
Pour Julien Lauprêtre, président du Secours populaire, "voir qu'au plus haut niveau de l'Etat, le problème de la pauvreté est considéré comme un souci principal ne peut que satisfaire [...]". Dans une interview au JDD en ligne, Bruno Grouès, animateur du collectif Alerte qui regroupe une trentaine d'associations, estime que le plan constitue "un progrès" et "une avancée significative". L'ensemble des associations apprécient également la désignation de François Chérèque - ancien travailleur social et qui fut président de la fédération santé-social de la CFDT - pour assurer le suivi et l'évaluation du plan.

Un manque de visibilité sur les moyens

Mais les réactions se font plus nettement plus réservées lorsque l'on entre dans le détail du plan et, plus particulièrement, de son financement. ATD Quart Monde regrette ainsi que "les modalités indiquées dans le plan ne permettent pas de comprendre concrètement les moyens mis en place pour une véritable efficacité". Le Secours catholique déplore lui aussi qu'"il manque souvent la traduction financière dédiée", tandis que le Secours populaire se désole de "l'absence totale, dans les mesures annoncées, du drame de la faim qui gagne du terrain dans notre pays". De son côté, la Fnars (Fédération nationale des associations de réinsertion sociale) qualifie de "mesurette" la mise en place de la "garantie jeunes" et regrette l'absence de chiffrage de nombreuses mesures. Intervenant plus spécialement dans le secteur de l'hébergement, la Fnars s'inquiète aussi de l'absence d'engagement sur les places d'hébergement au-delà des 9.000 créations prévues pour 2013.
Les regrets des associations portent également sur l'absence d'une loi de programmation, réclamée la semaine dernière par le collectif Alerte (voir notre article ci-contre du 17 janvier 2013). L'animateur du collectif renouvelle d'ailleurs sa demande d'une loi de programmation - "comme cela avait été fait au moment du plan Borloo en 2005" - et compte bien la faire entendre "auprès du chef de l'Etat, qui sera présent au congrès de l'Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), le 25 février à Lille".
Pour leur part, les associations de précaires (Mouvement national des chômeurs et précaires, Droit au logement, Agir contre le chômage...) avaient en quelque sorte réagi par avance, en occupant, la veille de la réunion du comité interministériel de lutte contre les exclusions (Cile) et des annonces du Premier ministre, les locaux du ministère délégué chargé de la Lutte contre l'exclusion. Les manifestants entendaient protester contre le manque de concertation dans la préparation du plan. Ils ont répandu des miettes de pain dans les couloirs du ministère pour - selon Jean-Baptiste Eyraud, le porte-parole du DAL - "dire que des miettes, on n'en veut pas ; on veut de vraies mesures". L'occasion de s'inspirer de la démarche qui a si bien réussi aux jeunes entrepreneurs d'internet, en lançant un nouveau mouvement : "Les miettes, c'est pour les pigeons !".
Déception également du côté de certaines catégories de publics en difficulté. Ainsi, l'APF (Association des paralysés de France) "tient à exprimer sa colère et sa déception" en constatant les "miettes octroyées aux personnes en situation de handicap, les oubliées du plan anti-pauvreté" (en l'occurrence, les deux millions de personnes handicapées vivant sous le seuil de pauvreté).

Silence du côté des collectivités

Du côté des politiques, Laurent Wauquiez, vice-président de l'UMP, a estimé que le plan "privilégie l'assistanat", notamment "en élargissant les conditions d'accès au RSA pour les jeunes". Le député de la Haute-Loire - qui avait déjà lancé une polémique nationale sur le RSA en mai 2011 - a affirmé qu'"en élargissant les conditions d'accès au RSA pour les jeunes, le gouvernement prend le risque de donner comme message à toute une génération que leur seul espoir, c'est l'assistanat". De son côté, le Parti socialiste se félicite d'"une feuille de route ambitieuse et globale" et estime que "dans une période de désendettement et de contrôle de nos dépenses publiques, ce plan de 2,5 milliards d'euros montre que la lutte déterminée contre la précarité et la pauvreté est une priorité forte du gouvernement".
Enfin, c'est - pour l'instant - le silence du côté des associations de collectivités, pourtant concernées au premier chef par la lutte contre l'exclusion. L'Assemblée des départements de France (ADF) ne s'est pas encore officiellement prononcée sur le sujet et l'Union nationale des centres communaux d'action sociale (Unccas) se contente de mettre le plan en ligne sur son site, sans y apporter de commentaire.

 

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