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Thomas Beurey / Projets publics pour Localtis

Recrutement : des pistes pour revaloriser les concours, en perte de vitesse ces dernières années

Fonction publique

Dans le cadre d'une concertation avec les représentants des syndicats et des employeurs publics, Bercy vient d'émettre une liste de propositions pour adapter les épreuves des concours de la fonction publique et, ainsi, tenter d'enrayer leur perte d'attractivité.

Simplifier les épreuves des concours, les rendre moins académiques, revoir l'organisation de ces épreuves sur le plan géographique notamment, favoriser la préparation aux concours, développer l’accompagnement dans l’entrée en fonction… La direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) ouvre de multiples pistes de réflexion sur l'adaptation des concours de la fonction publique, sujet sur lequel le secrétaire d'Etat, Olivier Dussopt, a lancé un cycle de concertation avec les représentants des employeurs et des organisations syndicales.
Dans un document de 27 pages qu'elle vient de transmettre à ses interlocuteurs et que Localtis a pu consulter, la "DRH" de l'Etat livre à ces derniers ses idées sur la modernisation des concours pour répondre à l'enjeu de rendre la fonction publique plus attractive. Les partenaires évoqueront le sujet le 21 mai. 
Dans les trois versants, l'intérêt des actifs pour les concours est globalement en recul, constate la DGAFP, qui n'apporte pas d'explications au phénomène. Attaché d'administration hospitalière, directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social, directeur d’hôpital : pour ces concours de l'hospitalière, le nombre de candidats a diminué de 18 à 26% entre 2015 et 2017. Dans la fonction publique d'Etat, le niveau de sélectivité des recrutements externes est "à son plus bas niveau depuis 2001", avec 8 candidats présents pour un admis. La tendance est la même dans la "territoriale". Le nombre de candidats aux concours de conservateur de bibliothèque et de conservateur du patrimoine a reculé d'un tiers entre 2014 et 2018, tandis qu'il a diminué de 45% pour celui d'administrateur. Et ce alors que le nombre de postes à pourvoir a été "globalement stable". Pour les concours dont ils ont la charge d'organiser, les centres de gestion constatent une lente érosion des candidats inscrits depuis 2013. Mais la baisse du nombre des présents a été bien plus rapide. Elle s'est surtout accentuée en 2016. Cette année-là, les centres ont enregistré 110.879 candidats présents pour 175.010 inscrits, avec pour conséquence une "gabegie", que dénonçaient récemment les élus et directeurs de centres de gestion.

Mutualisation des concours

Ce constat intervient alors qu'à la suite d'un rapport de l'inspection générale de l'administration de 2008, qui critiquait une organisation "artisanale" et "complexe" des concours de l'Etat, une révision générale des contenus des concours a été engagée. A la clé, la modification de quelque 400 voies de recrutement. Tantôt, le nombre des épreuves a été réduit et/ou leur contenu a été simplifié. La reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle, qui prend généralement la forme d'une épreuve orale permettant de tester les compétences professionnelles du candidat, s'est aussi développée.
La DGAFP préconise donc de poursuivre les efforts de modernisation des concours. Un axe de ses propositions concerne l'organisation des épreuves. "Simplifier" ces épreuves, réduire leur nombre, "faire évoluer leur contenu" : telles sont quelques-unes des pistes avancées par la direction. La poursuite du développement de la mutualisation des épreuves de concours, dont le bilan dans la fonction publique d'Etat est "positif", est également envisagée. Une épreuve d'aptitude générale pourrait "permettre d’accéder aux épreuves spécifiques d’un corps ou cadre d’emploi, pour des épreuves de concours proches ou identiques par filière, par ministère", est-il indiqué. En outre, pour continuer à professionnaliser les épreuves des concours, il est suggéré que soient introduits "des cas pratiques et/ou des mises en situation permettant d’identifier des aptitudes et des compétences". Dans la même veine, il est proposé de généraliser "les concours de la troisième voie" - qui sont réservés aux candidats ayant acquis une expérience dans le secteur privé, dans le cadre d'une activité associative, ou du fait de l'exercice d'un mandat local – et les concours sur "titres" – après une sélection opérée sur dossier, ils se limitent à une épreuve orale.

Evolution du concours interne ?

Piste plus originale et explosive : la DGAFP s'interroge sur la pertinence de conserver le concours interne, aujourd'hui réservé aux agents publics. "La création, dans certains cas, d’une voie unique de recrutement fondée sur l’expérience professionnelle, et ne distinguant plus systématiquement selon la nature publique ou privée des services accomplis, présente t-elle un intérêt ?", se demande-t-elle. En posant également la question : "Comment faciliter l’accès des contractuels aux concours internes ?".
En amont, il conviendrait de "favoriser la préparation aux concours", écrit la DGAFP. Il faudrait, détaille-t-elle, favoriser la mise en place de nouvelles classes préparatoires intégrées, des dispositifs destinés à aider les étudiants ou demandeurs d'emploi de condition modeste, à préparer les concours.
La DGAFP préconise encore d'"adapter la formation initiale" des agents et de "développer l’accompagnement dans l’entrée en fonction", par exemple par "la mise en place d’un parcours du nouvel arrivant, lui permettant notamment de mieux s’approprier son environnement de travail".
Une première réunion de concertation sur l'attractivité des métiers de la fonction publique s'était tenue le 17 avril dernier en présence du secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics. Elle avait mis l'accent sur la nécessité de poursuivre la professionnalisation des épreuves de concours et examens (lire ci-dessous notre article du 17 avril 2019).
Des mesures seront dégagées notamment dans le but de "maintenir l’attractivité et l’efficacité du recrutement par concours", d'"’intégrer l’approche par les compétences dans les politiques de recrutement" et "de renforcer la diversité des profils accueillis au sein de la fonction publique", indique la DGAFP.

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