Relance de l’économie sociale et solidaire : des moyens dédiés, qui n’arrivent pas toujours à bon port

Si la crise touche l'économie sociale et solidaire comme le reste de l'économie, les réponses apportées à ces structures concernent également des publics en difficulté, notamment dans les champs de l'insertion et de l'aide à domicile. Un événement en ligne organisé par l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire le 2 février 2021 a permis de faire le point sur les moyens actuellement déployés par le gouvernement et sur les questions en suspens. Parmi elles, celle du non-recours aux aides et aux appels à projets concerne massivement les petites structures de l'ESS, d'où l'importance du rôle des élus locaux qui demandent davantage de marges de manœuvre pour leur apporter leur soutien.

L'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes) organisait le 2 février 2021 un événement en ligne intitulé "Face à l'incertitude : le choix social et solidaire". L'occasion pour les pouvoirs publics de faire le point sur les moyens actuellement déployés pour soutenir l'ESS – ses structures, ses publics - dans la crise et, pour l'Udes, de mettre l'accent sur certaines problématiques encore non résolues. Le président de l'Udes rencontrait d'ailleurs le Premier ministre et la ministre de l'Emploi ce jeudi 4 février pour échanger sur les aides apportées aux entreprises de l'ESS, sur l'emploi des jeunes et les réformes à venir relatives aux retraites et au grand âge.

Postes en insertion, contrats aidés : des moyens en cours de déploiement

"Dans les prochaines semaines, les prochains mois, 25.000 nouveaux emplois [seront] créés dans le domaine de l'insertion", s'est d'abord félicitée Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion, affichant un objectif total de 60.000 emplois créés d'ici la fin 2021. La ministre a rappelé que 320 millions d'euros avaient été mobilisés pour soutenir l'emploi et la trésorerie des structures de l'insertion par l'activité économique (SIAE). Par ailleurs, le plan de relance prévoit le financement de 160.000 parcours emploi compétences (PEC) dans le secteur non-marchand, dont 80.000 pour des jeunes avec une prise en charge par l'État de 65% du Smic (voir notre article du 2 novembre 2020). Sur l'activation des PEC, "un mode d'emploi très simple" sera prochainement diffusé, a par la suite complété Olivia Grégoire, secrétaire d'État à l'Économie sociale, solidaire et responsable, qui a rappelé que le financement étatique des contrats s'élèverait à 80% dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires ruraux. 
 
L'Udes salue ces mesures, mais insiste à nouveau sur la nécessité de permettre à des jeunes diplômés plus qualifiés de rejoindre des entreprises de l'ESS, dans le cadre d'au moins 10.000 contrats aidés spécifiques (voir notre article du 23 juin 2020). Tout en offrant de nouvelles perspectives d'insertion professionnelle à de jeunes diplômés, le dispositif contribuerait à renforcer les compétences des structures de l'ESS qui manquent souvent d'ingénierie.

Un besoin d'ingénierie pour solliciter les aides et répondre aux appels à projets

Conséquence de ce manque d'ingénierie : le non-recours aux aides dédiées aux acteurs de l'ESS. "Un vrai fléau" contre lequel il s'agit de lutter, a martelé Olivia Grégoire. Pour cela, le dispositif local d'accompagnement (DLA) peut être mobilisé par les associations et autres entreprises de l'ESS. Ces dernières peuvent être ainsi soutenues dans la mobilisation d'un prêt d'honneur solidaire de BpiFrance (130 millions d'euros de prêts à taux zéro allant jusqu'à 8.000 euros), d'une aide du fonds d'urgence ESS (voir notre article du 22 janvier 2021), ou encore dans la réponse à l'un des appels à projets du plan de relance. En tout, 15 d'entre eux devraient bénéficier aux acteurs de l'ESS, selon un point de décembre 2020 de Bercy. 
 
Sur les appels à projets relatifs aux contrats à impact social, "on est en train de casser l'auto-censure", a salué Olivia Grégoire, alors que des projets présentés iraient "au-delà des 2,5 millions d'euros". La secrétaire d'État lancera également en mars l'appel à projets destiné à relancer les pôles territoriaux de coopération économique (voir notre article du 11 janvier 2021).

Sports, loisirs : l'Udes souhaite une "relance par la demande"

Au-delà des mesures déjà annoncées, l'Udes demande une "relance par la demande" pour permettre à des familles de s'inscrire à des clubs de sport et de loisirs, ainsi qu'un fonds de compensation pour la perte d'activité dans ces deux secteurs. L'Union des employeurs considère par ailleurs que les prêts ne suffiront pas à sauver les structures de l'ESS les plus en grande difficulté et que des quasi fonds propres sont nécessaires. 
 
Dans le domaine du soin, et en particulier de l'aide à domicile, elle demande aussi une revalorisation salariale des professionnels. Pendant cette crise, "la digue a tenu", pour autant "on ne reconnaît pas ces métiers" à la hauteur de ce qu'ils apportent à la société, a souligné Hugues Vidor, président de l'Udes. "Les salaires sont en dessous de ce qu'ils devraient être", a renchéri Marie-Louise Kuntz, vice-présidente du département de la Moselle et représentante de l'Assemblée des départements de France, indiquant que des personnes formées dans l'est de la France "fuyaient" ensuite au Luxembourg, en Belgique ou en Suisse pour accéder à de meilleures rémunérations.

Aides financières : les régions et les départements veulent des marges de manœuvre, l'Udes de l'équité entre les territoires

L'instance représentative des employeurs de l'ESS portera par ailleurs un plaidoyer à destination des futurs candidats aux élections régionales et départementales. Tout en mettant l'accent sur la nécessité d'"affirmer encore le rôle des régions, et également des départements, pour être dans un vrai travail de proximité", notamment dans "l'identification des besoins", l'Udes renouvellera sa demande d'une régulation nationale renforcée et d'une équité de traitement entre les territoires en matière de financement. "Le rôle de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie pourrait être développé", a précisé Hugues Vidor, lors d'une conférence de presse, le 2 février. 
 
"Arrêtez de vouloir tout centraliser", a de son côté lancé Renaud Muselier, président de Régions de France et de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il a en particulier déploré que des "modalités opérationnelles financières" actées au niveau national – sur les contrats de plan État-régions par exemple – pouvaient être ensuite remises en cause par des ministères. "Il faut que ça redescende et qu'on nous fasse confiance", a poursuivi Marie-Louise Kuntz. L'élue lorraine a mis en avant la mobilisation des départements, depuis le début de la crise, aussi bien auprès de publics précaires - bénéficiaires du revenu de solidarité active, étudiants… - que d'associations, d'artisans et de petites entreprises. "Il faut nous laisser la possibilité d'être à leurs côtés", a-t-elle insisté. 

 

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