Réouverture des commerces : maires et fédérations multiplient les appels

En demandant aux fédérations de commerce de décaler d'une semaine la date du "Black Friday", Bruno Le Maire ouvre la voie à une possible réouverture des commerces non alimentaires la semaine prochaine. Les appels des maires et commerçants se multiplient pour infléchir la position du Premier ministre. Mais c'est le président de la République qui prendra la parole en milieu de semaine prochaine.

Après avoir lâché, mardi, lors d’un petit-déjeuner de la majorité, qu’une réouverture des commerces le 27 novembre était à l’étude, le Premier ministre a reçu une salve de courriers émanant des associations d’élus et des fédérations de commerces, alors que la situation économique de ces derniers se détériore à vue d'oeil. Car, pour le moment, rien n’est joué. La décision sera prise la semaine prochaine après consultation du Haut Conseil de la santé publique, sur la base, donc, du relevé épidémiologique. Emmanuel Macron devrait reprendre la main et s’adresser directement aux Français. Mais pourquoi le 27 et non le 1er décembre, comme le Premier ministre l'avait un temps évoqué ? Car c'est le jour du "Black Friday", cette grosse opération commerciale venue des États-Unis il y a 6 ans et qui, selon Bercy, a généré 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier, dont 85% pour le commerce physique. Ce dernier pourrait ainsi mieux supporter la concurrence du commerce en ligne.

Cette date permettrait aux Français de disposer "d’un week-end de plus pour réaliser leurs achats de Noël et donc de mieux répartir les flux", ce serait aussi l'occasion pour les commerces physiques "de participer à l’opération commerciale du Black Friday, que les pouvoirs publics ne pourront interdire et qui se tiendra donc, sous ce label ou sous un autre, sur internet", clamait ainsi, mardi, le Conseil du commerce de France (CdCF), qui a adressé un courrier au président de la République en ce sens. Un point de vue partagé par l'association Villes de France. "Si la décrue du virus se confirmait, une réouverture des commerces le 27 novembre, le jour du lancement du Black Friday, serait accueillie très positivement", jugent sa présidente Caroline Cayeux, maire de Beauvais, et Jean-François Debat, président du conseil d’administration de l’association et maire de Bourg-en-Bresse, dans un courrier adressé le même jour au Premier ministre. Les deux élus considèrent que cette opération est cruciale pour nombre de commerçants qui "y réalisent davantage de chiffre d’affaires que lors des soldes".

Report du Black Friday

Seulement l'idée de faire coïncider ces deux dates ne fait pas l'unanimité. Elle a même été jugée "absurde" par Élisabeth Borne, jeudi sur BFMTV, la ministre du Travail ayant mis en garde contre une "ruée" dans les commerces en cas d'ouverture dans ces conditions. C’est pourquoi Bruno Le Maire défend pour sa part un report de l’opération d’une semaine, "sous réserves de réouverture des commerces d’ici là". Il s’en est ouvert, ce jeudi aux représentants de la grande distribution, du commerce et du commerce en ligne. Ces derniers ont accueilli "favorablement cette idée". "Ils vont étudier aujourd’hui avec les pouvoirs publics et avec l’ensemble de la chaîne de production et de transport les conditions à remplir pour parvenir à cet objectif", indique un communiqué du ministre de l'Économie. Un accord doit être finalisé ce vendredi. Une autre réunion doit se tenir avec les fédérations et l'ensemble des ministres concernés pour arrêter un protocole sanitaire.

Bruno Le Maire a trouvé un allié de poids, Amazon, qui, jeudi, s'est dit favorable au report. "Nous avons décidé de reporter le Black Friday, si cela permet de rouvrir les commerces avant le 1er décembre. Cette année, le Black Friday aura donc lieu le 4 décembre", a assuré le directeur général d'Amazon France, Frédéric Duval, sur TF1. Le collectif Sauvons nos commerçants, qui regroupe cinq fédérations, ne se faisait guère d'illusions. "À défaut de vouloir ou pouvoir l’imposer à Amazon et les autres", ce report est "une première avancée dans la réparation de ces injustices structurelles que nous n’avons de cesse de dénoncer", avait-il déclaré dans un communiqué mercredi. "Aussi ne nous trompons pas d’enjeu : ce report n’est pas une fin en soi et il ne doit surtout pas servir d’alibi à un prolongement de la fermeture des commerces. Leur réouverture le 27 novembre reste notre priorité absolue", poursuivait-il. Le collectif demande que soit mis "fin au déséquilibre fiscal, environnemental et réglementaire entre les commerçants et les pure players du e-commerce".

L’Association des maires de France (AMF) se montre prudente et plaide plutôt pour une "réouverture progressive" assortie des garanties nécessaires. "Il nous paraît souhaitable d’engager une réouverture progressive des commerces de proximité non alimentaires, ce qui permettrait d’éviter un retour massif des clients dans ces établissements à l’approche des fêtes de Noël, lorsqu’il deviendra inévitable d’autoriser la reprise de leur activité", peut-on lire dans un courrier adressé au Premier ministre par François Baroin, le président de l’AMF, André Laignel, premier vice-président, et Philippe Laurent, secrétaire général de l’association.

Protocole sanitaire strict

Dans ses propositions accompagnant le courrier, l’AMF préconise de conditionner la réouverture progressive des commerces non alimentaires (libraires, fleuristes, salons de coiffure, habillement…) à un "protocole sanitaire strict renforcé". L’AMF propose d’imposer la règle des "4m2 par client" - voire de l’étendre à 10m2 - à l’ensemble des magasins de vente. Elle demande aussi de "poursuivre et intensifier les efforts d’accompagnement des commerçants et artisans à la transformation numérique". Si elle se félicite de l’aide de 20.000 euros aux communes qui souhaitent développer une plateforme locale de commerce en ligne, elle se montrera "attentive aux modalités pratiques" de son versement. Cette aide "doit également être mobilisable par l’ensemble des communes qui ont déjà créé une plateforme en ligne pour répondre à l’urgence de cette crise".

Elle demande par ailleurs un cofinancement sur les bons d’achat offerts par les communes à leurs administrés, "utilisables également pour la vente à distance, mais uniquement auprès des commerçants de la ville". Enfin, l’AMF souhaite "sécuriser toutes les initiatives locales indispensables en ces temps de crises : subventions octroyées, campagnes de communication, reports ou exonérations de loyers commerciaux, création de plateformes en ligne (marketplace), bons d’achats, chèques numériques, etc.".

Villes de France a aussi proposé au Premier ministre un protocole sanitaire assorti d’une "charte de bonnes pratiques" appelée "covi-responsable". "Ce contrat de confiance permettrait d’envisager la réouverture en toute sécurité des commerces de proximité", professent Caroline Cayeux et Jean-François Debat. Ils demandent en outre que la décision de rouvrir soit laissée au préfet sur la base d’une doctrine nationale.

Une baisse de 80% du chiffre d'affaires depuis le reconfinement

Depuis le début du reconfinement le gouvernement a décidé de renforcer son fonds de solidarité et d’inciter les commerces à recourir aux ventes en ligne. Un pis-aller. Car "malgré un fort développement des achats en ligne, le secteur constate une baisse de 80% de de son chiffre d'affaires depuis le 30 octobre", ont alerté les deux fédérations Alliance du commerce et Procos, mercredi. Cette situation "met en risque à la fois les TPE mais également les PME, ETI et grandes entreprises du commerce spécialisé qui représentent plus de 60% de l'activité et des emplois du commerce non alimentaire dans les territoires". Sur la première quinzaine de novembre, les enseignes de l'équipement de la personne n’ont réalisé que 2% de leur chiffre d’affaires de 2019 !

Une trentaine de présidents d’organisations (dont ceux du Medef et de la CPME) ont adressé un "cri d’alarme" au Premier ministre, dans une lettre commune datée de mardi. Ils demandent eux aussi une réouverture le 27 novembre. Selon le CdCF, 20.335 points de vente sont menacés, ainsi que 95.500 emplois.

 

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