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Seize expérimentations pour piloter l'arrivée des véhicules autonomes sur les territoires

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Morgan Boëdec / MCM Presse pour Localtis
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Transport mobilité durable

France

Un an après le lancement d'une stratégie nationale du développement des véhicules autonomes, seize expérimentations de mobilité autonome permettant de tester des services, notamment en milieu ouvert et en complémentarité de réseaux classiques de transport, ont été retenues par l’État dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir. 

La ministre des Transports a présenté le 24 avril les expérimentations d'utilisation en situation réelle de petits véhicules autonomes, tant en zones rurales qu'urbaines, qui vont être lancées dans le cadre de deux consortiums de projets retenus suite à l'appel à projets de l'Ademe Evra (Expérimentation du véhicule routier autonome). "Ce programme de seize expérimentations, soutenues par l’État et qui se dérouleront dans différents points du territoire, permet un changement d'échelle et à la France de franchir une nouvelle étape", a souligné la ministre. 

Deux consortiums à bord

Ces consortiums sont issus de regroupements de projets et d'une phase de consolidation des candidatures qui a duré un an. L’État apporte 42 millions d'euros sur les 120 millions d'euros nécessaires aux projets. Les collectivités impliquées compléteront également le financement. Le consortium projet SAM (sécurité et acceptabilité de la conduite et de la mobilité autonome), issu du programme national France véhicules autonomes, regroupe treize expérimentations pilotées par PSA, Renault, Valéo, Transdev, Keolis, la RATP, un pôle de recherche toulousain (Oncopole) et une start-up lyonnaise (TwinswHeel). Certaines prolongent des tests déjà réalisés, par exemple dans le cas des deux navettes Navya desservant avec Keolis le campus de l'université Rennes 1. Des navettes EasyMile vont par ailleurs être testées dans l'hypercentre de Clermont-Ferrand, sur trois kilomètres de voirie partagée avec le trafic courant, sur des voies en site propre et des rues piétonnes, ou pour remplacer à Toulouse une navette thermique sur une voie dédiée pour du rabattement vers l'établissement médical Oncopole.

Innover pour répondre à une demande 

En Île-de-France, dans le bois de Vincennes, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse pour relier la gare RER et Paris Rive Gauche, la RATP testera des services qui répondent, souligne l'entreprise, "à une réelle demande de transport dans différents environnements (zone urbaine dense ou péri-urbaine) et pour différents usages complémentaires de l’offre de transports en commun existante : desserte des premiers et derniers kilomètre, desserte fine de quartier". À Rouen, le projet de desserte à la demande du centre-ville est aussi retenu. Tout comme celui de Transdev, à Vichy, qui affiche l'originalité d'une circulation sur voie fermée et en mixité avec les modes doux et piétons. Ses élus ont précisé que ces trois navettes testées d'ici la fin de l'année le long des berges de l'Allier ne rouleront pas vite et conserveront au départ une présence humaine, pour sécuriser les usagers avant un passage à l'autonomie complète.

Susciter l'adhésion et ne pas rebuter

Dans le cadre du second consortium, baptisé ENA (expérimentation de navettes autonomes), trois collectivités se sont particulièrement impliquées : la métropole nantaise pour améliorer avec des navettes la desserte de son aéroport ; la communauté d'agglomération Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) pour transporter les employés d'une zone d'activité ; et la communauté de communes Coeur de Brenne pour répondre au besoin de mobilité d'une population isolée dans ce coin rural et préservé de l'Indre. Certain que l'innovation est "un atout du monde rural", son président Jean-Louis Camus, a détaillé ce projet : "Contrairement à ce que l'on peut penser, le véhicule autonome n'effraie pas les personnes âgées. Pour limiter leur isolement, nous offrirons un service de deux navettes effectuant huit trajets par jour sur un parcours de 22 km pour relier cinq communes et faciliter l'accès à des points d'intérêt du territoire."

Embarquer d'autres collectivités

Anne-Marie Idrac, haute responsable pour la stratégie nationale du développement des véhicules autonomes, a rappelé que les trois grandes pistes de travail, déjà au coeur de la stratégie nationale, restent la sécurité, la progressivité des usages et l'acceptabilité qui en découle : "La réflexion sur ces véhicules, qui avance à un rythme soutenu, avec des enjeux à l'international notamment en matière de standards et d'homologation, fait ressortir le besoin de les intégrer dans une logique de service - public si j'ose dire - et d'un usage partagé, qui domine pour l'instant sur l'usage individuel." Elle a en outre appelé à "embarquer encore davantage de collectivités dans le sujet", en utilisant à plein régime les possibilités récemment introduites dans les lois d'orientation des mobilités (LOM, sur la délégation de conduite hors du cadre des expérimentations) et Pacte (article 43 sur la responsabilité du conducteur).

D'autres projets portés par des collectivités pourraient être soutenus. "Notamment dans le cadre de l'appel à projets Territoire d'innovation (ex-Tiga) opéré par la Banque des Territoires", a glissé Guillaume Boudy, secrétaire général pour l'investissement. Cet appel à projets a suscité une cinquantaine de candidatures. Ses résultats seront dévoilés d'ici la fin du mois. 

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