Equipements sportifs - Stades et collectivités : Le Mans, préfiguration d'un nouveau modèle économique ?

Alors que la France s'apprête à rénover une part importante de son parc de stades, la place des collectivités dans la construction et l'exploitation de ces équipements est questionnée. Certaines réalisations pionnières pourraient servir d'exemple aux constructions à venir en termes de modèle de financement. Tel est le cas du stade que Le Mans inaugure ce samedi, le MMArena, dont le montage inédit s'appuie sur une concession de service public et ose le "naming". Une première en France. Le maire, Jean-Claude Boulard, s'en explique.

La France accueillera l'Euro 2016 de football et s'apprête à rénover une part importante de son parc de stades. En guise d'apéritif à ce grand chambardement, Le Mans inaugure ce samedi 29 janvier un équipement qui pourrait servir d'exemple aux constructions à venir : le MMArena. Des nouveautés, l'enceinte en recèle derrière chacun de ses 25.000 sièges : financement, exploitation, "naming", sans compter le développement durable et la monétique. Mais ce nouveau modèle pose aussi la question de la place des collectivités dans les stades du XXIe siècle...
La première nouveauté du projet manceau est son financement. "L'objectif était de réduire la facture des contribuables, que les collectivités paient moins de la moitié", résume pour Localtis Jean-Claude Boulard, maire du Mans. Dans un montage inédit totalisant 104 millions d'euros, la part des collectivités s'élève ainsi à 49 millions (47%), répartie entre la ville (31,48 millions), qui devient propriétaire de l'ouvrage, la région des Pays-de-la-Loire et le conseil général de la Sarthe (8,76 millions chacun). La part du privé représente 53% via le constructeur Vinci (50%) et l'assureur MMA au titre du contrat de naming (3%). "La concession est d'abord un partenariat en investissement. Vinci avait la responsabilité du chantier, la ville n'était pas concernée et il n'y a pas eu d'avenant", se réjouit Jean-Claude Boulard.

Pas de débat idéologique autour du naming

Autre nouveauté, Le Mans football club, équipe résidente actuellement en Ligue 2 et bien placée pour la montée en Ligue 1, va assurer l'exploitation du stade en prenant 50% des parts de la société concessionnaire Le Mans Stadium (LMS), filiale de Vinci. Cette concession de service public, d'une durée de 35 ans, est une première pour une collectivité dans le domaine du sport. Seul le Stade de France fonctionne actuellement sur ce modèle. La rémunération de LMS sera basée sur les recettes des événements organisés : les matchs de football mais aussi une vingtaine d'autres rencontres sportives, concerts et conventions chaque année. "Un stade n'est plus un terrain de foot fonctionnant une fois tous les quinze jours", plaide Jean-Claude Boulard. Pour Olivier Monna, directeur de la formation Stadium manager au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges, "en tant qu'exploitant, Le Mans FC aura la possibilité de tirer des bénéfices du stade. Pour être performant, un club doit maîtriser son outil stade. Ses recettes doivent permettre d'asseoir des revenus stables sur la durée alors que les clubs français sont aujourd'hui complètement dépendants des droits télé".
Le budget de fonctionnement comprendra une redevance du club, divisée en une part fixe et une part variable selon la fréquentation, une contribution de 1,35 million d'euros par an de la ville du Mans, et une participation de 1 million d'euros par an pendant dix ans de la part de MMA, en échange de la dénomination du stade : MMArena, ce que l'on appelle le naming, une grande première en France. "Le naming, c'est encore de l'argent qui ne vient pas des contribuables, justifie le maire PS. MMA nous donne également une contribution de 100.000 euros pour la station de tram qui porte le nom du stade. Il n'y a pas eu de débat idéologique sur cet aspect, j'ai poussé à cette décision et le conseil m'a suivi. Mais je ne l'aurais pas donné à n'importe quelle entreprise alors qu'on a la chance d'avoir au Mans une entreprise d'envergure nationale, qui a une bonne image."

Le sport professionnel, un enjeu économique avant tout

La visite du MMArena ne serait pas complète sans évoquer sa démarche environnementale innovante : récupération des eaux de pluie pour l'arrosage de la pelouse, architecture minimisant l'impact sonore pour les riverains et assurant la photosynthèse naturelle de la pelouse, 10.000 plans de végétation sur le site, etc. Ou encore le concept de "stade sans monnaie" où une carte unique servira à entrer au stade, passer les contrôles, accéder au parking mais aussi régler ses achats. Ou, enfin, le cadre original dans lequel il s'inscrit : un pôle d'excellence sportive possédant une concentration d'équipements de haut niveau unique en Europe : circuits des 24 Heures, Bugatti et Alain-Prost, salles de basket d'Antarès, golf, hippodrome, vélodrome. Pour Jean-Claude Boulard, c'est là que se situe la véritable motivation pour la ville. Le maire du Mans considère en effet que l'enjeu du sport professionnel est désormais sa dimension économique : "Au même titre qu'on est présent dans l'industrie ou le tertiaire, il n'est pas anormal qu'on soit partenaires, dès lors que c'est une activité intéressante au plan économique. On fait de ce pôle d'excellence sportive un levier de création de richesses économiques. On va y créer un hôtel et une zone d'activités. On restera donc engagés aux côtés du club, on veut qu'il réussisse. La masse salariale d'un club de foot, c'est celle d'une entreprise de 350 personnes, plus l'activité autour. C'est aussi un sport où les chefs d'entreprise se retrouvent."

Pas de modèle idéal

Le choix du Mans pour la concession de service public dans le financement et l'exploitation est-il pour autant un modèle appelé à se généraliser ? Pas si sûr, pour Jean-Claude Boulard : "La logique est la poursuite d'un désengagement des collectivités du sport professionnel. Après que le secteur public a porté seul les projets de stades, on est dans une phase intermédiaire, de partage. C'est une étape, mais je rêve qu'un jour le sport professionnel s'assume totalement." Olivier Monna nuance : "Il n'y a pas de formule idéale. Tout dépend du territoire, de l'investissement que la collectivité est capable de faire. Le mieux pour le club est de posséder un stade privé, financé sur ses fonds propres. Mais, mis à part l'Olympique lyonnais, aucun club français n'est aujourd'hui capable de financer une telle construction. Quant à la collectivité, elle entend garder la maîtrise d'un équipement qui est un beau vecteur de communication mais aussi d'animation au sens large. La plupart des stades vont de pair avec un projet immobilier qui crée un dynamisme, restructure un quartier sur des dizaines d'hectares. Le stade est une vraie signature pour la ville." Les villes candidates à la réception de l'Euro 2016 auront donc samedi 29 janvier un oeil sur Le Mans… et un autre ailleurs.

Jean Damien Lesay

L'Olympique lyonnais a déposé une demande de permis de construire pour son "grand stade"

Selon le quotidien Le Progrès du 26 janvier 2011, l'Olympique lyonnais a déposé, le 18 janvier, une demande de permis de construire pour son futur stade à la mairie de Décines (Rhône), lieu d'implantation choisi.
Le projet de grand stade à Lyon est le premier à envisager un financement entièrement privé, d'un montant de 450 millions d'euros, pour la construction d'une enceinte de 60.000 places. L'accessibilité du site nécessiterait par ailleurs un investissement public de l'ordre de 168 millions d'euros.
Parmi les originalités du projet : le recours au naming est envisagé pour une recette de 10 millions d'euros par an. En attendant d'être baptisé d'un nom commercial, le futur a été nommé "Stade des lumières", une appellation due à Gérard Collomb, président de l'agglomération du Grand Lyon.
Avant qu'un permis de construire ne soit délivré, neuf enquêtes publiques seront lancées en avril et mai 2011, dont celle devant permettre la révision du plan local d'urbanisme (PLU). Le club espère obtenir le permis le  1er septembre afin d'entamer fin 2011 les travaux d'un chantier prévu pour durer deux ans.

 

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