Cour des comptes - Stations de ski des Alpes du Nord : y aura-t-il encore de la neige à Noël ?

Loin de cantonner au seul bon usage des deniers publics, la Cour des comptes n'est pas insensible aux enjeux du réchauffement climatique. La preuve avec le chapitre de son rapport public 2018 consacré aux "stations de ski des Alpes du Nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d'un nouveau modèle de développement". Il est vrai que le sujet est d'importance, puisque les Alpes du Nord concentrent 131 stations sur les 171 que compte la France. Il s'agit en l'occurrence d'une "activité économique primordiale des territoires de montagne en Auvergne-Rhône-Alpes", mais aussi d'un enjeu national pour le tourisme, la France figurant sur le podium mondial des destinations de ski avec les Etats-Unis et l'Autriche.

Dépasser la vision à court terme

Si la saison 2017-2018 s'annonce très prometteuse (voir notre article ci-dessous du 23 janvier 2018) - et pourrait même permettre à la France de réoccuper la première place du podium mondial -, les perspectives de moyen et long terme semblent plus incertaines.
La Cour des comptes s'était d'ailleurs déjà penchée, en 2011, sur "la gestion des domaines skiables en Rhône-Alpes" (voir notre article ci-dessous du 18 février 2011). Mais les recommandations formulées par ce rapport "ont été peu entendues, notamment celles invitant les stations à privilégier les voies d'un développement durable". La cour, s'appuyant sur les travaux de la chambre régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes, revient donc sur le sujet, mais dans une approche plus prospective et en se fondant sur l'analyse d'un échantillon de 17 stations.
Les conclusions sont pour le moins mitigées. Alors que les collectivités étaient invitées en 2011 à se regrouper sur les enjeux de développement durable face à des opérateurs "puissants et intégrés", "l'enquête a constaté un statu quo, voire l'aggravation de certains déséquilibres". Les impacts du réchauffement climatique affectent tout particulièrement les stations de basse et moyenne montagne, même si toutes les stations sont touchées. De même, le rapport constate que "la persistance de l'asymétrie de la relation entre autorités organisatrices et exploitants freine les adaptations nécessaires".

Gouvernance parcellisée et faiblesse des autorités organisatrices

En pratique, les stations de ski des Alpes du Nord sont confrontées à plusieurs "défis croissants". Un enjeu de gouvernance tout d'abord, celle-ci étant affaiblie de fait par une juxtaposition de gestions communales et un très faible rôle des EPCI dans la gestion des domaines skiables. Sur ce point, le rapport donne quelques exemples éclairants de "stratégies locales concurrentes et contre productives".
Or la cour constate que, sur les 36 communes examinées, 10 ont moins de 500 habitants, 17 moins de 2.000 habitants et 4 plus de 3.500 habitants, dont Chamonix, la plus importante avec 8.997 habitants (même si certaines de ces petites communes ont des budgets équivalents à ceux de villes beaucoup plus grandes).
Second enjeu, qui résulte directement du premier : la faiblesse des autorités organisatrices. Avec pour conséquences une maîtrise effective des contrats de concession souvent déficiente, des concessions excessivement longues, une politique tarifaire mal maîtrisée (l'autorité délégante se contentant souvent de valider les tarifs présentés par l'exploitant), ou encore des recettes à optimiser (taxe de séjour, taxe sur les remontées mécaniques, redevances pour occupation du domaine public...).

Une vulnérabilité croissante aux enjeux climatiques

Le principal enjeu reste toutefois la vulnérabilité au changement climatique. Le rapport rappelle que les températures moyennes dans les Alpes ont augmenté de plus de 2°C entre 1880 et 2012 et que "cette tendance s'accélère et se renforce", avec pour conséquence "d'ici la seconde moitié du siècle, une modification sensible des conditions d'enneigement et l'élévation concomitante de l'altitude permettant la viabilité de l'exploitation des domaines skiables".
Cette évolution, qui contracte la période d'exploitation des domaines skiables (en particulier dans les stations de basse et moyenne montagne), n'est pas sans effet sur les finances des collectivités, notamment lorsque s'enchaînent plusieurs hivers à faible enneigement. Même si elle n'atteint pas encore un niveau préoccupant, la capacité de désendettement consolidée des communes de l'échantillon est ainsi passée de 4,7 ans en 2012 à 7 ans en 2016, alors que celle des strates de référence (toutes communes métropolitaines confondues) est stable.
Face à ces alertes, la cour considère que les stations de ski continuent pourtant de privilégier le court terme, avec par exemple l'enneigement artificiel, "une solution partielle et onéreuse".

Pour un développement "plus équilibré"

Aux yeux de la cour des comptes, "le modèle de développement fondé sur l'augmentation du débit des remontées mécaniques et la croissance continue de l'offre d'hébergement atteint ses limites, alors même que la contrainte financière réduit les capacités d'investissement". La réponse passe donc nécessairement par la recherche d'un développement "plus équilibré". Celui-ci doit s'appuyer sur des démarches collectives, dont le rapport fournit quelques exemples, comme ceux du département de la Drôme (qui ne fait pourtant pas vraiment partie des Alpes du Nord...) ou de la Sem Savoie Stations Participations (SSP).
De même, il importe d'encourager et d'élargir les actions de coopération, voire d'aller jusqu'à des fusions de communes, à l'image de la commune nouvelle de Courchevel, née le 1er janvier 2017 de la fusion de Saint-Bon-Tarentaise (1.186 hab.) et de La Perrière (460 hab.).
Dans le nouvel environnement institutionnel ainsi créé, il faudra promouvoir un développement durable et "plus diversifié". Ceci suppose notamment une meilleure intégration des préoccupations environnementales, aujourd'hui "insuffisamment prises en compte dans l'exploitation des installations existantes comme dans les projets de développement".

Oui à la diversification, mais "prudente"

Mais il faudra aussi "diversifier prudemment" les activités proposées, au-delà des diversifications qui restent liées à la neige (raquettes, luge, ski nordique...). Pour les stations les plus exposées au changement climatique, il faudra sans doute aller plus loin, jusqu'à "envisager une reconversion plus complète de leur offre touristique". L'incitation à la prudence tient à quelques contre-exemples coûteux, comme la palais des sports de Megève ou le complexe aquatique du Lagon à Tignes.
Cette bascule vers un développement durable ne se fera pas sans une amélioration notable de l'hébergement touristique, ce qui pose tout le problème des stations vieillissantes, édifiées dans les années soixante et dont certains ensembles immobiliers se sont fortement dégradés. Outre le concours nécessaire des collectivités concernées - notamment les départements et les régions -, il faudra pour cela faire appel à des outils adaptés, comme la mise en place de sociétés foncières de réhabilitation.

 

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