Transports : Emmanuel Macron veut développer un RER "dans dix métropoles françaises"

Emmanuel Macron a annoncé ce 27 novembre vouloir développer un équivalent du RER francilien dans dix métropoles françaises comme alternative à la voiture, avec notamment la volonté d'accélérer des projets existants. Une annonce plutôt bien accueillie par les associations d'élus et d'usagers. Les régions demandent toutefois "rapidement des engagements à la hauteur des annonces" et France urbaine dit attendre "des actes concrets".

"Pour tenir notre ambition écologique, je veux qu'on se dote d'une grande ambition nationale : dans dix grandes agglomérations, dans dix métropoles françaises, de développer un réseau de RER, un réseau de trains urbains", a exposé le chef de l'État ce 27 novembre dans une séquence postée sur YouTube, dans laquelle il répond à des questions d'internautes sur l'écologie. Le Réseau express régional (RER) regroupe aujourd'hui les trains régionaux circulant en Île-de-France à une cadence élevée. Il s'est régulièrement étendu depuis les années 1960.

"Le RER ce n'est pas que sur Paris", a plaidé le président de la République. "C'est un super objectif pour l'écologie, l'économie, la qualité de vie" dans les villes "où il y a thrombose, trop de circulation", a-t-il ajouté. Selon son entourage, il s'agit de faire en sorte que dans ces grandes métropoles "congestionnées, les personnes qui ont des trajets pendulaires puissent les faire sans voiture, en décarbonant leurs trajets grâce à ces RER métropolitains".

Emmanuel Macron s'est borné à fixer l'objectif, sans donner de calendrier ni chiffrer les investissements nécessaires. C'est la Première ministre, Élisabeth Borne, chargée de la planification écologique, qui devra détailler puis superviser ces grands travaux, a précisé l'Élysée.

Voie ouverte par la loi d'orientation des mobilités

La présidence a rappelé que la loi orientation des mobilités (LOM) de 2019 a ouvert à la voie, avec une quinzaine de projets à l'étude ou au stade de la réflexion. Il s'agit donc de "mettre un coup d'accélérateur" pour donner la priorité à dix d'entre eux, a ajouté un conseiller élyséen. Sur RMC ce lundi matin, le ministre chargé des transports, Clément Beaune, a fait état de "projets relativement mûrs" à Strasbourg, Lille, Bordeaux ou Toulouse. Le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) "travaille en ce moment à identifier les projets qui pourront être lancés en premier. Il devrait rendre ses conclusions d'ici un mois", a annoncé Matignon. Pour ce qui concerne les financements, le gouvernement renvoie là encore aux travaux du COI. Il fixe au début de l'année prochaine la définition d'un calendrier. "Les transports, c'est investir dans l'avenir. Ça met énormément de temps. Ces fameux RER métropolitains, c'est un horizon d'une décennie", a insisté Clément Beaune.

Lorsqu'elle était ministre déléguée aux transports, au moment de l'adoption de la LOM, Élisabeth Borne avait chargé SNCF Réseau de plancher sur la question des "services express métropolitains" (SEM). Objectif : offrir des trains fréquents, au moins toutes les demi-heures voire tous les quarts d'heures aux heures de pointe, toute la journée et avec des gares aménagées au plus près des besoins des habitants. Un service qui nécessite non seulement des investissements d'infrastructures - signalisation, aiguillages modernes - mais aussi de matériel - des trains capables d'accélérations et de freinages réguliers pour multiplier les arrêts sans perdre trop de temps.

Investissements importants à prévoir

Les projets de RER métropolitains représentent "un immense effort", notamment financier, avait noté SNCF Réseau en 2020 en remettant son rapport au gouvernement (voir notre article du 9 octobre 2020), pointant du doigt les capacités du réseau actuel, incapable d'accueillir sans gros travaux un tel service dans les métropoles. En juillet dernier, le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, avait évalué à 100 milliards d'euros sur 15 ans les investissements nécessaires pour doubler la part du ferroviaire en France. Il y incluait la création de 13 RER métropolitains dans 13 grandes villes, pour un total de 13 milliards d'euros.

Certaines métropoles sont aujourd'hui plus avancées que d'autres comme Strasbourg, qui doit présenter son projet de Réseau express métropolitain européen (Reme) le 11 décembre avec 800 trains supplémentaires chaque semaine en gare de Strasbourg et même 1.000 trains en septembre 2023. À Bordeaux, le projet concerne 300 km de lignes pour 54 gares, 1,2 million d'habitants et vise 38.000 voyageurs par jour. Il s'agit de développer trois lignes traversant la métropole girondine et reliant, pour l'une d'entre elle, Libourne à Arcachon. L'objectif est d'augmenter la cadence des TER jusqu'en 2028, avec une fréquence cible fixée à la demi-heure. "C'est un investissement lourd qui nécessite un accompagnement de l'État et nous attendons que le coup d'accélérateur soit significatif", a déclaré à l'AFP le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic. "L'enveloppe globale pèse près d'un milliard d'euros avec des surcoûts déjà identifiés", a évalué le président de Bordeaux Métropole, Alain Anziani. À Rennes, on se dit "en capacité à partir de 2023 de venir offrir des offres ferroviaires cadencées". "J'ose espérer (...) qu'on est bien dans les dix métropoles", a réagi le vice-président de Rennes Métropole, Matthieu Theurier. L'annonce d'Emmanuel Macron a également été "très bien accueillie" à Marseille, où "les autoroutes d'entrée de la ville sont saturées tous les jours" et où le réseau ferré "est sous-exploité", d'après Audrey Gatian, adjointe au maire.
Dans un communiqué, France urbaine a salué l'annonce d'Emmanuel Macron. Rappelant qu'elle avait déjà formulé "de nombreuses propositions en la matière, elle se dit "prête à engager un travail commun avec l'État et les régions dans les plus brefs délais". Elle affirme qu'elle sera "attentive à ce que cette annonce soit suivie d'actes ambitieux et concrets et à ce que les métropoles concernées soit pleinement parties prenantes".

Interrogations des régions

"La création de ces RER métropolitains est une très bonne nouvelle", a salué de son côté le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier. "Pour la première fois, l'État s'engage sur les RER métropolitains, qui sont une nécessité pour développer les transports collectifs dans les villes et leurs grandes périphéries, gage de résorption des embouteillages et d'action contre le réchauffement climatique", a déclaré Carole Delga, présidente de Régions de France et présidente de la région Occitanie, citée dans un communiqué. Mais "il reste des interrogations sur le financement (...). Il faut vraiment que le réseau ferré, colonne vertébrale de nos mobilités, soit modernisé", a souligné le président de la région Grand Est et président de la commission transports à Régions de France, Jean Rottner. Les régions disent attendre que cette annonce se traduise "dès la préparation du volet infrastructures du contrat de plan État-régions, par des mandats de négociation, donnés aux préfets, et traduisant l'effort que l'État consentira sur ses propres infrastructures." Elles disent qu'elles "appuieront" de leur côté "le plan de développement de l'offre ferroviaire, autour des métropoles, en investissant dans la qualité du matériel roulant, dans l'augmentation de la qualité d'emport et dans la décarbonation du parc roulant, conformément à leurs compétences." Dans ce contexte, les régions demandent à la Première ministre et au ministre des Transports "un rendez-vous très prochainement afin de connaître le projet d'investissement de l'État et la capacité des différents acteurs à y participer."

Une réponse aux attentes de la Fnaut

"Enfin, une politique semble se dessiner", a réagi de son côté la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) qui rappelle dans un communiqué que c'est sur la base de ses propres travaux (voir notre article du 12 mars 2018) que SNCF Réseau avait été chargé de dresser un état des lieux des projets de RER métropolitains ou SEM. Elle estime que "la rénovation et l'intégration des deux réseaux urbain et ferroviaire est la réponse adéquate et nécessaire [aux] besoins de mobilité des habitants des territoires périphériques" et propose un cinquième appel à projets de transports collectifs en site propre sur cette thématique.

 

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