Economie - Travaux publics : l'horizon risque encore de s'assombrir en 2014, selon la FNTP

La baisse des investissements des collectivités, premières clientes des entreprises de travaux publics, pèse fortement sur l'activité du secteur. Selon les chiffres 2013 présentés ce 12 novembre par la Fédération nationale des travaux publics, l'activité devrait reculer de 3% cette année et 8.000 emplois vont être perdus. Mais les perspectives pour 2014 sont encore plus alarmistes.

Les travaux publics n'en finissent pas de s'enfoncer dans la crise. Selon leur fédération nationale, la FNTP, l'année 2013 va se solder par un nouveau décrochage de 3% du chiffre d'affaires du secteur, à 39,5 milliards d'euros et par la perte de 8.000 emplois permanents. "Les entreprises sont aujourd'hui 20% en dessous de leur niveau d'activité de 2007", a commenté Bruno Cavagné, président de la FNTP, en présentant ce 12 novembre les chiffres 2013 et les perspectives pour 2014. La diminution des lots de travaux publics des collectivités locales, qui pèsent pour 44% dans le chiffre d'affaires du secteur, a des "conséquences graves", juge Bruno Cavagné. Alors que traditionnellement, l'année préélectorale est favorable aux investissements, les collectivités locales ont réduit leur demande de près de 4%, "du jamais vu depuis plus de 30 ans", souligne la FNTP. Avec moins de commandes et des prix de plus en tirés vers le bas, la situation financière des entreprises, majoritairement des PME, ne cesse de se dégrader. 20% d'entre elles affichaient une perte à fin 2012 contre 8% en 2007. Depuis le début de 2013, les défaillances d'entreprises ont augmenté de 10,5%.

Baisse de la demande

Et le pire est à venir en 2014, redoute le président de la FNTP pour qui ces perspectives "catastrophiques" résultent des choix de politique économique actuelle. La fédération anticipe une baisse de 4% du chiffre d'affaires des entreprises. La demande des collectivités, premier client du secteur (le bloc communal contribue pour 34% à son chiffre d'affaires et les départements pour 8%), devrait reculer de 8%. Tout concourt à cette chute, estime la FNTP : les élections municipales (un premier semestre gelé), la baisse des dotations de l'Etat et la poursuite de la hausse des dépenses de personnel et des dépenses sociales. Côté secteur privé, deuxième groupe de clients des travaux publics par ordre d'importance, la baisse de la demande devrait être de 4% pour tout ce qui est travaux d'accompagnement de la construction de bureaux, de commerces, de logements ou d'équipements industriels.
Les grands opérateurs (RTE, ERDF, SNCF, RFF, réseaux de transports en commun) "sont les seuls susceptibles de tirer l'activité en 2014 avec une hausse de leur demande de 3%", estime la FNTP. Le pic d'activité lié à la construction des quatre lignes ferroviaires à grande vitesse (LGV) en cours sera atteint en 2014. Le volume de travaux pourrait atteindre l'an prochain 2,6 milliards d'euros, soit 6% de l'activité des travaux publics en France. Avec 20.000 salariés mobilisés dont 15.000 emplois directs, ces chantiers représentent 6% des effectifs du secteur. Au total, sur la période 2010-2015, les quatre LGV représentent 9 milliards d'euros de travaux. Mais les besoins en main-d'oeuvre seront divisés par trois en 2016, avec l'achèvement des travaux, souligne la FNTP qui tire le signal d'alarme après la série d'annonces de lancement de projets (canal Seine Nord, LGV Lyon-Turin, Bordeaux-Dax…). "Nous ne savons pas comment ils seront financés, déplore Bruno Cavagné. Nous avons besoin de cohérence et de programmation dans notre politique d'infrastructures."

12.000 emplois menacés de disparition en 2014

Le président de la FNTP redoute les conséquences des choix récents de l'Etat sur l'activité des entreprises du secteur, à commencer par la baisse des ressources de l'Agence de financement des infrastructures de transport (Afitf). "L'Etat a décidé que sa subvention à l'Afitf passera de près de 660 millions d'euros en 2013 à 330 millions d'euros en 2014 (…). Si l'on ajoute les effets de la décision concernant l'écotaxe qui devait être affectée à hauteur de 500 millions d'euros à l'Afitf en 2014 (750 millions d'euros à partir de 2015, en année pleine), ce sont plus de 800 millions d'euros qui n'iront pas à la construction et à l'entretien de lignes ferroviaires, routes, transports en commun, maritimes ou fluviaux en 2014." La ponction de 210 millions d'euros sur les ressources des agences de l'eau prévue dans le projet de loi de finances pour 2014 risque aussi d'être préjudiciable aux investissements en matière d'entretien et d'amélioration des réseaux d'eaux potable et usées, pointe également Bruno Cavagné. Quant à la réduction des dotations de l'Etat aux communes et intercommunalités (840 millions d'euros en 2014), elle peut, si elle touche l'épargne brute des collectivités, diminuer d'autant leur capacité d'investissement. "Or 41% de celui-ci était dédié aux travaux publics en 2012. L'impact sera donc de 350 millions d'euros pour le secteur des travaux publics", estime le président de la FNTP.
Le cumul de ces décisions pourrait entraîner une perte d'activité de 1,4 milliard d'euros pour les travaux publics, soit 3,5 points de chiffre d'affaires. Les prévisions sont tout aussi pessimistes concernant l'emploi. La FNTP s'attend à la disparition de 12.000 emplois en 2014, "soit l'équivalent de quatre fermetures d'usines automobiles comme PSA Aulnay".
 

 

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