ESS / Agriculture - Une alimentation durable à la portée de tous ? Le RTES met en avant trois initiatives

De quels leviers les collectivités locales disposent-elles pour favoriser une alimentation durable accessible au plus grand nombre ? Le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES) a récemment mis en avant, lors d’une conférence en ligne, trois initiatives contribuant à améliorer l’accessibilité d’une alimentation de qualité. Les acteurs qui portent ces démarches abordent toutefois chacun le sujet d’une manière différente : le premier propose une offre – du pain biologique -, le deuxième s’adresse à un public – les habitants des quartiers prioritaires – et le troisième part d’un lieu en cours de transformation – le quartier Fives Cail à Lille.

Boulangeries "Pain et partage" : une péréquation tarifaire pour que de petites associations puissent choisir le bio  

Soutenu par plusieurs collectivités dont la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bou’sol est un réseau de quatre "boulangeries solidaires" - leur label est "Pain et partage" - implantées à Marseille, Montpellier, Calais et Lyon. Portées principalement par des sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) et conventionnées atelier-chantier d'insertion, ces boulangeries accueillent des salariés en parcours d’insertion et veillent à leur professionnalisation. Depuis 2013, le réseau a fait le choix de ne produire que du pain biologique, sans additif ni améliorant, avec l’objectif de le rendre accessible à un large panel de clients de la restauration collective – écoles, entreprises, établissements médico-sociaux et associations caritatives. L’ensemble des écoles de Montpellier sont ainsi approvisionnées ; cela représente un volume quotidien de l’ordre de 1.500 pains de 400 grammes.
Sur les marchés publics, "on est en capacité d'être choisi" dès lors que les critères de qualité pèsent davantage que le critère prix, précise Benjamin Borel, co-gérant du Réseau Bou’sol. La commande publique permet de "légitimer des modèles économiques tels que les nôtres", ajoute-t-il. Ce modèle, c’est celui d’une "productivité matérielle très faible" du fait d’un "processus de planification long", gage de "qualité", de "goût" et de "sens".
Pour que le prix ne soit pas un frein pour certaines associations, Bou’sol a par ailleurs mis en place un fonds de dotation – que l’association mère et les boulangeries alimentent selon leurs possibilités – pour pouvoir combler si besoin la différence de prix entre le pain bio proposé et le pain conventionnel. Le fonds vise également à financer des ateliers pédagogiques dans des écoles ou encore à accompagner le développement des surfaces agricoles en bio à travers des partenariats encore à construire.
En effet, le réseau a l’ambition de "positionner les boulangeries solidaires comme de réels projets de territoire". Pour Benjamin Borel, il importe en particulier de travailler en circuits courts et d'assurer "une répartition équitable de la valeur ajoutée" entre les différents maillons de la chaîne.

Vrac Strasbourg : un groupement d'achat pour démocratiser les produits locaux, bio et de qualité

Dans la deuxième initiative présentée, c’est la demande des habitants qui est interrogée et, par la même occasion, stimulée. S’inspirant d’une démarche similaire à Lyon, un groupement d’achat de produits d'alimentation de base a été créé à Strasbourg, au bénéfice des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Objectif : favoriser l’"accès à des produits locaux, bio, de qualité, à un prix abordable", selon Emma Krebs, directrice de l’association Vrac Strasbourg Eurométropole.
Soutenu notamment par des bailleurs sociaux et la ville de Strasbourg, le groupement a actuellement 300 adhérents et travaille avec 18 fournisseurs, dont dix producteurs locaux. Cinq antennes implantées dans quatre quartiers différents permettent aux habitants de venir chaque mois passer commande puis récupérer leurs produits. "On travaille au plus proche, avec les centres socio-culturels et les associations, afin de simplifier l'accès à ces produits bio, locaux", précise Emma Krebs, qui rappelle que ces quartiers ne disposent que de très peu de commerces.
Les habitants sont en outre invités à des activités communes, telles que des visites de producteurs ; au-delà de l’aspect strictement lié à la consommation, le réseau se présente comme un support de convivialité, d’ouverture et de liens entre les différents quartiers. Au fur et à mesure que le groupement prend de l’ampleur, il devient par ailleurs plus intéressant pour les producteurs d’accepter des commandes et de s’implanter ainsi plus largement en ville. Si le modèle économique de l’association n’est pas encore stabilisé, la directrice note que les habitants s’impliquent de plus en plus dans la logistique nécessaire, chaque mois, à la réception des commandes et à leur redistribution entre les différentes antennes.

Fives Cail à Lille : une cuisine commune, "outil de rencontre et de partage" pour créer des "opportunités"

Sur les 25 hectares de friches de l’ancien site industriel de Fives Cail à Lille, un éco-quartier verra bientôt le jour. Il comportera notamment quelque 1.200 logements et un lycée international d’hôtellerie et de restauration. Souhaitant éviter une coupure entre le futur quartier et son environnement, la ville de Lille s’est interrogée sur l’impact d’un tel projet sur la pauvreté des habitants actuels. Dans le cadre d’un appel à projets européen sur l’innovation urbaine, des ateliers de concertation ont été conduits par l’aménageur ; l’alimentation a rapidement été identifiée comme un sujet important pour les habitants et susceptible de créer de la vie dans le quartier.
Lauréat du concours européen et doté à ce titre de 5 millions d’euros – soit 80% du budget global -, le projet "Tast’in Fives" consiste à créer une "cuisine commune" conçue comme "un outil de rencontre et de partage ouvert aux habitants et associations du quartier", selon Yann Thoreau La Salle, directeur de projets à la ville de Lille. Sont notamment prévus une ferme expérimentale, une "halle gourmande" avec la présence de restaurateurs, des ateliers d’éveil au goût ou encore de prévention du gaspillage. Yann Thoreau La Salle espère mettre ainsi "les habitants au contact des opportunités" et "donner à un maximum d'acteurs une place". Si la structuration de filières n’est pas encore tellement à l’ordre du jour, des partenariats avec les agriculteurs urbains locaux sont évoqués. L’alimentation est surtout ici l'objet destiné à fédérer différentes parties prenantes autour d’un projet urbain d’envergure et à animer le futur éco-quartier. 

"La définition de la compétitivité aujourd'hui ne se limite plus uniquement à la question des prix et des coûts. (…) Un agro-alimentaire compétitif doit intégrer plusieurs dimensions : la qualité gustative et sanitaire, l'adéquation aux besoins des consommateurs, la question des emplois générés et la question de l'impact environnemental", avait introduit Delphine Lalu, directrice de la RSE et des Fondations à l’AG2R et membre du Conseil économique, social et environnemental. Elle résumait ainsi l’avis du Cese rendu en janvier 2018 sur ce sujet. Autres travaux cités : ceux de la fondation Carasso, qui publiait en septembre 2017 un recueil d’"initiatives qui marchent pour une agriculture et une alimentation plus durables".

 

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