Hébergement - Une étude du Samu social confirme que l'hébergement en hôtel n'est pas la solution

L'étude Enfams (enfants et familles sans logement en Ile-de-France), menée par l'Observatoire du Samu social de Paris, confirme, chiffres à l'appui, que l'hébergement en hôtel des familles sans logement, pratiqué faute de mieux, n'est en aucun cas la bonne solution sur le moyen terme.

Tous les travailleurs sociaux le savent depuis longtemps, mais l'étude Enfams (enfants et familles sans logement en Ile-de-France), menée par l'Observatoire du Samu social de Paris, apporte toutes les confirmations chiffrées nécessaires : l'hébergement en hôtel des familles sans logement, pratiqué faute de mieux (et notamment de solution de logement), n'est en aucun cas la bonne solution sur le moyen terme. Le problème est que le recours à cette solution ne cesse de se développer. Selon l'étude, environ 2.500 personnes en famille étaient logées en hôtel par les services sociaux à la fin de 2004, dont les quatre cinquièmes sur Paris. A la fin de 2014, ce chiffre était de 28.500 personnes, réparties en trois tiers sur Paris, la petite couronne et la deuxième couronne.

80% des familles sous le seuil de pauvreté

L'étude Enfams - qui a porté sur un échantillon conséquent de 800 familles hébergées en hôtel et comptant au moins un enfant de moins de treize ans - souligne tous les effets de cette situation, sans qu'il soit toutefois possible de faire la part entre les difficultés préexistantes et celles engendrées ou aggravées par le séjour à l'hôtel.
Ainsi, 80% de ces familles vivent sous le seuil de pauvreté, avec un revenu médian de 227 euros par unité de consommation. En moyenne, elles sont présentes dans le dispositif d'hébergement depuis 2,3 années. En termes de conditions de vie dans les hôtels, 21% d'entre elles n'ont pas de lieu pour cuisiner, 29% n'ont pas de toilettes ou de douches dans la chambre et 41% des enfants doivent partager le même lit qu'un de leurs parents. L'étude montre aussi que huit familles sur dix et deux enfants sur trois se trouvent en insécurité alimentaire, le statut administratif (sans papiers) constituant un facteur aggravant.
L'état de santé des intéressés est également très dégradé : une mère sur deux et un enfant sur trois sont ainsi en situation d'anémie, tandis que 29% des mères présentent un état dépressif, soit une prévalence quatre fois supérieure à celle observée en population générale. Les problèmes de santé sont encore aggravés dans le cas des femmes enceintes et des nouveau-nés. A la sortie de la maternité, par exemple, plus de la moitié des femmes n'a bénéficié d'aucun suivi et seules 13% d'entre elles ont trouvé une place dans un centre d'hébergement. La majorité (71%) sont hébergées dans une chambre d'hôtel payée par une association.

Une solution instable, qui pèse sur la socialisation des enfants

Malgré cet état de santé dégradé, les familles hébergées en hôtel connaissent de sérieuses difficultés d'accès aux soins : 30% déclarent avoir renoncé à une consultation de médecine générale et 45% à une consultation spécialisée, tandis qu'un enfant sur quatre souffre d'une absence de recours aux soins chez un généraliste ou un pédiatre.
Enfin, l'hébergement en hôtel n'est pas seulement une solution inadaptée. C'est aussi une solution instable, qui pèse sur la socialisation des enfants. En moyenne, les familles de l'échantillon ont en effet déjà déménagé 4,3 fois. Conséquence : la non scolarisation des enfants de 6 à 12 ans est au moins dix fois plus importante qu'en population générale. Elle est en outre aggravée par la survenue de déménagement(s) dans l'année écoulée.

 

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