Une résidence d’architecte pour un projet d’urbanisme participatif (67)

Invités à réfléchir collectivement à l’avenir du centre-bourg dans le cadre d’une résidence d’architecte, les habitants de Sarre-Union ont proposé de créer un tiers-lieu, ainsi que des logements dédiés aux apprentis en alternance dans les entreprises industrielles du bassin.

Sarre-Union est un bourg de 2.900 habitants au centre d’un bassin de vie de 25.000 habitants réunis dans la communauté de communes de l’Alsace Bossue. Ses atouts sont nombreux : un patrimoine architectural remarquable, de nombreuses entreprises industrielles, des écoles, un collège, un lycée général et professionnel, un centre socioculturel, un cinéma… "Mais le territoire alentour abrite aussi trois grandes surfaces qui sortent les consommateurs du centre, la gare SNCF a été fermée et les commerces sont partis de la Grand-Rue pour s’implanter sur une voie secondaire par où transite le trafic automobile de et vers Metz, Nancy ou Strasbourg", déplore la directrice générale des services de la ville, Claire Hochstrasser. Le centre historique de la commune se trouve ainsi déserté et peu attractif, avec une population un peu plus pauvre et plus âgée que la moyenne départementale. 
Les élus de Sarre-Union, comme tant d’autres, se sont demandé comment enrayer cette dévitalisation qui menace, comment réhabiliter un patrimoine bâti de valeur mais ancien, avec des services publics ou privés qui se raréfient. Ils ont lancé une "étude pour un centre habité" avec la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et avec la direction régionale des affaires culturelles (Drac). Cette étude, mi-2020, est toujours en cours.  

Une idée du parc naturel régional des Vosges du Nord 

La proposition d’organiser une résidence d’architecte est venue du parc naturel régional des Vosges du Nord auquel Sarre-Union adhère, dans le cadre plus général d’un programme de redynamisation des centres-bourgs. Le parc a recruté une architecte sur concours, Ana Vida, et a financé l’action. De son côté, la commune s’est chargée de l’héberger et de la nourrir au cours des trois séjours d’une semaine qu’elle a passés dans la commune entre mai et décembre 2019. 
Au cours de la soirée de lancement, elle a expliqué aux élus et à la trentaine d’habitants présents le programme de travail qu’elle proposait : un concours photo, une conférence pour les propriétaires de logements construits avant 1948, une autre pour présenter des exemples de réalisations alliant ancien et contemporain. Elle a proposé ensuite une balade sensible au cours de laquelle les participants à l’atelier ont dit ce qu’ils aimaient ou pas dans les lieux visités. Après un temps de collecte et de diagnostic, l’architecte a animé un atelier participatif le 13 juillet, comme un remue-méninge collectif. En septembre, tous ont rédigé des propositions qui ont été retravaillées ensuite avec les élus. Enfin, en décembre, une soirée de restitution a permis à la trentaine d’habitants impliqués (autant qu’au début, mais pas tous les mêmes) de présenter les résultats de l’étude à la population et aux représentants des institutions départementales, régionales, ainsi qu’à l’architecte des Bâtiments de France (Drac). 

Propositions des habitants pour trois immeubles vacants

Ce parcours d’"éducation populaire" a permis aux habitants de se rendre compte que ces beaux mais vieux immeubles du centre-ville pouvaient aussi redevenir utiles à l’activité économique et sociale de la commune. Concrètement, ils ont trouvé une nouvelle vocation à trois bâtiments partiellement inoccupés. Dans le premier qui possède des appartements en étage mais dont le local commercial du rez-de-chaussée est vide, les participants ont conçu un projet de commerce de producteurs locaux qui manque à Sarre-Union. Dans le deuxième, une maison-bloc composée de deux travées dont l’une est habitée, les habitants et l’architecte ont proposé d’aménager dans l’autre aile un tiers-lieu, afin que les télétravailleurs, nombreux à Sarre-Union, puissent sortir de l’isolement du travail à domicile. Enfin, les participants à l’atelier ont rencontré le Cercle des entrepreneurs de Sarre-Union qui ont exprimé leurs difficultés pour former et recruter des salariés pour les entreprises industrielles du bassin. Alors qu’ils prévoient la formation et l’embauche de 125 jeunes dans les 5 ans à venir, ils ont souligné le manque de structures d’accueil adaptées ; le lycée peut accueillir des apprentis en alternance, mais rien n’est disponible pour les loger le temps de leur formation. C’est ce à quoi va servir le troisième immeuble inoccupé : il sera aisé d’y aménager rapidement de petits logements. 

Etude urbaine participative et peu coûteuse

L’étude urbaine réalisée par l’architecte avec les habitants est d’autant plus pertinente que ceux qui l’ont menée connaissent le tissu urbain et les besoins du territoire mieux que quiconque. Et cette résidence a coûté beaucoup moins cher qu’une étude fouillée d’un cabinet spécialisé, qui aurait dû enquêter longtemps avant d’aboutir au même résultat. 

En revanche, la résidence fut chronophage pour les élus, en particulier pour le maire, Marc Sévé, et pour la DGS, qui devaient se montrer très disponibles pendant les séjours de l’architecte. "Néanmoins, explique le maire, lors de la résidence, la population a pu se rendre compte du potentiel des bâtiments du centre-ville. Le regard d’un architecte leur a permis de réaliser qu’il est tout à fait possible de rendre des immeubles d’intérêt patrimonial agréables à vivre et de leur donner un style contemporain. Cette prise de conscience est fondamentale, car le développement des communes ne passera plus par la construction de nouveaux lotissements, mais par la réappropriation des centres anciens. Il faut limiter les extensions urbaines et l’imperméabilisation des sols. Et puis, ajoute-t-il, nous sommes très satisfaits de la fréquentation de cette résidence d’architecture, car de nombreuses personnes se sont intéressées à la démarche. Nous espérons ainsi qu’elle fera école et que d’autres projets, menés ceux-là par des propriétaires privés, pourront bientôt voir le jour."

Haut de page