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"Vacances apprenantes" : les organisateurs de colos attendent des réponses rapides

Un été différent se profile, dans le contexte de la crise épidémique. Un été qui devra être "apprenant et culturel", pour le chef de l'Etat qui a appelé à "aider davantage de familles que d'habitude" et à "réinventer les colonies de vacances". Alors que le gouvernement cherche à impliquer d'autres acteurs touristiques et culturels dans l'organisation de ces "vacances apprenantes", les organisateurs traditionnels de colos et camps de jeunes s'inquiètent et demandent au gouvernement des réponses claires et rapides leur permettant de préparer l'été et de tenter de se projeter vers l'avenir.   

Alors que le déconfinement va démarrer et que les écoles s'apprêtent à rouvrir progressivement, le chef de l'Etat a évoqué ces derniers jours la question des vacances qui se pose pour les familles, comme pour l'ensemble des opérateurs touristiques et organisateurs de séjours et colonies de vacances, y compris nombre de collectivités locales. Seule certitude à ce stade : il s'agira de "limiter les déplacements internationaux". "On restera entre Européens, peut-être qu'en fonction de l'évolution de l'épidémie il faudra réduire un peu plus, c'est trop tôt pour le dire : on le saura début juin", a indiqué Emmanuel Macron depuis l'école de Poissy (Yvelines) où il s'exprimait le 5 mai 2020. Mais d'ores et déjà, le président de la République a relevé que la situation serait inédite pour les Français, en particulier pour l'ensemble des familles qui partent chaque année "plusieurs mois dans leur famille d'origine, assez loin", dans les pays du Maghreb ou ailleurs.

Colonies de vacances : un label pour "des financements et une dynamique nouvelle"

Si trois millions d'enfants ne partent déjà pas en vacances chaque année, des millions d'enfants supplémentaires pourraient donc se trouver cette année sans possibilité de changer d'air. Il s'agira d'"aider davantage [ces familles] que d'habitude, d'organiser des temps de repos, des temps de loisirs, parfois à proximité, des temps d'occupation, des temps de culture", a poursuivi le chef de l'Etat, appelant à "l'invention, la créativité" pour préparer cet "été un peu particulier à cause du virus". Un discours qu'il a poursuivi le lendemain devant les acteurs de la culture, souhaitant que les artistes aient la possibilité de contribuer à "inventer différemment cet été". Un été qu'il souhaite "apprenant et culturel", avec notamment un appel à "réinventer les colonies de vacances".

Auditionné le 21 avril par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, avait posé "quelques grands principes", parmi lesquels l'objectif de "permettre à plus d'enfants de partir en colonie de vacances", le fait "que ces vacances puissent se passer dans un cadre régional" et en "petits groupes". Ces "vacances apprenantes" se déclineront en plusieurs dispositifs, dont le dispositif "écoles ouvertes" auquel "une ampleur beaucoup plus grande" serait donnée par rapport aux années précédentes. Quant aux colonies de vacances, "un label [permettrait] aux acteurs habituels des colonies de vacances d'avoir à la fois des financements et une dynamique nouvelle", a assuré le ministre en charge de la jeunesse et de la vie associative. Ce label pourrait conduire aussi à "élargir le champ des acteurs" des "colos" à des opérateurs touristiques plus traditionnels pour compenser la perte d'activité qu'ils auront à subir par ailleurs.

Des associations menacées de disparition, sur fond de "crise de plus de 20 ans"  

Ces annonces encore floues ne sont pour l'instant pas de nature à rassurer les organisateurs de séjours, devant faire face à plusieurs inconnues. Parmi elles : la question des transports et le maintien ou non à l'été du rayon de déplacement de 100 kilomètres, qui limiterait nombre de possibilités même dans un cadre régional. Ou encore le degré d'exigence d'un probable protocole sanitaire, son impact sur la taille des groupes accueillis, le type d'espaces requis et le programme qui pourra être proposé aux enfants et jeunes.

Et, tout en cherchant pour certaines à préparer des activités ou des colos différentes de ce qu'elles organisent d'habitude, les associations du secteur s'inquiètent pour leur avenir. "Le silence actuel du gouvernement sur la question des colos est particulièrement difficile pour les associations : la saisonnalité de l’activité, la crise de plus de 20 ans que vit le secteur, l’impossibilité actuelle d’obtenir des prêts ou des aides pour les trésoreries et surtout l’impossibilité de se projeter pour les mois qui viennent renforcent les risques de disparition des structures", écrit ce 6 mai le collectif Camps colos au Premier ministre, après un courrier début avril aux ministres concernés resté sans réponse. Ce collectif insiste sur la nécessité d'une décision au 15 mai pour permettre aux associations de s'organiser, rappelant au passage que "la distanciation physique et le port du masque sont, notamment, des précautions impossibles à tenir en colo". Il demande par ailleurs la création d'un "fonds spécifique de soutien aux colonies de vacances".

Quid de la "colo éducative" ?


Autre sujet d'inquiétude pour ces acteurs de l'éducation populaire, exprimé le 24 avril dans une tribune publiée sur le site du journal Libération : la volonté du gouvernement de "réinventer" les colos, au risque de "[tourner] le dos aux idées fondatrices des colos" et de ne pas s'appuyer sur les structures existantes. Dans un courrier du 22 avril au ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, le sénateur Michel Savin (LR, Isère) s'interroge lui aussi sur la notion de "colos éducatives" évoquée par le gouvernement, rappelant que les séjours ont déjà "une visée éducative certaine et obligatoire".

Il fait plus globalement part de ses inquiétudes sur la pérennité des structures dans le contexte du confinement, notamment au sujet des subventions, "au regard des difficultés que traversent les collectivités locales". Observant que "les inscriptions ont connu un véritable coup d’arrêt" depuis le début du confinement, le sénateur appelle le gouvernement à attribuer "a minima" une aide au départ en vacances des mineurs pour les familles des classes moyennes et populaires.

Des vacances "motivantes" et "sociales", enjeu de raccrochage scolaire

Dans une note publiée le 29 avril, le think tank Terra Nova estime que "l'urgence n’est pas seulement la remise à niveau" des élèves sur les savoirs fondamentaux, mais bien leur "resocialisation", leur "remotivation". Les auteurs suggèrent de multiplier l'organisation de "stages consistant en un ensemble de pratiques ludiques, culturelles, scientifiques, techniques, sportives et artistiques ou dans les sphères de l’engagement citoyen et solidaire", cela en s'appuyant en premier lieu sur les associations déjà compétentes en la matière, en lien avec les collectivités locales, les établissements scolaires et d'enseignement supérieur. L'enjeu pour ce think tank : "si seulement 5% des 12 millions d’élèves que compte la France ont été 'perdus' pendant ce confinement, il s’agirait de 600.000 élèves à 'retrouver'".

 

 

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