Culture / Tourisme - Vingt ans après son inscription au patrimoine mondial, le site du canal du Midi enfin protégé

Plus de vingt ans après son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco en 1996 - et plus de quatre siècles après son inauguration - le canal du Midi et son environnement vont enfin bénéficier d'une protection digne de ce nom. Un décret du 25 septembre 2017 porte en effet "classement, parmi les sites des départements de l'Aude, de la Haute-Garonne et de l'Hérault, des paysages du canal du Midi".
Le classement couvre pas moins de 74 communes, dont les villes d'Agde, Béziers, Carcassonne, Castelnaudary, Narbonne et Port-la-Nouvelle (voir la liste complète dans le titre du décret, ci-dessous).

Menaces de l'Unesco et chancre coloré

Avec vingt ans de retard, ce classement concrétise une promesse faite par la France à l'Unesco. Dans un communiqué du 28 septembre la préfecture de la région Occitanie rappelle en effet que "ce classement concrétise l'engagement pris par la France auprès de l'Unesco de préserver l'écrin paysager du canal du Midi lors de l'inscription du canal du Midi au patrimoine mondial en 1996".
Cet engagement n'avait cependant jamais été respecté, au point de susciter l'ire de l'Unesco qui - sans aller cependant jusqu'à une inscription sur la liste du patrimoine mondial en péril - menaçait la France de déclasser le site. En 2007, pour répondre aux injonctions de l'Unesco, la France avait engagé, avec les différents acteurs locaux, l'élaboration d'une politique d'ensemble de préservation et de valorisation du canal du Midi, avec pour objectif d'apporter une réponse conjointe à l'horizon 2019.
Le dossier s'est accéléré en 2012 (voir nos articles ci-dessous) à l'occasion de la finalisation du schéma de développement du canal des Deux-Mers. Il a toutefois fallu encore cinq ans pour parvenir à la publication du décret de classement.
Même si le communiqué de la préfecture de région n'y fait pas allusion, la procédure de classement au titre des sites s'est heurtée à la résistance de certains élus, pour des raisons tenant d'ailleurs moins au fond qu'à la forme. Ces élus dénonçaient en effet un manque de concertation, un traitement inégal entre les villes et les communes rurales et... la longueur de la procédure.
Mais c'est finalement un parasite - le chancre coloré - qui a permis de lever les derniers obstacles (voir notre article ci-dessous du 22 juin 2012). S'attaquant aux platanes - indissociables du paysage du canal de Midi -, il menaçait de priver le canal de son plus bel ornement, au risque de remettre en cause son inscription. La menace a contraint l'Etat et l'ensemble des élus à faire front commun contre une menace, qui n'a au demeurant pas complètement disparu.

Des mesures d'accompagnement

En outre, pour mieux faire accepter le classement au titre des sites, la préfecture de région a lancé l'élaboration de "mesures d'accompagnement et de gestion raisonnée", comme la co-construction avec les élus et les acteurs locaux d'une "charte paysagère, architecturale et urbaine" pour le site classé du canal du Midi. Ce document doit définir les orientations en matière de gestion et de valorisation des espaces agricoles, forestiers ou viticoles, ainsi que des patrimoines naturels et bâtis des abords du canal du Midi.
De même, à titre expérimental, les autorisations de travaux en site classé pourraient être délivrées par les préfets de département, sous réserve que les opérations respectent les principes de la charte paysagère urbaine et architecturale, qui sera préalablement soumise à la validation du ministre de la Culture.
Enfin, le comité stratégique - associant le préfet de région, la présidente du conseil régional et les présidents des conseils départementaux - "se réunira prochainement pour élaborer collectivement une ambition politique et stratégique autour des enjeux de gestion du canal du Midi et décliner territorialement les actions qui pourraient être engagées à court ou moyen terme".

Référence : décret du 25 septembre 2017 portant classement, parmi les sites des départements de l'Aude, de la Haute-Garonne et de l'Hérault, des paysages du canal du Midi, sur le territoire des communes d'Alzonne, Argeliers, Argens-Minervois, Azille, Badens, Blomac, Bram, Carcassonne, Castelnaudary, Caux-et-Sauzens, Cuxac-d'Aude, Ginestas, Gruissan, Homps, La Redorte, Labastide-d'Anjou, Lasbordes, Marseillette, Mas-Saintes-Puelles, Mirepeisset, Montferrand, Montréal, Moussan, Narbonne, Ouveillan, Paraza, Pennautier, Pexiora, Pezens, Port-la-Nouvelle, Puicheric, Roubia, Sainte-Eulalie, Saint-Marcel-sur-Aude, Saint-Martin-Lalande, Saint-Nazaire-d'Aude, Sallèles-d'Aude, Trèbes, Ventenac-en-Minervois, Villalier, Villedubert, Villemoustaussou, Villepinte et Villesèquelande (Aude), Auzeville-Tolosane, Avignonet-Lauragais, Ayguesvives, Castanet-Tolosan, Deyme, Donneville, Gardouch, Labège, Montesquieu-Lauragais, Montgiscard, Péchabou, Pompertuzat, Ramonville-Saint-Agne, Renneville, Saint-Rome et Vieillevigne (Haute-Garonne), Agde, Béziers, Capestang, Cers, Colombiers, Cruzy, Marseillan, Nissan-lez-Enserune, Olonzac, Poilhes, Portiragnes, Quarante, Vias et Villeneuve-lès-Béziers (Hérault) (Journal officiel du 26 septembre 2017).

 

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