Accès des enfants au sport : le budget des familles sous tension
La pratique sportive des enfants risque-t-elle d'être sacrifiée, faute de moyens des parents ? Des acteurs du secteur s'inquiètent d'équipements et d'adhésions toujours plus chers, dans un contexte de baisse des aides publiques.
© Adobe stock
Près d'un Français sur deux (48%) estime que son pouvoir d'achat consacré au sport s'est dégradé en un an, selon un sondage OpinionWay pour l'enseigne Intersport, publié lundi.
52% des sondés considèrent que les dépenses liées au sport - équipements, abonnements, licences, cours - "ne sont plus financièrement accessibles", contre 46% un an auparavant. Le coût est le premier frein à la pratique sportive pour 46% des Français, loin devant le manque de temps (27%). Toutefois, 70% des personnes interrogées affirment qu'elles "feront des sacrifices budgétaires pour permettre à leur enfant de pratiquer un sport".
Ce weekend, le gouvernement a dévoilé les nouvelles conditions d'accès au Pass Sport, aide de 50 euros à l'inscription des enfants en clubs sportifs. Si le dispositif réintègre les 6-13 ans exclus l'an dernier, il restreint le nombre de bénéficiaires en étant conditionné non plus à l'allocation de rentrée scolaire mais à un quotient familial inférieur à 700 euros (voir notre article).
"Ces nouvelles modalités sont très inquiétantes, avec une baisse de 40% des personnes éligibles", déplore Patrick Appéré, président de l'Association des élus en charge du sport (Andes), qui a regretté dans un communiqué commun avec le Comité olympique et sportif (CNOSF) et l'association Ville et Banlieue, voix des quartiers populaires, un "ciblage significativement resserré". Si Patrick Appéré se réjouit du retour des 6-13 ans, il regrette auprès de l'AFP "un budget considérablement réduit alors qu'on sait que pour 1 euro investi dans le sport, ce sont 13 euros de dépenses publiques en moins", dans la santé notamment.
L'association Familles de France estime, elle, à environ 50% la baisse du nombre de bénéficiaires du nouveau Pass Sport.
"Décevant"
"On va être à peu près à 4 millions de bénéficiaires. C'est vrai que dans sa première version nous étions au-dessus, mais l'année dernière nous étions largement au-dessous", a défendu la ministre des Sports, Marina Ferrari, mercredi 2 septembre sur Ici, parlant d'"aider ceux qui en ont le plus besoin en étant responsables au regard des finances publiques". À titre d'exemple, un couple avec deux enfants (trois parts) dont les revenus annuels imposables s'élèvent à 21.000 euros et qui bénéficient de 300 euros de prestations familiales, ont un quotient familial de 683 euros, selon le simulateur de la Caisse des allocations familiales.
"C'est décevant pour nos enfants, pour le monde du sport : on nous dit que le sport est important pour la santé, et en fin de compte le gouvernement met une condition supplémentaire pour couper l'accès à des familles qui auraient énormément besoin de ce Pass Sport", rétorque Alexandra Masseteau, présidente de l'Académie sportive de Saint-Pardoux (Deux-Sèvres). "Cinquante euros pour une famille avec deux ou trois enfants qui font tous du sport, ça fait une grande différence." "L'an dernier, une maman seule n'avait pas pu inscrire son fils car les 6-13 ans étaient exclus du dispositif. Avec l'annonce de la réintégration, elle est revenue nous voir, mais elle dépasse un tout petit peu le quotient familial de 700... Elle ne pourra pas inscrire son fils car même si elle travaille, une licence à 90 euros c'est trop", déplore la fondatrice de ce petit club de près de 100 licenciés.
Outre les licences, il faut aussi payer les équipements, les trajets pour les compétitions... "Les collectivités sont de plus en plus contraintes, certaines baissent les subventions aux clubs qui, avec les charges qui augmentent, se retrouvent aussi à augmenter les adhésions, et au bout de la chaîne c'est souvent l'adhérent qui paye", résume Séverine Bardaud, coprésidente de la Fédération des clubs omnisports (FFCO) qui compte 900.000 pratiquants.
Le nouveau dispositif Pass Sport prévoit également une "aide complémentaire" - non chiffrée - pour les jeunes bénéficiaires de la CAF, pouvant servir à l'achat d'équipements. "Les équipements sont de plus en plus chers. On a été un petit peu entendus sur le sujet, mais les sommes qui circulent sont a priori relativement faibles, donc il ne faudrait pas que ce soit de l'émiettement d'argent", souligne Denis Lafoux, autre coprésident de la FFCO, alors que plusieurs sources évoquent un montant d'une quinzaine d'euros.