Jean-Noël Escudié / P2C

Dépendance - Agnès Buzyn ouvre un "cadre de travail en commun" avec l'ADF sur les Ehpad

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Agnès Buzyn a reçu, le 15 mars, l'intersyndicale des personnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qui regroupait pas moins de dix organisations. Cette rencontre intervenait alors que se déroulait la seconde journée de grève dans les Ehpad (voir notre article ci-dessous du 14 mars 2018), après celle du 30 janvier dernier. Selon la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), cette seconde journée de grève a mobilisé 22,5% des effectifs (grévistes déclarés et personnels assignés). Un taux inférieur à celui du 30 janvier (32%), mais qui reste néanmoins significatif dans un secteur peu accoutumé aux conflits sociaux nationaux.

Un "climat serein d'écoute réciproque et d'échanges"

Dans un "climat serein d'écoute réciproque et d'échanges", selon le communiqué du ministère publié après la rencontre, Agnès Buzyn a confirmé son engagement de "neutraliser les effets de la réforme de la tarification, pour une durée qui reste à déterminer dans le cadre d'un travail approfondi entre les fédérations et le médiateur, M. Pierre Ricordeau".
Dans une longue interview donnée au Journal du Dimanche du 18 mars, la ministre des Solidarités et de la Santé précise toutefois qu'il n'est pas question de suspendre la nouvelle tarification des Ehpad, lancée par le précédent gouvernement, "car cette réforme partait d'une logique vertueuse : adapter les tarifs en fonction du niveau de dépendance". Agnès Buzyn reconnaît toutefois que "la mise en œuvre de la nouvelle tarification est plus chaotique que prévu".
Selon le communiqué publié après la rencontre avec l'intersyndicale, l'objectif fixé à la médiation de Pierre Ricordeau, ancien secrétaire général des ministères sociaux, est donc "d'assurer qu'aucun établissement ne soit mis en difficulté en raison de l'application de la réforme sur le terrain, en lien avec les ARS et les conseils départementaux".

Une "prise de conscience"

Lors de la rencontre, la ministre a "souligné sa préoccupation en ce qui concerne les contions de travail des professionnels de l'aide à domicile et exerçant au sein dans les établissements". Elle a confirmé la poursuite du "chantier ouvert sur la qualité de vie au travail avec les branches professionnelles" et affirmé "la nécessité d'une réflexion d'ensemble sur la formation, le parcours de carrière et le référentiel de compétences des aides-soignants".
Ces ouvertures ont bien été perçues par les représentants des salariés. Dans un communiqué publié le 16 mars, l'intersyndicale ne conteste pas le "dialogue ouvert et courtois, obtenu grâce à la mobilisation et à la persévérance des professionnels". Elle note aussi "une prise de conscience sur les points tels que la tarification et l'encadrement, mais déplore l'absence d'annonce concrète" et "entend bien maintenir la pression".
De son côté, la Fédération hospitalière de France (FHF) se félicite, dans un communiqué du 15 mars, de voir son alerte "enfin prise au sérieux" et annonce qu'elle "met en place un observatoire visant à étudier les impacts de la réforme".

Des "orientations stratégiques" sur la question du vieillissement au début avril

Agnès Buzyn entend toutefois élargir la question au-delà des seuls Ehpad, pour aborder la question plus large de "l'immense chantier de la dépendance", comme elle l'avait annoncé lors de son audition, à la mi-février, devant la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat (voir notre article ci-dessous du 15 février 2018). Elle l'a d'ailleurs confirmé au début du mois de mars, en entamant un cycle de rencontres, afin d'élaborer une "feuille de route" sur les enjeux du vieillissement (voir notre article ci-dessous du 1er mars 2018).
Dans son communiqué du 15 mars, la ministre confirme que cette démarche doit "aboutir à des orientations stratégiques pour le début du mois d'avril sur le sujet général du vieillissement et de la prise en charge des personnes âgées. Ce sujet comprend la question des financements, mais aussi [celle] de l'organisation du secteur de la prise en charge des personnes âgées, au domicile comme en établissement".

Un "débat de société" avec les départements et une ligne rouge à ne pas franchir

Les départements, qui prennent en charge la dépendance en Ehpad (via l'APA) et une partie de l'hébergement (par le biais de l'aide sociale aux personnes âgées) seront nécessairement des acteurs clés des éventuelles mesures en la matière. Dans son communiqué du 15 mars, Agnès Buzyn indique d'ailleurs avoir ouvert "un cadre de travail en commun avec l'Assemblée des départements de France sur les sujets du financement et du pilotage de la dépendance".
Dans son interview au JDD, la ministre précise que "ce n'est pas à l'Etat seul de s'attaquer à ce chantier", mais qu'il faut au contraire "ouvrir un débat de société avec les départements pour savoir combien nous voulons collectivement consacrer à la prise en charge de nos aînés". La ministre a d'ores et déjà fixé une ligne rouge à ne pas franchir : "Il est hors de question d'alourdir la charge des familles".

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