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Agropastoralisme : l'Anem sort les crocs

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par
Jean Damien Lesay pour Localtis
dans

Environnement

France

À l'occasion de son dernier congrès, l'Association nationale des élus de la montagne a consacré une table ronde à l'agropastoralisme, laquelle a tourné autour de la douloureuse question de la prédation des loups et des ours. Des témoignages poignants se sont fait entendre. Des actions vont être menées.

"L'agropastoralisme, un modèle à préserver avec une place centrale pour l'homme." L'énoncé un brin bucolique de la dernière table ronde du 35e congrès de l'Anem (sur les autres sujets abordé lors de ce congrès, voir aussi notre article de ce jour) ne laissait a priori rien présager des débats passionnés qui se sont en réalité déroulés à Ispoure, au Pays basque, les 17 et 18 octobre. La motion adoptée après coup par les congressistes est, elle, un peu plus explicite : "Pour une juste hiérarchie des priorités entre agropastoralisme et grands prédateurs." Car ce qui était en jeu lors des vifs échanges entre, d'un côté, une salle toute acquise à la cause des éleveurs et de leur écosystème, et de l'autre, les représentants de l'État, était ni plus ni moins que de l'ordre de la survie, et pas seulement économique, des bergers face au loup et à l'ours.

Il y avait de la colère et de l'émotion dans les nombreux témoignages de ces éleveurs et élus de petites communes qui avaient pour beaucoup traversé la France afin de prendre la parole. Cette colère et cette émotion n'étaient pas seulement dirigées contre les prédateurs qui parfois déciment les troupeaux de brebis, mais aussi contre ce qu'ils appellent le "militantisme" de certains services de l'État. Après les débats, face à la presse, Annie Genevard, présidente de l'Anem, a ainsi affirmé que le gouvernement serait "sous l'influence puissante d'associations environnementalistes qui défendent le loup et l'ours", avant d'appeler à ce qu'"il entende de la même façon la cause des bergers".

"Tout le monde est armé chez moi"

En attendant, ce sont Jean-Paul Celet, préfet référent Loup auprès du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfet coordonnateur du plan national Loup, et Marc Zarrouati, secrétaire général adjoint aux affaires régionales auprès du préfet de région Occitanie, préfet coordonnateur pour le pastoralisme et l'ours, qui ont entendu cette cause durant plus de deux heures. "Tout le monde est armé chez moi, nous sommes pourtant au XXIe siècle", a confié, dépité, un éleveur venu de Savoie. "Pour avoir moins de victimes, il faut accepter des conditions de vie moyenâgeuses", a pour sa part déploré une élue, également venue de Savoie.

Face à ce que les congressistes ont ressenti comme un profond désarroi, les deux représentants de l'État ont d'abord tenu à préciser que les préfets étaient "tout sauf des idéologues et des militants". Surtout, ils ont rappelé le cadre juridique qui, à travers la convention de Berne et la directive Habitats, protège les espèces menacées "selon un cadrage international qui laisse peu de marges de manœuvre". Ceci posé, Jean-Paul Celet a assuré que c'était en France "que les autorisations de tir étaient les plus importantes, en dérogation à la réglementation européenne". Et pour rassurer encore les défenseurs de l'agropastoralisme, il a été souligné que selon la dernière feuille de route du gouvernement, il n'y avait pas de réintroduction de loups, sauf pour compenser les abattages par l'homme.

De tirs et d'abattages d'animaux – car les mots ont, selon la volonté des participants eux-mêmes, été prononcés sans langue de bois – il a donc été beaucoup question. Le cas des parcs naturels a particulièrement cristallisé les critiques. "Les tirs dans les parcs naturels, c'est une question qui ne peut avoir de réponse qu'au plus haut niveau politique", a ainsi prévenu Jean-Paul Celet.

"Dialogue impossible"

Face à des intervenants qui n'ont eu de cesse de répéter qu'"il fallait agir très vite", Jeanine Dubie, députée des Hautes-Pyrénées et secrétaire générale de l’Anem, a fait voter une motion par laquelle l'Anem demande au gouvernement, entre autres, "de défendre une révision du classement de ces espèces [le loup et l'ours, ndlr] dans la convention de Berne et, au sein de l’Union européenne, dans la directive Habitats", "d’adapter le plafond de retraits aux effectifs réels de loups", "de répondre à la problématique spécifique des parcs naturels, tant nationaux que régionaux" et "d’abandonner définitivement l’introduction d’ours".

"Ce matin, avec à la fois les interventions des préfets et les interventions des éleveurs, nous avons touché du doigt l'incompatibilité dans ce dialogue impossible de la coexistence du prédateur avec le pastoralisme, a commenté Annie Genevard. Je comprends qu'on ne veuille pas l'extinction d'espèces, mais il ne faut pas que la préservation d'espèces animales se paie au prix de la disparition de l'espèce humaine des bergers. On entend bien les cris de douleur, la désespérance des éleveurs qui sont tout près d'abandonner la partie. Avant toute conduite d'action, il faut poser les grands principes. Ici, c'est la permanence de l'homme au sein des espaces agropastoraux. Si on pose ce principe, il faut adapter les politiques en fonction de cet impératif-là." Et pour faire suivre les paroles par des actes, l'Anem a obtenu, au mois de novembre, un rendez-vous avec Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire. Parallèlement, les élus de la montagne entameront une démarche auprès de l'Union européenne. "On sait que c'est là qu'est la clé", a conclu Annie Genevard.

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