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Le plan Loup 2018-2023 enfin publié

Après plusieurs mois de concertations tendues, le "plan national d'actions 2018-2023 sur le loup et les activités d'élevage" a été publié ce 19 février par les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture. Il entend à la fois assurer la viabilité de l'espèce en France tout en protégeant mieux les troupeaux et les éleveurs et prévoit plusieurs mesures copilotées par les collectivités territoriales. Mais il s'attire toujours les critiques des pro et des anti-loup.

Après une concertation menée à l’automne dernier auprès des représentants des éleveurs, des ONG et des élus locaux puis une phase de consultation publique entre le 8 et le 29 janvier, qui a recueilli plus de 5.700 contributions, le nouveau plan Loup 2018-2023 a finalement été publié ce 19 février par les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture. "Il est le fruit d'un équilibre entre la préservation de la biodiversité de nos territoires – dont le loup fait partie – et la protection des éleveurs confrontés à de nombreuses attaques sur leurs troupeaux", écrivent les ministres Nicolas Hulot et Stéphane Travert dans l'introduction du plan. A l'état de projet, celui-ci avait fait l'objet de vives critiques de la part des éleveurs dénonçant les attaques contre leurs troupeaux.
Les ministres, eux, assurent apporter "des réponses précises dans la durée" à leur "souffrance", à travers des mesures d'accompagnement des éleveurs qui sont confrontés à la prédation et d'un renforcement de l'aide au pastoralisme. "[Le plan] permettra à chaque éleveur de défendre efficacement son troupeau, qu'il soit dans un foyer d'attaque ou dans une zone de colonisation, assurent-ils. Pour cela, les modalités de gestion des tirs et des mesures de protection seront adaptées pour limiter au maximum les attaques sur les troupeaux."

Une population de 500 loups d'ici 2023

Un maximum de 40 loups pourront être abattus en 2018, prévoit le plan qui se donne comme objectif d'atteindre une population de 500 individus d'ici 2023 contre environ 360 actuellement. Le plafond de tirs pourra toutefois être "actualisé une fois connus les chiffres de la population au printemps, pour être porté à 10% de la population", précise le plan. Le dernier arrêté en vigueur permet l'abattage de 40 loups entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2018. Le nouveau plan se fonde désormais sur l'année civile, mais les "prélèvements" ne pourront se faire qu'entre septembre et décembre. Les éleveurs pourront malgré tout "toute l'année" se défendre "en cas d'attaques". A partir de 2019, le plafond annuel sera "fixé à 10% de la population sur la base des recommandations scientifiques", avec possibilité de relèvement de 2% "en cas d'atteinte du plafond avant la fin de l'année civile et de dommages particulièrement importants". A noter, le plan indique qu'il pourra être envisagé de mobiliser "au besoin" les régions afin de permettre à la brigade nationale loup de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui participe notamment aux tirs de défense en appui à la protection des troupeaux, d’intervenir plus régulièrement en dehors de son périmètre historique (Alpes du Sud).

Inquiétudes de la FNSEA... et des associations environnementales

"Notre inquiétude, c'est qu'il faudra l'accord du préfet coordonnateur [le préfet de la région Auvergne-Rhone-Alpes, ndlr] pour dépasser la limite des 40 loups autorisée quand il y a une attaque", a réagi la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, lors d'une conférence de presse. "Nous avons demandé qu'à chaque attaque, on tue le loup en cause. Cela permet d'éliminer le loup agressif et d'apprendre aux autres ce qui se passe quand on s'approche des troupeaux", a-t-elle ajouté. Côté défenseurs de l'environnement, le mécanisme n'a pas non plus été bien accueilli. "Le tir indifférencié de loups est plus qu'inefficace, contreproductif (éclatement des meutes, dispersion, absence d'apprentissage de la cohabitation...)", ont commenté dans un communiqué commun plusieurs ONG dont WWF et France Nature Environnement, dénonçant un "manque de courage politique". "L'Etat montre ainsi qu'il est dans une position défensive et qu'au lieu d'assumer un objectif de coexistence, il n'a ni le courage de rappeler le cadre de la loi ni celui d'affirmer qu'il est nécessaire que l'élevage s'adapte à la présence de cette espèce protégée", ont-elles ajouté. "Nous faisons confiance aux acteurs et aux élus locaux pour dépassionner le débat et construire ensemble cette coexistence sur le long terme", ont commenté de leur côté Nicolas Hulot et Stéphane Travert en préambule du plan.

Renforcement des aides à la protection des troupeaux

Alors que le nombre de brebis tuées par le loup est estimé à près de 10.000 en 2016, le plan Loup prévoit notamment des aides à la protection des troupeaux (bergers pour le gardiennage, chiens, parcs électriques) et le développement de mesures de protection et d'effarouchement "innovantes". Les conseils régionaux vont être appelés à participer au financement d'un dispositif d'accompagnement technique des éleveurs pour améliorer l'efficience des mesures de protection.
Les préfets de régions et leurs services, en lien avec le préfet coordonnateur du plan, vont aussi devoir engager des travaux avec les régions pour renforcer l'accompagnement des collectivités, des organisations pastorales et des éleveurs dans la mise en place et la rénovation des équipements pastoraux (dessertes, points d'eau, cabanes pastorales…) afin d'améliorer les conditions de vie des bergers.
Mesure particulièrement contestée dès l'annonce du projet, les indemnisations des éleveurs seront désormais soumises à la mise en place préalable de mesures de protection. Une vingtaine de députés LREM de zones de montagne avaient réclamé début février une modification du plan, en particulier de cette mesure, "pas acceptable" selon eux.

Lutter contre les chiens errants

Le plan plaide d'autre part pour de nouvelles études scientifiques pour mieux connaître et comprendre le comportement du loup et ses mécanismes d'attaque. Il contient aussi une disposition concernant le phénomène des chiens errants qui peuvent causer des dommages sur les troupeaux au même titre que le loup et dont la maîtrise doit permettre de contenir le risque d'hybridation avec celui-ci. Dans les zones de présence du loup et dans celles prochainement colonisées, les maires, qui disposent du pouvoir réglementaire d'intervention, seront donc mobilisés pour prévenir la divagation des chiens et prendre en charge les chiens errants. Les maires seront en outre invités à participer à une expérimentation qui sera menée dans plusieurs départements pour définir les bonnes pratiques à adopter lorsque le loup est observé à proximité des zones habitées.

Le loup présent dans 846 communes
Espèce protégée, le loup, disparu en France dans les années 1930, est revenu par l'Italie à partir de 1992. Fin 2017, la population était estimée à environ 360 individus, contre 292 en 2016. Le loup était présent dans 846 communes de 33 départements fin 2016 et dans 448 d'entre elles de manière régulière.

 

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