Assises de la forêt et du bois : dialogue apaisé à Paris, les élus appelés en renfort sur le territoire

Les Assises de la forêt et du bois ont fermé leurs portes le 16 mars, avec la présentation des rapports des groupes de travail et de pas moins de 300 propositions. En dépit de dissensions parfois vives – pas toutes aplanies –, l’ambiance était à la concorde et l’on s’est promis de continuer à travailler de concert, dans des instances renouvelées. Sur le terrain, les élus locaux sont appelés à faire vivre ce dialogue, notamment avec les citoyens.

Dialogue. Tel a été le maître-mot de la séance de clôture des Assises de la forêt et du bois – lancées le 19 octobre dernier (voir notre article) – qui s’est tenue ce 16 mars. Contrairement au Varenne agricole de l’eau, qui n’était pas parvenu à son terme (voir notre article du 2 février 2022) à apaiser les tensions existantes à son lancement (voir notre article), l’ensemble des participants ont ici salué la réussite de l’initiative souhaitée par le Premier ministre Jean Castex le 24 juillet 2021 (voir notre article). Ces assises "ont montré la maturité de tous pour le dialogue", se félicite le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie. "Le grand apport de ces assises, c’est le dialogue instauré entre l’ensemble des acteurs de la filière et au-delà", appuie, parmi d’autres, la sénatrice Anne-Catherine Loisier.
Même les associations environnementales – qui n’avaient, cette fois, pas adopté la politique de la chaise vide – sont à l’unisson. Dans un communiqué, France Nature Environnement salue le "dialogue inédit et indispensable" ouvert par ces assises et "la qualité du débat" qui s’y est déroulé. Si "l’expérimentation de nouvelles formes de dialogue" constituait le thème d’un des quatre groupes de travail de ces assises, le sujet aura irrigué l’ensemble des travaux.

Maintenir la dynamique

Cette réussite, le gouvernement entend bien la préserver. Pour "faire vivre dans le temps cette dynamique collective", il a décidé de porter de 66 à 90 le nombre de membres du Conseil supérieur de la forêt et du bois (CSFB) – "le Parlement de la forêt", précise Julien Denormandie. Parmi les nouveaux élus, figurent des représentants d’établissements d’enseignement, du Haut Conseil pour le climat, d’ONG, des élus d’outre-mer, etc. Ce conseil "sera aussi le lieu d’un rendez-vous annuel". Présidé par le ministre chargé de la forêt, il sera en outre doté d'une vice-présidence assurée par les ministres chargés de la transition écologique et de l’industrie. Dans la même logique, le gouvernement a décidé d’installer un comité technique national de l’équilibre forêt-gibier, afin "d’améliorer le dialogue entre chasseurs et forestiers". Ce comité s’appuiera notamment sur un baromètre national qui sera constitué avant la fin de l’année.

Last but not least, le gouvernement a décidé de faire appel aux élus locaux pour faciliter ce dialogue dans les territoires, où la situation est malheureusement loin d’être aussi apaisée. En témoigne la déclaration commune que viennent de parapher, le 8 mars dernier, une cinquantaine d’organisations – parmi lesquelles l’organisation interprofessionnelle France Bois Forêt, l’Office national des forêts (ONF), la Fédération national des communes forestières (FNCofor) ou encore BPI France – dénonçant les agressions et actes de vandalisme dont sont victimes les travailleurs en forêts et les entreprises d’exploitation forestière.

Le rôle essentiel de médiateur de l’élu local

Pour "rétablir un dialogue renouvelé sur le terrain", Pierre-Olivier Drège, président de Nord Seine Forêt, a appelé non pas "à se lancer dans la rédaction d’une couche supplémentaire législative et réglementaire dans un code forestier déjà riche et foisonnant", mais à faire appel au "rôle essentiel de médiateur des élus". Un rôle promu lors des travaux par la FNCofor, qui a vanté "le rôle majeur" de l’élu "pour mener la médiation auprès de la société civile". L’appel a été entendu. Le gouvernement soutiendra "la mise en place d’un réseau de référents 'forêt-société' parmi les élus de communes forestières". "Ces élus auront un rôle de sensibilisation, voire de médiation, avec en appui des outils méthodologiques, des fiches d’analyse sur les pratiques et un réseau de référents métiers parmi les acteurs de la filière dans leur territoire", précise le gouvernement, qui ajoute qu’une "attention particulière sera portée aux massifs forestiers péri-urbains, espaces privilégiés d’interaction entre populations citadines et nature". "La chose forestière est mal connue du public citadin, mais aussi rural", interpelle toutefois Pierre-Olivier Frège, qui plaide pour une action de la filière avec les enseignants. Là-encore, avec succès, la "sensibilisation des jeunes générations aux enjeux de la forêt" constituant un axe de travail retenu par le gouvernement.

Autre proposition de la FNCofor retenue, l’expérimentation de méthodes de concertation dans des territoires pilotes. Un appel à manifestation d’intérêt sera lancé afin de "soutenir 5 à 10 territoires dans la mise en place d’outils et d’espace de dialogue autour de sujets forestiers complexes et manifestant des tensions particulières avec la société" (ou une partie d’entre elle du moins). À l’heure où il est "difficile d’obtenir un consensus sur les pratiques de sylviculture", pointe Meriem Fournier, professeure à AgroParisTech – la FNE déplore ainsi que "des sujets urgents restent en suspens", comme l’utilisation de produits chimiques de synthèse ou les coupes rases de grande dimension –, nul doute que le résultat sera observé avec attention.

 
  • Connaissance, financements, R&D…

Outre le renforcement du dialogue national et territorial, les travaux des Assises de la forêt se traduisent par différentes mesures qui s’articulent autour de trois autres piliers :
- le renforcement de la connaissance de l’état de la forêt et de son devenir, avec notamment le lancement en 2023 d’un observatoire de la forêt au sein de l’IGN, qui s’appuiera notamment sur un inventaire forestier qui sera consolidé en 2022, la création d’une commission scientifique au sein du CSFB, chargée d’émettre des recommandations sur les essences d’avenir et leurs territoires d’implantation ;
- la pérennisation de financements, avec notamment "100 à 150 millions d’euros dédiés chaque année au renouvellement forestier", la montée en puissance du label bas-carbone dont les règles seront "simplifiées et clarifiées", l’engagement du prolongement du dispositif d’encouragement fiscal à l’investissement en forêt au-delà de 2022 ;
- l’investissement dans la R&D et le renforcement de la compétitivité de la filière industrielle bois, avec entre autres un appel à projets "biomasse chaleur pour l’industrie du bois", le lancement d’un programme de recherche et développement pour caractériser la ressource feuillus et mieux valoriser les essences secondaires, le financement des essais sur le risque incendie dans la construction bois (RE 2020), le développement de la contractualisation "pour faire filière" (le taux de contractualisation des bois issus des forêts domaniales sera porté à 75% en 2025) ou encore des actions pour renforcer l’attractivité d’une filière en manque criant de main d’œuvre, Pierre-Olivier Drège plaidant d’ailleurs "pour que la filière bois soit déclarée en tension.

Sont également prévus le renforcement des exigences environnementales, notamment en matière de diversification des essences, ou le lancement d’un plan national d’action en faveur d’une trame "Vieux bois et forêts subnaturelles" et d’un plan d’action "sols forestiers", tous deux dans le cadre de la stratégie nationale biodiversité 2030 présentée ce 15 mars (voir notre article). Signalons enfin la volonté de simplifier et clarifier les obligations de débroussaillement, sujet qui ne manquera pas d’intéresser les maires.

 

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