Au moins 929 personnes mortes "sans chez-soi" en 2025
Retrouvées sur la voie publique, dans une cage d'escalier ou une cabane de chantier... Au moins 929 personnes sans domicile fixe, à qui un hommage a été rendu ce 2 juin à Paris, sont décédées en 2025 en France, selon un décompte provisoire du collectif les Morts de la rue.
© DENIS/REA
Au moins 929 personnes sans domicile sont décédées en 2025 en France selon un décompte provisoire du collectif les Morts de la rue rendu public ce 2 juin. Recueilli à partir des remontées d'une cinquantaine d'associations proches des sans-abri en métropole et en outre-mer et membres du collectif, ce nombre est déjà supérieur à celui de 2024, qui s'était établi à 912 décès.
"Il continue d'augmenter année après année" et pourrait très vite dépasser le cap symbolique des mille personnes mortes dans la rue, a précisé à l'AFP Adèle Lenormand, membre de l'association créée en 2003 et qui mène ce recensement depuis 2012. "En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, on est passé de 51 décès en 2024 à 112 l'an dernier : c'est alarmant", a-t-elle affirmé.
83% d'hommes parmi les personnes décédées
Ce bilan, qui reste à interpréter avec précaution car une part des décès échappe au collectif, sera actualisé en octobre prochain, la liste ayant été arrêtée au 16 avril dernier. Ces personnes - du plus jeune, un bébé de 11 jours retrouvé mort à Bron (Rhône), à la plus âgée, une femme de 88 ans hébergée chez un tiers - ont vécu dans des "lieux non faits pour l'habitation ou en hébergement d'urgence ou temporaires" durant les trois derniers mois avant leur décès.
Sur ces 929 décès, 83% étaient des hommes. Parmi ces morts, dont la moyenne d'âge était de 50 ans - alors qu'en France, l'espérance de vie à la naissance est de 85,3 ans pour les femmes et de 79,4 ans pour les hommes - figuraient 14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents entre 15 et 18 ans.
À partir de midi, ce 2 juin, le nom, âge, date et lieu du décès de chacun de ces "sans chez-soi" a été lu lors d'une cérémonie dans un tiers-lieu du 5e arrondissement de la capitale. Proches et militants associatifs, dont certains avaient revêtu un tee-shirt clamant "Vivre à la rue tue !", ont déposé des fleurs devant des cartons représentant "un adolescent, 16 ans, le 2 janvier, à Paris 7" ou "une femme non identifiée dite 'Desmina' 61 ans, le 12 mai à Paris 12", tandis que d'autres ont lu des "parcours de vie".
Rendre visibles les invisibles
Pour Adèle Lenormand, interrogée par l'AFP-TV, l'objectif de cette cérémonie est "évidemment d'alerter sur le fait que les personnes qui sont 'sans chez-soi' meurent prématurément", mais également "de visibiliser 'les personnes défuntes qui étaient potentiellement invisibles de leur vivant". La militante a par ailleurs déploré qu'il y ait encore en France, en 2026, "des personnes qui restent dans des hébergements d'urgence pendant 15 ans", plaidant pour un "logement pérenne pour toutes et tous".
Il est difficile de connaître précisément le nombre de personnes sans domicile fixe en France : elles seraient environ 350.000 selon la Fondation pour le logement. La dernière évaluation officielle de l'Insee, qui remonte à 2012, estimait leur nombre à 143.000. L'Institut national de la statistique a depuis mené une nouvelle enquête pour le mettre à jour, dont les résultats seront dévoilés fin 2026.