Banalisé avec la crise sanitaire, le télétravail dans les collectivités reste à conforter

Pour les administrateurs territoriaux, l’épisode du "télécovid" doit amener à repenser le télétravail. L’étude réalisée par l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) montre que sa pérennité dépend d’une refondation des pratiques managériales et de la sécurisation du cadre comme des outils.

Avec la crise sanitaire, le télétravail dans les collectivités est sorti de la marginalité. Pour 75% des hauts fonctionnaires territoriaux interrogés par l’AATF l’automne 2021, il en a surtout radicalement modifié les modalités.

L’épisode du télécovid

Avant la crise sanitaire, le télétravail faisait en effet figure d’exception, concédée au cas par cas pour des motifs médicaux ou familiaux, souvent avec une certaine réticence de la part de la hiérarchie. L’expérience du printemps 2020 aura changé la donne… en montrant notamment le peu de préparation des collectivités à un fonctionnement en mode distanciel. "Manque d’équipements", "insuffisante négociation et formalisation du cadre", "défaut de formation aux risques du télétravail" et "manque d’outils" pour organiser le travail des équipes, ressortent des entretiens de l’AATF. Avec une conviction qui s’est consolidée au cours des derniers mois : "Le télécovid correspond à une gestion de crise exceptionnelle, une nouvelle pratique du télétravail reste à inventer", résume Gwenaël Leblong-Masclet, le délégué régional de l'AATF qui a conduit l’étude.

Une pratique qui survivra à la crise

De fait, les collectivités interrogées ont mis le sujet sur le haut de la pile des dossiers RH. Ainsi, 92% des collectivités interrogées ont entamé des négociations avec les syndicats sur ce sujet. Pour 75 % il fait partie "des orientations stratégiques de leur collectivité" et 71% ont adapté leur charte d’usage des outils informatiques pour y intégrer le télétravail. Une accélération permise par un changement de regard sur le télétravail, "décideurs, agents et syndicats s’accordent sur l’utilité du télétravail", les cadres étant notamment rassurés sur le "caractère productif du télétravail". Pour 95% des personnes interrogées, il est bénéfique à l’environnement et une source de bien-être pour 75%. Il est enfin jugé "financièrement intéressant" pour la collectivité comme pour les agents par 62% des administrateurs interrogés.

Inégalités entre collectivités et entre agents

En revanche, l’étude fait ressortir les disparités entre collectivités. Ainsi, les régions sont les mieux placées pour développer le télétravail avec 55% des agents dont les missions peuvent être réalisées à distance. Un chiffre qui tombe à 47% pour les départements et à 32% pour les collectivités du bloc communal, dont une majorité des agents sont sur le terrain ou en contact avec le public. Globalement, toutes administrations locales confondues, le taux s’établirait à 43%... un chiffre à prendre avec précaution car seules les grandes collectivités sont représentées. "C’est moins le chiffre qui nous intéresse que la nécessité de prendre en compte les agents dont les missions ne sont pas télétravaillables et dont la proportion est très significative" tempère Gwenaël Leblong-Masclet. Le télétravail génère en effet de potentielles "iniquités" voire des conflits entre agents aux tâches télétravaillables et ceux condamnés au présentiel. Elle conduit l’association à en appeler à un "portage des équilibres sociaux par les élus" avec un accent sur les "valeurs qui animent le dispositif" et notamment la "qualité du service public rendu aux usagers".

La mort de la pointeuse

Le télétravail est ensuite lourd de conséquences sur l’organisation du travail et le contrôle de la production des agents. "Avec la Covid, la pointeuse est morte", constate l’AATF qui défend depuis plusieurs années "un management par la confiance", fondé sur "les résultats". Le télétravail impose en effet de remettre à plat des processus existants, de positionner le manager d’avantage comme un "animateur" et "d’innover dans les modalités de mise en œuvre de la continuité du service". Le télétravail implique également la prise en compte de nouveaux risques psychosociaux, qu’ils concernent l’équilibre entre vie individuelle et vie professionnelles ou la potentielle démotivation des agents du fait de l’atténuation de l’esprit d’équipe et de la raréfaction des moments de convivialité.

Les recommandations de l’AATF

Pour consolider cette nouvelle approche du télétravail, l’AATF invite les collectivités à se doter d’un "cadre collectif" sous forme d’une charte ou d’un "règlement de télétravail" définissant notamment le "droit à la déconnexion". Ils invitent également les collectivités à s’outiller – et dans un premier temps à expérimenter – des solutions de travail collaboratif ou de gestion de projet. En termes de management, ils recommandent des "contacts réguliers" entre agent et manager tout comme la définition "d’engagements réciproques" en amont des décisions de télétravail. Enfin, l’AATF appelle à "revisiter les stratégies de systèmes d’information", pour les adapter aux pratiques de nomadisme et aux nouvelles menaces cyber telles que les rançongiciels. Elle insiste sur la nécessité pour les élus et les managers publics de se saisir d’un sujet "qui ne peut être porté qu’au plus haut niveau". Elle demande enfin un renforcement de la coopération entre l’État et les collectivités locales et notamment l’appui de l’Anssi pour sécuriser des systèmes d’information publics de plus en plus interdépendants.

  • Des tendances plutôt que des statistiques

Les chiffres avancés par l’AATF sont à prendre avec précaution. L’enquête est basée sur un questionnaire comptant seulement 25 répondants, hauts fonctionnaires de grandes collectivités : régions, départements et villes de plus de 40.000 habitants. Néanmoins, il s’inscrit dans un retour d’expérience sur le bilan de la crise sanitaire qui a impliqué "plus d’une centaine d’administrateurs territoriaux depuis juin 2020" comme nous le précise l’association. Les chiffres sont donc à prendre comme des tendances sur lesquelles s’appuient les recommandations de l’association.

 

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