"Bien vivre" dans les petites villes : l'APVF propose une "boussole" aux futurs élus

L'Association des petites villes de France (APVF) publie un "Manifeste pour des petites villes plus bienveillantes 2026-2032", qui passe en revue un grand nombre de politiques publiques locales pour énoncer une série de préconisations et pistes d'action. En présentant le document le 11 février, ses représentants sont revenus sur les sujets actuels de finances locales et de décentralisation.

"Pour des petites villes plus bienveillantes". En découvrant ce titre, celui du manifeste que vient de publier l'Association des petites villes de France (APVF), on aurait pu s'attendre à ce que celle-ci ait choisi de se pencher spécifiquement sur des enjeux de cohésion sociale : bienveillance à l'égard des aînés, des enfants, des publics fragiles ou précaires... Or si ces problématiques figurent en bonne place dans ce document d'une vingtaine de pages, elles ne sont pas les seules, loin de là. Le champ est bien plus large : autour de la notion de "bien vivre", l'association représentant les villes de 2.500 à 25.000 habitants, elle s'intéresse certes au "bien grandir", "bien vieillir", "bien de soigner"… mais elle aborde aussi la plupart des autres politiques publiques locales : logement, mobilités, énergie, alimentation, environnement, sécurité, culture, services de proximité, économie et industrie, commerce, numérique…

Au cœur de tout cela, selon Christophe Bouillon, le président de l'APVF, "deux grands défis : celui de la transition écologique et celui de la transition démographique avec le vieillissement de la population". L'idée de ce manifeste étant, dit-il, de "rappeler les enjeux et les priorités de la prochaine mandature", de fournir "un repère et une boussole pour les futures équipes municipales" au regard des principales attentes des citoyens. Mais aussi de montrer que "les petites villes constituent autant de laboratoires de transitions, appelés à expérimenter des solutions concrètes et adaptées aux réalités locales". Il est vrai que les préconisations formulées par l'APVF ne relèvent pas simplement d'énièmes demandes adressées à l'État, mais bien plutôt de pistes d'actions pour certaines novatrices et assez rarement évoquées dans le débat public. Elles n'évoquent pas simplement les problèmes auxquels il faut remédier mais aussi ce de quoi pourrait être fait, dit l'association, "un futur plus désirable dans nos petites villes".

Reste certes "la question des moyens [qui] continuera sans nul doute à se poser dans un contexte économique et financier tendu et il faudra donc opérer des choix et s’y tenir", prévient l'association, tout en espérant "que le nouvel acte de décentralisation en préparation donnera enfin plus de clarté, de liberté et d’efficacité à l’action publique locale". Deux questions naturellement abordées mercredi 11 février par les représentants de l'APVF lors de la présentation du manifeste à la presse.

Décentralisation : "tout cela reste assez nébuleux"

Sur les moyens, Antoine Homé, le premier vice-président de l'association, est largement revenu sur le projet de loi de finances pour 2026 et ses conséquences attendues pour les collectivités malgré les avancées obtenues par le Sénat. Le maire de Wittenheim a notamment mis l'accent sur le fait que le Dilico va désormais surtout peser sur les intercommunalités (Intercommunalités de France a récemment alerté là-dessus – voir notre article du 28 janvier). Il a aussi souligné que le gel de la dotation globale de fonctionnement impliquera en réalité pour certains une baisse, a estimé que l'"on tape surtout sur les territoires industriels" (baisse de la compensation de la réduction de la fiscalité de l'industrie) et est, côté loi de financement de la sécurité sociale, revenu sur la hausse des cotisations CNRACL. "Après les élections municipales, ce sera un saut vers l'inconnu", a ajouté Christophe Bouillon, sachant que les élus locaux réclament toujours de la "pluriannualité"… et qu'il leur est répondu que "c'est un sujet pour l'élection présidentielle"…

Quant au projet de décentralisation voulu par Sébastien Lecornu… "pour l'instant on n'en sait pas grand-chose, tout cela reste assez nébuleux", reconnaît Antoine Homé. Les maires de petites villes, qui se revendiquent "décentralisateurs", semblent voir d'un bon œil certains des principes jusqu'ici affichés par le gouvernement : clarification, simplification, déconcentration, rôle accru des préfets… et le fait que le logement pourrait être l'une des premières politiques publiques concernées par le chantier législatif à venir. "Sur le logement, c'est un peu le foutoir. Existe-t-il encore une politique nationale du logement ? Il va falloir atterrir une bonne fois pour toutes sur ces sujets", dit Christophe Bouillon. Daniel Cornalba, membre du bureau de l'APVF, a toutefois exprimé sa "vigilance" quant à un "pouvoir renforcé du maire" en matière de logement, notamment s'agissant de l'attribution de logements sociaux. Décentraliser, oui, mais pas n'importe comment.

Les propositions du manifeste de l'APVF

› BIEN VIVRE À TOUS LES ÂGES DE LA VIE

Bien grandir : petite enfance, éducation, jeunesse 

  • Encourager le développement de coopératives pour l’accueil des jeunes enfants.
  • Former les agents du périscolaire aux enjeux d’inclusion pour mieux accompagner les enfants porteurs de handicap.
  • Développer un accompagnement des enfants "hors-école" pour lutter pour l’égalité des chances.

Bien se soigner : garantir une offre de santé de proximité face aux déserts médicaux

  • Développer une télémédecine de proximité intégrée à des lieux identifiés, accompagnée humainement et coordonnée avec les acteurs de santé locaux.
  • Renforcer le maillage territorial des pharmacies et des services de santé, en soutenant l’installation et la pérennité des officines.
  • Organiser une offre de soins de proximité intégrée, reposant principalement sur des centres municipaux de santé ou des maisons de santé pluriprofessionnelles selon les besoins du territoire, avec un soutien renforcé de l’État.
  • Créer un poste d’adjoint dédié à la santé dans les petites villes.

Bien vieillir : accompagner l’autonomie et la solidarité entre générations

  • Mettre en place une stratégie d’adaptation des logements existants pour le maintien à domicile.
  • Développer une offre de transports adaptée au vieillissement de la population par le transport à la demande et la mise en conformité du réseau de bus.
  • Combattre l’isolement et la solitude des personnes âgées par une stratégie du lien social au cœur des politiques publiques locales.

› BIEN VIVRE À L’HEURE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Bien se loger : construire, rénover et adapter nos logements

  • Densifier et réhabiliter l’habitat urbain pour répondre à la crise du logement.
  • Déployer un véritable plan Logements vacants.
  • Lutter efficacement contre l’habitat indigne, en s’appuyant sur les pouvoirs de police du maire et les opérateurs agréés.

Bien se déplacer : mobilités durables et nouvelles pratiques de déplacement

  • Activer le développement des mobilités actives via le développement des rues-écoles et la formation au savoir rouler à vélo ou le permis piéton.
  • À l’échelle de l’intercommunalité, porter la prise de compétences mobilités afin de lever le versement mobilité et devenir ainsi un organisateur de transport et répondre à la demande de densification des mobilités.

Bien se structurer en réseaux : énergie, alimentation, eau, déchets

  • Structurer des filières alimentaires locales pour la restauration collective.
  • Sécuriser durablement l’accès à l’eau potable et adapter les réseaux face au changement climatique.
  • Développer un mix énergétique, en lien avec les besoins du territoire, en vue d’accroître l’autoconsommation.
  • Prioriser le nouveau mandat sur la rénovation thermique des bâtiments et notamment les bâtiments scolaires.

› BIEN VIVRE GRÂCE À UN SERVICE PUBLIC LOCAL FORT ET ACCESSIBLE

Bien protéger : la sécurité du quotidien et les polices municipales 

  • Assurer une présence renforcée dans les quartiers prioritaires.
  • Développer le principe des réserves communales de police municipale, pour renforcer la présence sur le terrain lors de pics d’activité ou d’événements.
  • Renforcer la coopération entre forces de sécurité intérieure et polices municipales, via les CLSPD lorsqu’ils existent, afin de concrétiser le principe de "continuum de sécurité".
  • Faire des polices municipales des acteurs de la sécurité de proximité en développant la mutualisation des moyens financiers et humains pour nos polices municipales, alors que seuls 3% des policiers municipaux relèvent aujourdhui dun établissement intercommunal.

Bien partager : culture, sport et vie associative au service du lien social 

  • Aider à l’ingénierie associative et culturelle : accompagnement technique et conseil pour monter des projets, candidater à des financements et structurer les associations.
  • Assurer la liberté de création et l’autonomie artistique : préserver des subventions non conditionnées à un format ou type de projet, pour permettre l’expérimentation et soutenir des initiatives innovantes locales.
  • Garantir l’accès de tous à la culture.
  • Sanctuariser et garantir le budget culture lors du prochain mandat.

Bien accompagner : nouveaux usages, tiers-lieux, maisons France services et mutualisation locale

  • Moderniser l’accueil communal en favorisant l’accompagnement humain.
  • Transformer les tiers-lieux et les espaces mutualisés en plateformes du service public.
  • Réduire la fracture numérique des séniors en mettant en place des ateliers d’initiation et de médiation numérique.

› BIEN VIVRE EN TRAVAILLANT ET EN CONSOMMANT LOCAL

Bien produire : responsabilité territoriale des entreprises et réindustrialisation 

  • Développer une démarche de responsabilité territoriale des entreprises sur le territoire.
  • Accélérer la réhabilitation des friches industrielles, dans une logique d’attractivité territoriale.
  • Concilier les enjeux de sobriété foncière avec l’objectif de réindustrialisation de nos territoires.

Bien consommer localement : redynamiser le commerce de proximité

  • Adopter une démarche d’identification du commerce vacant.
  • Réenchanter le commerce de centre-ville à travers le développement de manifestations festives.
  • Favoriser la mixité des commerces pour redynamiser les centres-villes.

Bien innover : le numérique au service du territoire

  • Faire de l’inclusion numérique un service communal prioritaire, avec des espaces publics équipés et accessibles à tous.
  • Développer des tiers-lieux pour le télétravail, l’apprentissage et les démarches administratives.
  • Renforcer la cybersécurité au niveau communal pour protéger les services et les usagers.
 

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