"Bien vivre" dans les petites villes : l'APVF propose une "boussole" aux futurs élus
L'Association des petites villes de France (APVF) publie un "Manifeste pour des petites villes plus bienveillantes 2026-2032", qui passe en revue un grand nombre de politiques publiques locales pour énoncer une série de préconisations et pistes d'action. En présentant le document le 11 février, ses représentants sont revenus sur les sujets actuels de finances locales et de décentralisation.
© C.M/ Antoine Homé, Christophe Bouillon et Daniel Cornalba
"Pour des petites villes plus bienveillantes". En découvrant ce titre, celui du manifeste que vient de publier l'Association des petites villes de France (APVF), on aurait pu s'attendre à ce que celle-ci ait choisi de se pencher spécifiquement sur des enjeux de cohésion sociale : bienveillance à l'égard des aînés, des enfants, des publics fragiles ou précaires... Or si ces problématiques figurent en bonne place dans ce document d'une vingtaine de pages, elles ne sont pas les seules, loin de là. Le champ est bien plus large : autour de la notion de "bien vivre", l'association représentant les villes de 2.500 à 25.000 habitants, elle s'intéresse certes au "bien grandir", "bien vieillir", "bien de soigner"… mais elle aborde aussi la plupart des autres politiques publiques locales : logement, mobilités, énergie, alimentation, environnement, sécurité, culture, services de proximité, économie et industrie, commerce, numérique…
Au cœur de tout cela, selon Christophe Bouillon, le président de l'APVF, "deux grands défis : celui de la transition écologique et celui de la transition démographique avec le vieillissement de la population". L'idée de ce manifeste étant, dit-il, de "rappeler les enjeux et les priorités de la prochaine mandature", de fournir "un repère et une boussole pour les futures équipes municipales" au regard des principales attentes des citoyens. Mais aussi de montrer que "les petites villes constituent autant de laboratoires de transitions, appelés à expérimenter des solutions concrètes et adaptées aux réalités locales". Il est vrai que les préconisations formulées par l'APVF ne relèvent pas simplement d'énièmes demandes adressées à l'État, mais bien plutôt de pistes d'actions pour certaines novatrices et assez rarement évoquées dans le débat public. Elles n'évoquent pas simplement les problèmes auxquels il faut remédier mais aussi ce de quoi pourrait être fait, dit l'association, "un futur plus désirable dans nos petites villes".
Reste certes "la question des moyens [qui] continuera sans nul doute à se poser dans un contexte économique et financier tendu et il faudra donc opérer des choix et s’y tenir", prévient l'association, tout en espérant "que le nouvel acte de décentralisation en préparation donnera enfin plus de clarté, de liberté et d’efficacité à l’action publique locale". Deux questions naturellement abordées mercredi 11 février par les représentants de l'APVF lors de la présentation du manifeste à la presse.
Décentralisation : "tout cela reste assez nébuleux"
Sur les moyens, Antoine Homé, le premier vice-président de l'association, est largement revenu sur le projet de loi de finances pour 2026 et ses conséquences attendues pour les collectivités malgré les avancées obtenues par le Sénat. Le maire de Wittenheim a notamment mis l'accent sur le fait que le Dilico va désormais surtout peser sur les intercommunalités (Intercommunalités de France a récemment alerté là-dessus – voir notre article du 28 janvier). Il a aussi souligné que le gel de la dotation globale de fonctionnement impliquera en réalité pour certains une baisse, a estimé que l'"on tape surtout sur les territoires industriels" (baisse de la compensation de la réduction de la fiscalité de l'industrie) et est, côté loi de financement de la sécurité sociale, revenu sur la hausse des cotisations CNRACL. "Après les élections municipales, ce sera un saut vers l'inconnu", a ajouté Christophe Bouillon, sachant que les élus locaux réclament toujours de la "pluriannualité"… et qu'il leur est répondu que "c'est un sujet pour l'élection présidentielle"…
Quant au projet de décentralisation voulu par Sébastien Lecornu… "pour l'instant on n'en sait pas grand-chose, tout cela reste assez nébuleux", reconnaît Antoine Homé. Les maires de petites villes, qui se revendiquent "décentralisateurs", semblent voir d'un bon œil certains des principes jusqu'ici affichés par le gouvernement : clarification, simplification, déconcentration, rôle accru des préfets… et le fait que le logement pourrait être l'une des premières politiques publiques concernées par le chantier législatif à venir. "Sur le logement, c'est un peu le foutoir. Existe-t-il encore une politique nationale du logement ? Il va falloir atterrir une bonne fois pour toutes sur ces sujets", dit Christophe Bouillon. Daniel Cornalba, membre du bureau de l'APVF, a toutefois exprimé sa "vigilance" quant à un "pouvoir renforcé du maire" en matière de logement, notamment s'agissant de l'attribution de logements sociaux. Décentraliser, oui, mais pas n'importe comment.
Les propositions du manifeste de l'APVF› BIEN VIVRE À TOUS LES ÂGES DE LA VIE Bien grandir : petite enfance, éducation, jeunesse
Bien se soigner : garantir une offre de santé de proximité face aux déserts médicaux
Bien vieillir : accompagner l’autonomie et la solidarité entre générations
› BIEN VIVRE À L’HEURE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE Bien se loger : construire, rénover et adapter nos logements
Bien se déplacer : mobilités durables et nouvelles pratiques de déplacement
Bien se structurer en réseaux : énergie, alimentation, eau, déchets
› BIEN VIVRE GRÂCE À UN SERVICE PUBLIC LOCAL FORT ET ACCESSIBLE Bien protéger : la sécurité du quotidien et les polices municipales
Bien partager : culture, sport et vie associative au service du lien social
Bien accompagner : nouveaux usages, tiers-lieux, maisons France services et mutualisation locale
› BIEN VIVRE EN TRAVAILLANT ET EN CONSOMMANT LOCAL Bien produire : responsabilité territoriale des entreprises et réindustrialisation
Bien consommer localement : redynamiser le commerce de proximité
Bien innover : le numérique au service du territoire
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