Transitions agricoles et alimentaires : ces projets qui façonnent l’avenir

La France s’est fixé l’objectif de diviser par deux les émissions carbone du secteur agricole et agroalimentaire d’ici à 2050 (vs 2015). Partout sur le territoire, des démonstrateurs expérimentent des solutions concrètes permettant de proposer des chemins de transition à l’agriculture française et d’agir durablement sur la qualité de notre alimentation.

Accompagner les transitions agricoles et alimentaires au cœur des territoires

L'appel à manifestation d'intérêt (AMI) Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires (DTAA) s’inscrit dans deux stratégies nationales de France 2030 : « Systèmes agricoles durables et équipements agricoles contribuant à la transition écologique » et « Alimentation durable et favorable à la santé ». 

L’objectif : faire émerger un réseau national de démonstrateurs agro-écologiques illustrant la diversité des enjeux de développement durable dans les territoires agricoles et alimentaires français.

La Banque des Territoires opère ce programme DTAA pour le compte de l'État en accompagnant le déploiement des projets lauréats, ainsi que leur suivi administratif et financier.

Scarlett Boiardi, responsable du programme DTAA à la Banque des Territoires

Doté de 140 M€, le programme DTAA accompagne des projets territoriaux portés par des collectivités, institutions, entreprises, acteurs de la recherche et de l'emploi, associations… Le but ? Transformer les systèmes de production pour réussir la transition agricole et construire des modèles alimentaires durables et accessibles.

Des enjeux sanitaires et environnementaux majeurs

Dans le cadre de la stratégie bas carbone, les émissions françaises des secteurs agricole et alimentaire doivent être réduites de 18 % d’ici 2030 par rapport à 2015, puis divisées par deux d'ici 2050. 

Autre sujet, le nombre de personnes en situation de surpoids ou d'obésité progresse constamment. La cause : une consommation élevée de produits sucrés et ultra-transformés, et un déficit en fruits, légumes et fibres.

Face à ces enjeux de santé publique et de protection de la planète, les démonstrateurs DTAA permettent de tester des solutions autour de 8 thématiques majeures.

  • Techniques de production agricole innovantes.
  • Préservation de la ressource en eau.
  • Réduction de l'utilisation de produits phytosanitaires.
  • Devenir des territoires d'élevage.
  • Bioéconomie territoriale.
  • Structuration de filières locales.
  • Circuits courts et locaux pour la restauration collective.
  • Démocratie et précarité alimentaire.

 

26 projets retenus pour la phase de maturation

Suite aux trois relèves de l'AMI, 135 candidatures ont été recueillies. Résultat : 26 projets ont été sélectionnés par les ministères de la Transition écologique, de l'Agriculture, des Finances et de la Recherche.

L'ancrage territorial, la réplicabilité du projet et le niveau d’innovation – qu'elle soit technique, juridique, organisationnelle ou sociale – ont été des critères de sélection déterminants.

Scarlett Boiardi, responsable du programme DTAA à la Banque des Territoires

Les projets bénéficient d’un accompagnement de la Banque des Territoires (comités de suivi, points mensuels…) pendant une phase de maturation de 18 mois maximum. Sur cette période, ils peuvent recevoir une subvention plafonnée à 300 000 € pour financer leurs frais d'ingénierie. 

Puis, après validation par un comité d'engagement, les projets entrent en phase de réalisation, avec des subventions comprises entre 2 et 10 M€, à hauteur de 50 % maximum du coût total du projet, sur 5 ans.

Les projets doivent démontrer concrètement la faisabilité d'une innovation. Ces démonstrateurs ont vocation à être répliqués partout sur le territoire pour favoriser la souveraineté alimentaire et répondre aux défis environnementaux.

Scarlett Boiardi, responsable du programme DTAA à la Banque des Territoires

Plusieurs projets en phase de réalisation

Les premiers projets sont passés en phase opérationnelle et vont pouvoir lancer leurs actions expérimentales.

TerrAsol (Occitanie)

Porté par la Fédération Régionale des CIVAM Occitanie, avec Montpellier Méditerranée Métropole et la Ville de Montpellier, le projet TerrAsol s’attaque entre autres à la précarité alimentaire via une gouvernance alimentaire solidaire.

TerrAsol (Territoire agricole et alimentaire solidaire) est doté de 10 M€ de subvention France 2030 pour développer une nouvelle gouvernance alimentaire en créant des solidarités entre les territoires nourriciers et les villes et entre les maillons de la chaîne alimentaire. Face aux inégalités alimentaires, le projet prévoit notamment de créer une sécurité sociale basée sur un dispositif de caisse alimentaire commune. 

Territoire de maraîchers (multi-territoires)

Ce projet multi-territorial (Pau, Limoges, Valence et Le Havre) porté par le groupe Ceinture verte souhaite faciliter l'adoption de technologies innovantes sur des exploitations en maraîchage diversifié, développer les filières courtes et créer de l’emploi. Dotée de 6,5 M€ de subvention France 2030, cette démarche collaborative et pluriannuelle a pour but d'identifier et de déployer des solutions concrètes, tout en optimisant les pratiques agricoles par une action sur la santé des sols, la gestion de l'eau et l'intégration technologique.

Tavivat (Polynésie française)

Porté par la Direction de l'Agriculture de Polynésie française, ce projet valorise les productions vivrières traditionnelles de produits amylacées (taro, uru, bananes, patates douces…) dans une logique collaborative entre acteurs publics et initiatives locales. À travers la structuration de la production, de la transformation et de la consommation de ces cultures, le démonstrateur vise à changer les comportements alimentaires et à lutter contre les problématiques de surpoids, prégnants en Polynésie française.

Dynamo (Occitanie)

Coordonné par le Pôle d'Équilibre Territorial et Rural (PETR) de l'Ariège, avec la participation de la communauté de communes du Pays de Mirepoix, de la ville de Saverdun, d'un groupement multi-filières composé d'entreprises agricoles et agro-alimentaires locales, d'associations et en lien étroit avec l'UMR AGIR, ce projet veut créer un accélérateur de coopérations territoriales en faveur d'un système alimentaire du milieu, système hybride entre circuit-court et filière longue.

Doté de 1,7 M€ de subvention France 2030, le projet sera un levier pour offrir des débouchés aux producteurs, mais permettra aussi à de nouveaux maraîchers de valider la viabilité de leur exploitation en intégrant un tiers-lieu pour se tester avant installation.

Fantas'scic (Occitanie)

La SCIC Graines Équitables, les communautés d'agglomération du Grand Narbonne et de Carcassonne, ainsi qu’un ensemble d’acteurs associatifs, de structures de recherche et d’entreprises privées travaillent à relocaliser la production de céréales et de légumineuses bio en Occitanie, notamment via la reconquête des friches agricoles ainsi que le développement d’outils de stockage et de transformation offrant de nouveaux débouchés aux producteurs.

Cyclorganic (Grand Est)

Piloté par l’association Terrasolis en lien étroit avec la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, ce projet de bioéconomie valorise les biodéchets et assure une production durable de biomasse, répondant aux enjeux de souveraineté alimentaire et énergétique à travers une approche circulaire. En s’appuyant sur des synergies territoriales fortes entre agriculteurs, industriels et acteurs de la recherche, Cyclorganic développe des solutions de transformation de la biomasse en énergie renouvelable et en coproduits agricoles à l’échelle locale. L'initiative a pour but de réduire l'empreinte carbone de la filière, d’assurer la pérennité des principales cultures alimentaires et de créer des boucles vertueuses, tout en générant des opportunités économiques pour les acteurs du territoire.

 

Seine Nourricière : un projet de coopération territoriale ambitieux

Seine Nourricière, porté par la Ville de Paris, est un projet de coopération territoriale de grande ampleur, fondé par :

  • la Ville de Paris ;
  • la Métropole du Grand Paris ;
  • le Département de la Seine-Saint-Denis ;
  • le Pôle d’Équilibre Territorial et Rural (PETR) du Nord de l’Yonne ;
  • la régie publique Eau de Paris ;
  • la Métropole Rouen Normandie ;
  • le Havre Seine Métropole ;
  • l’association de coopération territoriale AgriParis Seine.

Son objectif : structurer une filière agricole durable sur le bassin de la Seine afin d'approvisionner la restauration collective et l’aide alimentaire des territoires situés à proximité du fleuve. 

Seine Nourricière prévoit d’accompagner la transition des pratiques agricoles via des systèmes de financement innovants, de rassembler plusieurs producteurs durables au sein d’une même structure leur offrant la capacité de répondre au mieux aux appels d'offres de la restauration collective, de mailler le territoire d'unités de transformation des productions et de construire une logistique bas carbone permettant d’acheminer localement les produits (cyclo logistique, barge fluviale…), au profit de l’aide alimentaire également. 

 

Ces premiers retours d'expérience mettent en lumière la pertinence et le potentiel de ces projets démonstrateurs. L'innovation, qu’elle soit organisationnelle, sociale, technologique ou de produits, est au cœur de ces initiatives, qui explorent des voies concrètes pour une agriculture et une alimentation plus durables. Les bénéfices attendus pour les territoires sont multiples, allant de la décarbonation à la création de valeur locale, en passant par la structuration de filières territorialisées ou la production d’une alimentation de qualité accessible à toutes et tous. Grâce au soutien actif de partenaires tels que la Banque des Territoires, ces démonstrateurs tracent des chemins de transition que d'autres territoires pourront s'approprier pour accélérer durablement la transformation de la filière agricole. La Banque des Territoires, par son accompagnement opérationnel et stratégique, confirme son rôle de partenaire clé dans la construction de territoires plus durables et résilients.

Scarlett Boiardi

Responsable du programme « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires »

Scarlett Boiardi a rejoint la Banque des Territoires en avril 2025 au poste de responsable du programme « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires ». Titulaire d'un double Master Sciences et politiques de l'environnement, elle a exercé dans différentes structures en lien avec l'agriculture, la forêt et l'aménagement du territoire, notamment à Fibois Île-de-France et au sein du ministère de l’agriculture en région.

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