Investissements - Bruxelles cherche des solutions pour financer les projets de long terme
Des dépenses publiques sous pression, des banques moins prêteuses, des investissements directs étrangers mal répartis sur le territoire européen... La crise aboutit à une nouvelle mosaïque financière où la mobilisation des ressources est en train d'être repensée. La Commission européenne s'implique dans ce débat avec un Livre vert consacré au financement à long terme de l'économie.
Investisseurs institutionnels
A l'issue des trois mois de la consultation lancée ce lundi, Bruxelles épluchera les réponses aux 30 questions posées. L'orientation prise fait la part belle aux investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de pension, organismes de placement collectif, fonds d'infrastructures spécialisés, fonds souverains...) qui représentent 13.800 milliards d'euros d'actifs, soit l'équivalent du PIB de l'UE.
Ces investisseurs se "fondent sur des modèles économiques à horizon temporel plus long et sont donc des fournisseurs appropriés de financement à long terme", estime la Commission. Les domaines visés sont larges : transports, communication, énergie, éducation, industrie, logement, etc.
Bruxelles est même prête à faire des concessions pour faciliter la vie des entreprises d'assurance, soumises à des obligations de fonds propres avec les règles de Solvabilité II. Sur la base d'un rapport de l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles attendu en juin prochain, la Commission pourrait décider d'assouplir certaines contraintes prudentielles, afin de ne pas entraver les financements de long terme.
Livret d'épargne européen
La Commission insiste aussi sur la mobilisation de l'épargne. Celle-ci représente 20% du PIB de l'UE, issue des ménages à hauteur de 80% et des entreprises. Certains pays comme la France (livret A), l'Italie (libretti postale) ou encore l'Allemagne (Bausparvertrag) disposent déjà d'une longue expérience de soutien à la construction de logements via le recours à l'épargne des ménages.
Une approche que la Commission veut creuser quitte à envisager le lancement d'un "livret d'épargne européen" signale Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur. A plus court terme, les Etats pourraient inciter les populations à effectuer des placements de long terme, en rendant, par exemple, la souscription à un fonds de pension obligatoire.
La Suède et le Royaume-Uni l'ont déjà fait, mais la Commission est consciente de l'impact retentissant sur les opinions. Il n'est pas sûr que "cette solution puisse être généralisée dans tous les Etats membres, écrit-elle, ou qu'elle soit facilement acceptée."
Marie Herbet / EurActiv.fr
1.000 milliards d'ici 2020
D'ici à 2020, la Commission évalue à 1.000 milliards d'euros les besoins de financement dans trois secteurs clés : les transports, l'énergie et les télécommunications.
A titre de comparaison, les moyens disponibles dans le cadre de l'outil ad hoc créé spécifiquement par l'UE se limitent à 23,1 milliards d'euros pour les transports, 5,1 milliards d'euros pour l'énergie et 1 milliard d'euros pour les télécommunications. Une petite somme sera prélevée de ces montants afin de lancer des "obligations de projet", susceptibles de générer des investissements 15 fois supérieurs aux garanties publiques apportées par l'UE.
M.H.