Bruxelles dévoile son plan de bataille contre la pauvreté

Face à une pauvreté qui menace encore 93 millions d’Européens, la Commission européenne lance une offensive sociale inédite. Présentée le 6 mai par Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive chargée des droits sociaux, cette stratégie ambitieuse vise à faire reculer durablement la précarité grâce à des mesures ciblant l’enfance, le logement, l’emploi et le handicap. 

Mercredi 6 mai, la Commission européenne a franchi une étape majeure en dévoilant sa toute première stratégie globale de lutte contre la pauvreté. Présentée par Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive chargée des droits sociaux, cette initiative entend viser ni plus ni moins que l’éradication de la pauvreté dans l’Union européenne d’ici 2050. Un projet qui s'inscrit dans un contexte d'urgence sociale, marqué par une inflation persistante et des prix de l'énergie qui fragilisent non seulement les plus précaires, mais aussi les ménages à revenus moyens.

L'ampleur du défi est colossale : aujourd'hui, les chiffres de la Commission montrent qu’un Européen sur cinq (soit environ 93 millions de personnes) reste menacé de pauvreté ou d'exclusion sociale. Face à ce constat, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a rappelé l'engagement moral de l'institution : "La pauvreté et l’exclusion sont des défis que nous pouvons et devons surmonter. Aujourd’hui, nous présentons une stratégie visant à prévenir et à réduire la pauvreté. Nous prenons des mesures décisives avec une garantie pour l’enfance renforcée, une meilleure prévention du sans-abrisme et la pleine inclusion des personnes handicapées. Dignité, opportunités et égalité. Il s’agit là de valeurs essentielles dans l’Europe que nous construisons."

Briser le cycle dès l'enfance

Le premier pilier de cette stratégie s'attaque au déterminisme social. Alors qu’un enfant sur quatre est actuellement menacé de pauvreté dans l'UE, la Commission propose de renforcer la Garantie européenne pour l’enfance, principal outil dont dispose l’Union pour soutenir les enfants dans le besoin grâce à un accès gratuit et effectif à des soins de santé et à des repas scolaires, mais également à des structures d’éducation et d’accueil. "L'accent est mis sur la garantie de l'accès des familles à des emplois de qualité, à des services de garde d'enfants et à des filets de sécurité solides, ainsi que sur l'amélioration de l'accès des enfants à des programmes de mentorat et aux soins de santé mentale", est-il détaillé dans un communiqué en date du 6 mai.

Pour faciliter ce soutien, Bruxelles prévoit notamment de tester une carte de garantie européenne pour l'enfance afin d'harmoniser l'accès aux services entre les États membres.

Le logement et l'emploi : les deux leviers de l'autonomie

Alors qu’un million de sans-abri sont recensés dans l’Union, et que les prix ont bondi de 60% depuis 2013, entraînant une charge excessive pour 31,1% des ménages à bas revenus, la Commission a aussi présenté une série de recommandations s’appuyant sur son plan pour le logement abordable (lire notre article). Celles-ci misent sur des solutions de long terme et une prévention concrète : systèmes d'alerte précoce, aides d'urgence au logement locatif, conseils en matière d'endettement, médiations pour prévenir les expulsions... Bruxelles recommande en outre aux États membres d'augmenter significativement le parc de logements sociaux et abordables pour garantir à chacun un véritable "chez-soi".

Parallèlement, l'orientation vers un emploi de qualité est présenté comme le principal moteur de sortie de la précarité pour la population en âge de travailler. La stratégie met l'accent sur l'accompagnement personnalisé des personnes les plus éloignées du marché du travail, comme les chômeurs de longue durée, les ressortissants de pays tiers et les femmes, ces dernières étant 6,7 millions de plus que les hommes à risquer la pauvreté. Cependant, avoir un emploi ne suffit plus toujours : "16 millions de travailleurs ne parviennent pas à finir le mois malgré leur salaire", a déploré Roxana Mînzatu.

Une inclusion totale pour les plus vulnérables

Le plan social de la Commission intègre également un volet majeur sur le handicap, touchant 90 millions de citoyens. Les données sont alarmantes : une personne handicapée sur trois est menacée de pauvreté, et leur taux d'emploi plafonne à 55%. Pour y remédier, l'UE va généraliser la carte européenne du handicap et investir dans des technologies d'assistance basées sur l'intelligence artificielle pour favoriser une vie autonome.

Une coalition pour un financement durable

Pour financer ces ambitions, l'UE s'appuie sur le fonds social européen plus (FSE+), mais cherche aussi à mobiliser le secteur privé. Une coalition contre la pauvreté sera donc lancée fin 2026 pour regrouper entreprises et organisations philanthropiques autour d'engagements concrets. La Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque de développement du Conseil de l'Europe (CEB) seront également des partenaires clés pour financer les infrastructures sociales.

Pour Roxana Mînzatu, cette stratégie ne se veut pas seulement un outil technique, mais un test pour l'identité même de l'Union. "L’Europe a toujours été définie non seulement par sa puissance économique, mais également par son modèle social et sa solidarité. Dans les années à venir, ces valeurs seront mises à l’épreuve, et notre réponse façonnera non seulement nos économies, mais aussi la confiance que les citoyens placent dans l’Europe."

Le succès de ce blueprint dépendra de la capacité des États membres à transposer ces recommandations en politiques nationales efficaces, sous la surveillance de coordinateurs de lutte contre la pauvreté

 

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