Développement des territoires - Caisse des Dépôts : innover pour répondre aux nouveaux besoins des territoires

A l'heure où l'on entend beaucoup parler, pêle-mêle, de réforme territoriale, de présence de l'Etat en région, de politiques publiques en faveur des territoires ruraux, de métropoles boostées au numérique, de territoires en mutations, de nouvelles mobilités.... Comment un acteur du développement territorial tel que la Caisse des Dépôts peut-il accompagner ces nouvelles géographies ? Comment le groupe Caisse des Dépôts peut-il innover pour mieux répondre aux nouveaux besoins des acteurs locaux ? Avec "le territoire" pour fil rouge, sa troisième "Université d'été de l'innovation" a permis de poser les enjeux et de fédérer les premières réponses.

"Nous devons tous devenir des acteurs militants du développement des territoires". Tel fut l'un des principaux messages délivrés par Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des Dépôts, aux collaborateurs réunis le 10 septembre à Paris pour leur "Université d'été de l'innovation". La troisième édition de ce rendez-vous annuel rassemblant quelque 350 représentants de toutes les entités du groupe – établissement public et filiales – avait été entièrement dédiée aux "territoires", à "l'innovation au service des territoires". Avec, en ligne de mire, une question : comment le groupe Caisse des Dépôts doit-il innover pour mieux répondre aux nouveaux besoins des territoires ?
L'ancrage territorial est évidemment déjà une constante pour la Caisse des Dépôts, principalement à travers les directions régionales. Une présence aujourd'hui d'autant plus importante que celle de l'Etat s'est estompée. Le groupe compte en outre des filiales dont la dimension territoriale constitue le cœur de métier, que l'on songe à Transdev, à la Compagnie des Alpes, à Egis ou à la SCET. Le retour de la Caisse des Dépôts sur le terrain des prêts aux collectivités, avec l'enveloppe de 20 milliards d’euros mobilisés sur 2013-2017, est également significatif. Mais pour le directeur général, il est sans doute possible d'imaginer encore de nouvelles formes d'appui aux collectivités, notamment en matière d'"ingénierie de projet". "Le territoire est l'une des priorités du Groupe pour laquelle nous devons nous mobiliser", a-t-il insisté.
Stéphane Keïta, directeur du développement territorial et du réseau de la Caisse des Dépôts, avait auparavant rappelé qu'en marge de son offre directe, l'appui de la Caisse des Dépôts en termes de dynamiques territoriales passe aussi par une "offre intermédiée", autrement dit par tous ces secteurs et activités qu’elle soutient largement, tels que le champ de l'économie sociale et solidaire, "qui crée des dizaines de milliers d'emplois" non délocalisables.

Un "nouvel impératif territorial"

Le retrait de l'Etat de certaines des missions qu'il assurait précédemment sur les territoires a été évoqué par plusieurs intervenants. "La disparition des services de l'équipement entraîne un risque de disparités entre territoires. Sur le terrain, on perçoit la crainte d'un fossé croissant entre des métropoles très outillées et des petites communes très démunies", a ainsi constaté Rémi Cunin, directeur général délégué d'Egis. De quoi confirmer les propos d'Olivier Dussopt, le président de l'Association des petites villes de France, qui venait d'évoquer la "solitude" des petites villes, "le sentiment d'être perdues, désorientées, face au désengagement de l'Etat, face à des circuits de financement de plus en plus complexes…" Et Olivier Dussopt de plaider pour une "simplification de l'action publique", qu'il s'agisse par exemple de normes ou de réglementation relative à la commande publique.
Outre la question de la présence de l'Etat, le contexte de la réforme territoriale est évidemment propice à cette réflexion collective sur l'innovation et les territoires que la Caisse des Dépôts a souhaité engager. "Les territoires sont en mutation, la carte administrative est en mutation, la Caisse des Dépôts est en évolution. Cette simultanéité n'est sans doute pas un hasard", a résumé Stéphane Keïta.
"On se doit d'adapter les politiques publiques à la réalité de chaque territoire", énonçait se son côté Claire Charbit, directrice adjointe de l'OCDE, venue apporter un éclairage international en confirmant que "partout dans les pays de l'OCDE, il y a une prise de conscience, celle d'un nouvel impératif territorial".
Pas question toutefois d'opposer ancrage territorial et mobilité. "Notre vision de l'économie reste fondée sur une base territoriale, alors que toutes les formes de mobilités se multiplient. L'interdépendance entre territoires est prégnante et pourtant, peu d'outils publics en tiennent compte… Il devient urgent d'imaginer de nouveaux cadres contractuels intégrant ces réalités", a ainsi jugé Franck Gilli, chercheur à Sciences-Po. Pour lui, il s'agit de faire en sorte que "des territoires différents puissent agir ensemble", citant en exemple les préconisations des travaux "Territoires et innovation" menés sous l'égide de la Datar.

Le territoire, de la ville-centre au rural profond…

A ce titre, l'intervention du sociologue Jean Viard, directeur de recherches au Cevipof, était là pour bousculer quelques idées reçues, pour montrer que "les institutions ont un retard considérable" dans leur vision d'un monde "qui a complètement changé". Un monde où ce sont désormais les valeurs du temps libre et non plus celles du travail qui dominent, un monde dans lequel la vie ne se déroule plus par grandes étapes linéaires. "Nous devons par exemple totalement repenser notre vision de la ville en tenant compte de la mobilité", tout comme "nous devons repenser notre société dont les schémas traditionnels se déstructurent et qui, dans le même temps, se restructure pour devenir plus collaborative". Repenser la ville c'est aussi, selon Jean Viard, repenser les relations urbain-rural, savoir "intégrer le périurbain dans la ville", savoir regarder autrement ce continuum géographique qui s'étend de "la ville-centre bobo" jusqu'au rural profond "que l'on va sans doute parvenir à sanctuariser". Car entre les deux, Jean Viard voit "les quartiers immigrés en hauteur", l'"immense bordel urbain" des entrées de ville, le périurbain "et ses maisons Phoenix"…
Ce type de constat semble finalement assez partagé. On l'a d'ailleurs entendu en haut lieu il y a tout juste quelques jours : "95% de la population française vit, aujourd'hui, dans des territoires que l’on dit sous influence urbaine. Mais cela ne veut pas dire qu’il y a d'un côté 95% 'd'habitants des villes' et de l’autre 5% 'd'habitants des champs'. La réalité est plus complexe. Beaucoup de nos concitoyens vivent dans de petites villes, dans des communes périurbaines, dans des territoires qui appartiennent aux ruralités." C'est Manuel Valls qui s'exprimait en ces termes le 12 septembre lors d'un déplacement marquant le coup d'envoi des "Assises des ruralités" (voir notre article du 15 septembre). Et le Premier ministre de déclarer : "On ne peut plus considérer que la ruralité, c’est un ensemble homogène et que les mêmes politiques publiques devraient s’appliquer partout."
Parmi les thématiques des ateliers qui structureront ces Assises des ruralités, on retrouve justement celle des "coopérations urbain-rural", de la présence de l'Etat dans les territoires, des "ruralités innovantes", des complémentarités public-privé dans les services au public… Autant de problématiques qui collent plutôt bien à celles que la Caisse des Dépôts avait identifiées pour préparer son Université d'été de l'innovation.

L'accompagnement de projets, par exemple dans le tourisme

Cette Université d'été avait en effet été précédée de 25 "diagnostics territoriaux" élaborés par les directions régionales en relation avec les filiales implantées en région. Objectif : "fournir à l’ensemble des entités du groupe une vision commune des enjeux et priorités des territoires et des besoins opérationnels qui en découlent." A partir de ces diagnostics, six problématiques avaient été identifiées pour l’Université d’été. Celles-ci avaient trait aux métropoles, aux territoires en transition économique, à la silver economy, au développement de "tiers lieux" comme les télé-centres, à la redynamisation des territoires ruraux. Sur chacun de ces axes, des groupes de travail se sont réunis régulièrement pendant trois mois.
Sur le rural par exemple, il s'agissait de s'interroger sur la façon dont le groupe Caisse des Dépôts peut innover pour mieux accompagner ces territoires dans l'amélioration de leur attractivité. Et ce, qu'il soit question de rural isolé ou de périurbain. L'enjeu étant à la fois de leur permettre de "garder leurs populations" et d'en attirer de nouvelles. Au-delà des leviers que sont par exemple l'accès aux services (via, notamment, les maisons de services au public), le très haut débit, les transports ou les politiques de dynamisation des centres-bourgs, le groupe de travail a considéré que le tourisme constituait un vecteur particulièrement pertinent pour le développement économique de ces territoires.
Dans ce cadre, il a été admis que "les réponses classiques de la Caisse des Dépôts ne sont pas forcément adaptées", entre autres parce qu'il faut "trouver le bon modèle économique", parce que la filière touristique est en réalité constituée d'une multitude d'acteurs pas toujours faciles à identifier et encore moins à fédérer… En tout cas, la Caisse des Dépôts serait plutôt bien placée pour apporter des réponses innovantes en termes d'"accompagnement de projets" à vocation touristique, que ce soit au niveau de la méthodologie ou de la recherche de partenariats et de financements. Ceci, en mobilisant l'expertise des différentes entités du Groupe en matière d'accessibilité et de mobilité, de rénovation de l'habitat, de numérique, de développement durable…
Dans un univers que l'on associe sans doute plus spontanément à l'innovation, l'Université d'été a aussi donné l'occasion d'un focus sur la French Tech, cette initiative lancée par Fleur Pellerin en novembre 2013 visant à fédérer et valoriser les startups françaises et "tous les acteurs" gravitant autour de ces startups. Dans ce cadre, un mandat doté de 215 millions d'euros a été confié à la Caisse des Dépôts, principalement pour investir dans des "accélérateurs", à savoir des projets devant permettre d'offrir aux startups des services à haute valeur ajoutée. La French Tech est rapidement devenue "une marque", a relevé Philippe Dewost, directeur adjoint de la mission Programme d'investissements d'avenir (PIA) de la Caisse des Dépôts, en charge de l’économie numérique.  Un label "Métropoles French Tech" doit en outre permettre de rendre visibles, y compris depuis l'étranger, quelques territoires français particulièrement dynamiques, que l'on songe par exemple à Toulouse et sa TIC Valley ou à Lille et Euratechnologie. Le représentant de Sigfox, une startup toulousaine ayant déjà attiré l'attention du monde entier dans le domaine du numérique (elle est le seul opérateur mobile dédié à l’internet des objets), n'a pu que le confirmer : même en ayant le meilleur produit ou service, "la condition de développement, c'est de bénéficier localement de l'appui de tout un écosystème".
Pour Pierre-René Lemas, la Caisse des Dépôts, comme elle a su le faire au fil de ses deux siècles d'histoire (des chemins de fer au renouvellement urbain en passant par le logement social…), se doit naturellement aujourd'hui d'investir des champs comme le numérique ou "les nouveaux modes de vie". Et de continuer à "inventer, initier, incuber"… à être une "machine à fabriquer de l'innovation".

 

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