Canicules : le collectif "Nos Villes à 50°C" prône une adaptation sans dogmatisme

Face à la multiplication des canicules, le collectif "Nos Villes à 50°C" propose une nouvelle doctrine d'adaptation du parc résidentiel. Priorité aux solutions passives, recours ciblé à la climatisation et nouvelle cartographie du risque : l'objectif est de préserver l'habitabilité des logements tout en limitant les coûts et la consommation d'énergie. 

Le 2 juillet, à Paris, le collectif "Nos Villes à 50°C", emmené par les géants du logement social Seqens et CDC Habitat, a rompu avec les débats idéologiques pour livrer une "doctrine d’habitabilité". Face à la menace de records thermiques franchissant la barre des 50°C d’ici la fin du siècle, l’enjeu n'est plus de savoir s’il faut aimer ou détester les climatiseurs, mais comment s'en passer dans 70% des cas.

Le constat de départ est pragmatique : le véritable danger ne réside pas tant dans les pics diurnes que dans l’incapacité des bâtiments à évacuer la chaleur la nuit. Lorsque le bâti s'étouffe et ne refroidit plus, le sommeil s’altère, transformant le logement en risque vital pour les plus fragiles. Pour sortir de cette impasse, le collectif a élaboré une carte nationale de sévérité climatique innovante, fondée non pas sur les moyennes de la RE2020, mais sur les températures nocturnes locales et l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Cette cartographie divise la France en trois zones : si à Rennes (Zone 1), les solutions passives suffisent presque toujours, à Marseille ou Montpellier (Zone 3), le recours à un "froid actif" maîtrisé devient une nécessité lucide à planifier.

Des solutions sobres

La doctrine prône une hiérarchie stricte des interventions, avec des actions systématiques. L’idée est de généraliser des réflexes low-tech lors de chaque rénovation : pose de protections solaires extérieures, isolation renforcée des toitures et installation de brasseurs d’air. Selon les simulations du CSTB réalisées sur 30 millions de logements, ces mesures permettent de maintenir des conditions vivables jusqu’en 2050 pour une large majorité du parc.

"On a un enjeu qui est de trouver la bonne méthode pour adapter. Cela nécessite des expérimentations et des retours d'expérience", souligne Marion Oechsli, directrice générale de Seqens. Depuis 2022, son organisme systématise déjà les volets sur les pièces de nuit, couvrant désormais 87% de son parc.

Sortir de l'idéologie

Pour les experts du collectif, la climatisation doit redevenir un outil sanitaire de dernier recours, et non un réflexe de confort. Elle est désormais conditionnée à un Diagnostic de Performance Résilience (DPR), un nouvel outil visant à objectiver la vulnérabilité réelle d'un immeuble avant toute décision coûteuse.

Thierry Laget, directeur général adjoint de CDC Habitat, récuse toute approche dogmatique : "La climatisation n’est pas une question idéologique, mais nous ne pouvons pas alourdir les charges de locataires déjà fragiles." L'objectif est clair : éviter le "bricolage" individuel et les climatiseurs mobiles énergivores au profit de pompes à chaleur réversibles ciblées et performantes.

D’ici les prochaines années, les signataires s’engagent à massifier ces solutions. À Paris, où 75% des logements sont actuellement considérés comme des bouilloires, la généralisation des brasseurs d'air et des protections solaires pourrait ramener ce taux à zéro, ouvrant la voie à une rénovation majeure, y compris du patrimoine haussmannien.

 

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