Energie - Centrales nucléaires : aucun arrêt en vue mais des milliards à investir

L'ensemble des centrales françaises ont "un niveau de sûreté suffisant" pour exclure leur arrêt immédiat, mais il est indispensable d'investir des milliards d'euros pour augmenter dès que possible leur "robustesse", a jugé ce 3 janvier l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a remis au Premier ministre l'audit de sûreté demandé après la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011 au Japon. L'ASN a donné six mois aux exploitants de centrales nucléaires pour lui présenter les mesures prévues en cas de catastrophe. Le but est notamment de maintenir la sûreté des installations en cas de catastrophe majeure (séismes, inondations ou conjonction de plusieurs phénomènes extrêmes), de "limiter les rejets massifs dans un scénario d'accident" et de "permettre à l'exploitant d'assurer les missions qui lui incombent dans la gestion d'une crise".
Le ministre de l'Energie, Eric Besson, a ainsi annoncé ce mardi qu'il allait réunir les exploitants des sites nucléaires français (EDF, Areva, CEA) le 9 janvier afin de "définir le calendrier de mise en oeuvre des demandes" de l'ASN. Il a indiqué à l'AFP avoir noté "avec satisfaction que l'ensemble des installations nucléaires françaises soumises à l'audit présente un niveau de sûreté suffisant pour pouvoir continuer d'être exploitées" avec une série d'améliorations.
Le coût de ces travaux s'annonce important pour les producteurs et il devrait se répercuter sur le prix de l'électricité. "Nous imposons des mesures qui se traduisent par des investissements massifs. Si des exploitants, EDF ou un autre, jugent que ce qu'on demande est tellement onéreux, à eux de voir si l'exploitation en vaut encore la peine", a relevé le président de l'ASN, André-Claude Lacoste.
Ces exigences représentent au total "un investissement de dizaines de milliards d'euros", a-t-il estimé.

"Force d'action rapide nucléaire"

"Les exploitants proposeront à l'ASN avant le 30 juin 2012 le contenu et les spécifications du noyau dur de chaque installation" : locaux et moyens matériels de gestion de crise, moyens de communication et d'alerte, groupe électrogène protégé et alimentation en eau d'ultime secours pour chacun des 59 réacteurs français. Le gendarme du nucléaire demande en outre la mise en place progressive, à partir de cette année, d'une "force d'action rapide nucléaire", un dispositif d'urgence permettant d'envoyer des équipes spécialisées et du matériel sur un site accidenté en moins de 24 heures. Ce dispositif devra être "complètement opérationnel" à la fin 2014, insiste l'ASN.
Le Premier ministre, François Fillon, a assuré que le gouvernement veillerait auprès des exploitants à ce que "l'intégralité des demandes" de l'ASN soit respectée "dans le calendrier qui leur est imposé".
Après l'accident de Fukushima, le cas de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne de France, entrée en service en 1977, avait cristallisé la polémique sur la sécurité nucléaire, de nombreuses organisations écologistes en réclamant la fermeture. Interrogé mardi sur le cas de la centrale alsacienne, André-Claude Lacoste a expliqué qu'il n'y avait "pas de demandes spécifiques" pour elle au-delà de celles déjà préconisées à l'issue de la visite décennale en juillet dernier.
L'ASN avait alors estimé que l'exploitation du réacteur numéro un pouvait continuer dix ans de plus sous réserve de lourds travaux. Cet avis n'intégrait toutefois pas les résultats des tests plus poussés demandés par le gouvernement après Fukushima.
Pour Sophia Majnoni, chargée du dossier nucléaire à Greenpeace, "la vraie question maintenant c'est : est-ce que nos politiques sont prêts à investir ces dizaines de milliards d'euros dans la technologie nucléaire alors qu'on sait que le risque zéro n'existera jamais [...]. Est-ce qu'il ne faut pas les investir dans la transition énergétique pour changer de modèle ?".

 

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