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Congrès des maires - Christine Moro : "La notion d'aide au développement est complètement dépassée"

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Emilie Zapalski pour Localtis
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Europe et international

La future loi d'orientation et de programmation pour la politique française de développement et de solidarité internationale en préparation pourrait porter une nouvelle conception de l'aide au développement, tournée vers le partenariat. Un moyen pour les collectivités françaises de valoriser leurs savoir-faire à l'international.

"La coopération décentralisée n'est pas un besoin mais elle a une fonction." Lors de la conférence sur la coopération décentralisée organisée le 21 novembre 2018 dans le cadre du Congrès des maires, Christine Moro, ambassadeur, déléguée à l'action extérieure des collectivités territoriales au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, a tenté de valoriser les nouvelles pratiques de coopération décentralisée. "La notion d'aide au développement est réductrice et complètement dépassée, a-t-elle signalé. Il y a toujours des choses à apprendre de chaque côté ; c'est le partenariat qui est le fil conducteur des coopérations." Cette conception de la coopération décentralisée n’est vraiment nouvelle, elle a même conduit à parler désormais "d’action extérieure des collectivités" dans la lignée du rapport Laignel. Mais elle sera peut-être développée dans la future loi d'orientation et de programmation pour la politique française de développement et de solidarité internationale qui viendra réviser la précédente loi du 7 juillet 2014. Une consultation est en cours auprès des collectivités territoriales et de la société civile pour connaître leur avis sur les lois en vigueur et préparer la future loi attendue pour le début de l’année 2019.

Montée en puissance

Cette conception de partenariat repose sur l'idée que nombre de collectivités étrangères sont intéressées par les savoir-faire régionaux de la France mais les collectivités françaises ont aussi beaucoup à gagner. "À travers la coopération décentralisée, une collectivité exprime son identité, ses priorités, ses savoir-faire", a insisté Christine Moro, prenant appui sur l'exemple du partenariat entre la ville de La Rochelle et de Kendari, chef-lieu de la province de Sulawesi Tenggara en Indonésie, sur le savoir-faire de la ville en matière de systèmes d'assainissement et de déploiement du réseau d'eau potable.

Cette vision d'un partenariat "gagnant-gagnant" - expression il est vrai galvaudée -,  explique sans doute la montée en puissance dans l'aide au développement des petites communes. D'après le rapport annuel de la Commission nationale de la coopération décentralisée (CNCD) publié le 16 novembre, l'aide au développement des villes de moins de 100.000 habitants a fait un bond de 32% depuis 2011.

"Les collectivités vont-elles relever le défi ?"

La loi à venir doit aussi acter du nouvel objectif fixé par le gouvernement en matière d'aide au développement : consacrer 0,55% du revenu national brut consacrés à l'aide publique au développement d'ici à 2022, conformément aux engagements du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (Cicid) du 8 février 2018. Et pour atteindre cet objectif, le gouvernement veut accorder une large place aux collectivités et à la société civile, doublant l'aide qui leur est consacrée. Mais "les collectivités vont-elles relever le défi ?", a interrogé Louis Giscard d'Estaing, maire de Chamalières et vice-président de Clermont Auvergne Métropole. Une partie d'entre elles demandent à être davantage formées aux pratiques. Un guide juridique qui sera prochainement publié par le ministère des Affaires étrangères devrait en partie répondre à cette demande.

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