Comment fonctionne le nouveau dispositif d’alerte des populations ?

D’ici fin juin 2022, FR-Alert sera déployé en France et en outre-mer. En cas de menace ou de danger imminent, toutes les personnes dotées d’un mobile recevront une alerte localisée. Revue de détail d’un dispositif technique ne nécessitant aucune application, spécifique qui intéresse grandement les collectivités.

L’usage des antennes de téléphonie mobile pour alerter localement les populations est évoqué depuis 25 ans – il a été mentionné pour la première fois en 1997 – mais il aura fallu un texte européen pour qu’il se mette en place. Le système FR-Alert est en effet issu de l’article 110 de la directive européenne du 11 décembre 2018, transposée en droit français par l’ordonnance du 26 mai 2021, qui impose à chaque État membre la mise en place d’un système d’alerte au public avant le 22 juin 2022. FR-Alert intervient après l’échec retentissant de l’application SAIP, lancée à l’issue des attentats de 2015, boudée par les Français et rapidement abandonnée avant que l’accident Lubrizol (2019) ne remette ce dossier sur le haut de la pile.

Deux technologies combinées

Si FR-Alert s’appuie aussi sur la généralisation du mobile, il combine deux technologies gérées au niveau du réseau des quatre opérateurs, sans intervention sur le terminal. Le "Cell Broadcast" consiste à diffuser via un canal radio dédié une notification s’affichant sur l’écran du téléphone, pouvant être accompagnée d’une vibration ou alerte sonore spécifique à chaque risque. Le Cell Broadcast fonctionne sur la 4G, bientôt sur la 5G, et a pour atout d’alerter la population en quelques secondes. Le SMS géolocalisé (Location-Based SMS), "déployé ultérieurement" comme le précise le ministère de l’Intérieur, consiste à diffuser un message court dans une zone géographique donnée via les antennes relais du secteur à alerter. Le SMS "peut prendre plus de temps" eu égard au volume de messages à envoyer mais a le mérite de fonctionner sur l’ensemble des technologies mobiles : 2G, 3G, 4G, 5G.

Aux mains des préfets

Concrètement, les messages seront rédigés par les services de l’État via un portail dédié. Les événements susceptibles de faire l’objet d’alertes concernent les risques naturels, industriels, sanitaires et les événements graves de sécurité publique. Le ministère de l’intérieur précise le détail des notifications :
- la nature de l’événement en cours ou imminent et donc du danger qu’il représente ou qu'il est susceptible de représenter ;
- le lieu ou la zone géographique où ce danger se manifeste, ou est susceptible de se manifester ;
- des consignes et conseils d’actions de mise en sécurité pour se protéger face à ce danger (mise à l’abri, évacuation…) ;
- le cas échéant, un lien vers un site internet officiel pour disposer d’informations complémentaires.

Un outil complémentaire à l’existant

La fin de l’alerte fera également l’objet d’une notification. FR-Alert a été testé dans le Rhône et les Bouches-du-Rhône avant un lancement national prévu fin juin. Ce dispositif n’a pas vocation à remplacer les systèmes d’alerte existants comme les quelque 2.000 alertes sonores dans les zones inondables ou les annonces à la radiotélévision et sur les réseaux sociaux. Il présente cependant deux atouts : celui de fonctionner sans nécessiter l’inscription préalable du détenteur de téléphone mobile et de permettre d’alerter aussi des personnes étrangères. Aucune installation d’application n'est nécessaire et l’alerte s’affiche même si le téléphone est en veille, mais pas quand il est éteint ou en "mode avion". Le ministère de l’Intérieur précise que FR-Alert ne recueille aucune donnée personnelle comme d’éventuelles informations sur la géolocalisation des utilisateurs.

Un test en Cell Broadcast en Seine-Maritime

À ce stade, FR-Alert est intégralement aux mains de l’État. Les collectivités territoriales ne disposent que de deux solutions mobiles pour alerter leurs résidents : les notifications via une application mobile ou l’envoi massif de SMS. Mais pour cette dernière solution, elles ont l’obligation de recueillir le consentement des usagers pour utiliser leur numéro de téléphone. L’installation d’une l’application comme le recueil de consentement font que ces systèmes touchent peu de monde, sans compter les touristes et gens de passage qui passent entre les mailles du filet. La réticence de l’État à autoriser le Cell Broadcast aux collectivités peut se comprendre avec un potentiel dévoiement du système pour de la communication territoriale qui réduirait la portée des alertes de sécurité. La position du ministère de l’Intérieur ne semble cependant pas figée. Il a autorisé les élus de communes situées autour la zone industrielle portuaire de Gonfreville-l’Orcher à tester le Cell Broadcast comme l’a annoncé fin avril le député de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq.

 

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