Comment mieux associer les dirigeants de TPE rurales à la vie locale ?
Très attachés à leur territoire, les dirigeants de TPE rurales ne se limitent pas à leur rôle économique. Soutien au tissu associatif, accueil d'apprentis, participation à la vie locale : leur contribution à la cohésion des territoires est réelle, mais demeure variable. C'est ce que montre une étude de l'Institut Terram intitulée "Artisans et commerçants : fabrique de la cohésion en ruralité". Pour renforcer le lien entre élus et entrepreneurs, le rapport préconise la création de conseils locaux d'entreprises dans les intercommunalités.
© Institut Terram – juillet 2026 et Adobe stock. Source : Bpifrance Le Lab, 2025
Quelle est la contribution des dirigeants de très petites entreprises (TPE) en milieu rural ? C'est ce que l'Institut Terram a cherché à savoir, à travers une étude intitulée "Artisans et commerçants : fabrique de la cohésion en ruralité", publiée début juillet 2026, menée en partenariat avec Le Lab Bpifrance, à partir d'un questionnaire auprès de 893 dirigeants et de 19 entretiens conduits auprès de chefs d'entreprise et d'élus.
Premier enseignement : l'ancrage et l'attachement forts que les dirigeants ont pour leur territoire. Plus de quatre dirigeants sur dix (43%) ont grandi sur place sans jamais quitter leur territoire et deux tiers d'entre eux résident dans la commune de leur entreprise. Ils voient de manière majoritaire la ruralité comme une force (43%) et un mélange d'atouts et de contraintes (48%). Seuls 9% y voient une faiblesse. "L'attachement est généralisé, c'est net, assure Arnaud Brennetot, professeur de géographie à l'université de Rouen Normandie et auteur de l'étude, à Localtis. Ce sont des personnes qui sont ancrées et attachées au territoire, même si cela ne se traduit pas autrement que par une activité économique."
Des niveaux d'engagement très variables
Parmi les atouts identifiés par les dirigeants en matière économique, la fiabilité de la main-d'œuvre et la faiblesse de la concurrence locale arrivent au premier rang. Côté contraintes, ils citent les difficultés de recrutement et de fidélisation (57%), l'étroitesse du marché local et les difficultés d'accès au financement et à l'immobilier d'entreprise. "L'implantation rurale relève davantage d'une identité que d'un argument commercial explicitement mobilisé", relève le rapport.
L'implication des dirigeants n'est pas homogène. Elle va de l'accueil de stagiaires et d'apprentis (73%) et du soutien au tissu associatif (71%) jusqu'à des formes plus exigeantes, comme les partenariats avec les autres entreprises (64%) ou la participation à une action de coopération (groupement d'achat, mutualisation de moyens, événements locaux...). "On constate des capacités inégales à s'ouvrir et à s'engager dans la vie locale, explique Arnaud Brennetot, il y a des freins mais pas de fatalité." Et l'une des conclusions de l'étude est qu'il faut "aller vers" ces entrepreneurs.
"Aller vers" les entreprises
"Il faut des moyens pour aller vers, avec des conseils de développement ou des cellules de développement économique, des animateurs du commerce, de l'artisanat qui aillent vers les entreprises, qui aillent toquer à leur porte, estime Arnaud Brennetot. Le niveau intercommunal paraît le bon pour avoir des moyens mutualisés différents." L'auteur prône ainsi le développement de conseils locaux d'entreprises à l'échelle intercommunale, sur le modèle des conseils de développement, à condition d'apporter des améliorations. "Déjà certaines intercommunalités ne disposent pas de conseils de développement, et ils sont souvent mieux structurés dans les grandes agglomérations, avec des permanents et davantage de moyens. Par ailleurs, tout dépend de ce que les élus en font. Est-ce que c'est un instrument obligatoire auquel on se conforme ? Est-ce qu'il est imposé ou favorise-t-il la concertation ?", esquisse Arnaud Brennetot, qui estime qu'il faut absolument soutenir les clubs et réseaux d'entreprises, avec des moyens mais aussi une reconnaissance. "Tout ne peut pas reposer sur les entreprises", assure-t-il.
Des relations élus-entrepreneurs nuancées
L'étude montre aussi que les dirigeants d'entreprises ont de bonnes relations avec les habitants et les autres entreprises. Elles sont plus nuancées avec les élus : si une large majorité des dirigeants (72%) se disent satisfaits de leur maire, ils jugent leurs préoccupations insuffisamment prises en compte (55%). "Le potentiel de cette relation reste pourtant sous-exploité", assure l'auteur, plus de six dirigeants sur dix n'entretenant aucune relation avec un organisme public de développement économique, contre moins de quatre sur dix pour les PME. Plus d'un tiers des dirigeants (36%) estiment ne recevoir aucun accompagnement notable. Et leurs attentes concernent plutôt la création d'un environnement favorable, stable sur le plan réglementaire, et des dispositifs lisibles, plus qu'un soutien financier direct. "Ils sont accablés par les lourdeurs administratives", insiste Arnaud Brennetot. De leur côté, les élus regrettent que leur action demeure méconnue des dirigeants. "Les divergences relevées tiennent moins à des oppositions d'intérêts qu'à une connaissance incomplète des marges de manœuvre de chacun", résume le document.