Commerce spécialisé : les ventes du premier semestre toujours inférieures à celles de 2019

Le premier semestre 2022 n'a pas été très bon pour le commerce spécialisé, d'après le bilan présenté le 29 juin 2022 par Procos. Les ventes sont inférieures à celles de 2019, année de référence hors covid. Et avec le contexte de guerre en Ukraine, l'inflation et le retour éventuel de la crise sanitaire, les perspectives pour les mois à venir ne sont pas meilleures.

Les résultats du commerce spécialisé au premier semestre 2022 ne sont pas très bons. "Les ventes semestrielles en magasins sont toujours inférieures à celles de 2019, entre -10% et -13% pour l'habillement, la beauté-santé, la chaussure, et -6% pour le secteur jouet-cadeaux-culture. Seuls l'alimentaire spécialisé et l'équipement de la maison font mieux qu'en 2019", signale le bilan de la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé présenté le 29 juin 2022.

Et même le cumul magasins et web ne permet pas de rattraper l'écart. Entre janvier et mai 2022, ce cumul en chiffre d'affaires est inférieur de 5,4% à celui de 2019. Car les ventes web sont en forte chute en 2022 (-26% sur le semestre par rapport à 2021), après les fortes croissances des années antérieures.

Côté fréquentation de magasins, la baisse est aussi importante : -14,9%, très proche (-14,4%) de ce que vivent aussi les centres commerciaux. La vision régionale fait toutefois apparaître des différences importantes, avec des régions comme l'Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur et le Grand Est qui voient la fréquentation de leurs magasins augmenter légèrement par rapport à 2021, notamment grâce au retour des touristes (entre +2,5% et +5%). Quatre régions sont inversement marquées par une baisse plus conséquente par rapport à juin 2021 (entre -5% et -10°%) : Normandie, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Procos met aussi en avant le cas particulier de Paris, qui reste préoccupant du fait du télétravail et malgré le retour d'une partie des touristes. En témoigne la baisse de fréquentation de 30% du métro de La Défense par rapport à 2019, gros pôle de travail. "Les tours de bureaux sont occupées très partiellement chaque jour, situation qui ne peut pas être sans conséquence sur l'activité de la restauration et du commerce dans la zone les Quatre Temps", alerte Procos, qui estime qu'une partie du commerce parisien est en réel danger si aucune mesure n'est prise pour inverser la tendance.

La baisse du pouvoir d'achat la plus forte depuis 2013

Les perspectives pour 2022 et 2023 ne sont pas meilleures, avec le contexte de guerre en Ukraine, et ses conséquences sur les prix de l'énergie, et une potentielle reprise de la crise sanitaire. Les effets de l'inflation en cours renforcent aussi les inquiétudes concernant le pouvoir d'achat des Français. "La baisse du pouvoir d'achat en 2022 serait la plus forte depuis 2013, année marquée par un choc fiscal de grande ampleur", précise Procos. Une baisse qui pèsera forcément sur la reprise avec une faible dynamique de la consommation des ménages. D'après l'Insee, en 2021, la dépense de consommation finale des ménages rebondit de 5,2% en volume après avoir connu une chute historique de 6,7% en 2020 en raison de la crise sanitaire, mais elle reste en-deçà de sa tendance d'avant-crise. Le commerce non alimentaire de magasin retrouve des couleurs après avoir particulièrement souffert des restrictions, indique aussi l'Insee avec un rebond des ventes de 9,1% en volume, après une baisse de 9,8% l'an dernier. La reprise est marquée dans les technologies de l’information et de la communication (+10,5%), l’équipement du foyer (+8,3%), la culture et des loisirs (+8,4%) et l’équipement de la personne (+9,7% dans l’habillement-chaussure), "mais ne suffit pas à retrouver le niveau des ventes d’avant-crise", confirme l'institut.

En face, les commerçants sont soumis à de multiples tensions : hausse des coûts d'exploitation qui impose une augmentation des prix de vente, hausse des loyers, compression des marges et de rentabilité des points de vente et baisse plus générale de la rentabilité. "Il ne faudrait pas que nos problèmes de court terme repoussent les investissements de transformation à plus long terme", a insisté Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos lors de la présentation du bilan, en allusion aux évolutions sur le plan digital et environnemental et sur la modernisation des magasins.

Pour Procos, les commerces doivent être accompagnés pour les années qui viennent. La fédération appelle ainsi à donner corps aux conclusions des Assises du commerce, qui n'ont jamais été rendues officiellement. Elle demande aussi de limiter l'indexation des loyers du commerce pour 2023 à 2% et à allonger les délais de remboursement des prêts garantis par l'Etat (PGE). Le commerce est un des secteurs qui a le plus bénéficié des PGE (30%). Autres demandes : un accès au crédit facilité, un amortissement des conséquences des hausses des coûts de l'énergie, et des conditions d'exploitation normale des magasins. Le message est de ne plus fermer, même s'il y avait une réelle reprise du covid.

 

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