Construction : le Sénat saisit l’Autorité de la concurrence face à la "crise de trop"

La commission des affaires économiques du Sénat a annoncé, mercredi 6 mai, une saisine de l’Autorité de la concurrence pour examiner de près le marché des matériaux de construction. Une décision qui fait écho au cri d’alarme de la Capeb, alors que l’artisanat du bâtiment s’enfonce dans une crise de rentabilité jugée critique.

Le secteur de la construction attendait un signal fort ; il est venu du palais du Luxembourg. Sur proposition du sénateur centriste du Morbihan Yves Bleunven, la commission des affaires économiques a décidé d'actionner l'article L.462-1 du code de commerce pour solliciter l’Autorité de la concurrence. L'objectif est clair : passer au crible le fonctionnement des marchés amont, particulièrement les plus concentrés, où la formation des prix reste opaque pour les acteurs de terrain.

Cette initiative parlementaire intervient alors que la crise du logement s'installe dans la durée. Pour Dominique Estrosi Sassone, présidente (LR) de la commission, l'enjeu est de ne pas "compromettre la timide reprise observée depuis un an". Les chiffres sont là pour rappeler l’urgence : en 2025, seules 275.000 mises en chantier ont été enregistrées, bien loin de l’objectif national de 400.000 logements par an.

L’artisanat au point de rupture

Sur le terrain, cette opacité des coûts et la volatilité des prix des matériaux étranglent les petites entreprises. Quelques jours avant cette saisine, le 29 avril, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) présentait une note de conjoncture alarmante pour le premier trimestre 2026. L’activité y recule encore de 1,5%, plombée par une chute de 2,5% dans le segment du neuf.

"Les dernières données conjoncturelles montrent que nous sommes à un point de bascule. [...] Avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, nos entreprises subissent un nouveau choc qu’elles ne peuvent plus absorber. C’est la crise de trop", déclarait Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, fin avril dans un communiqué.

Pour les artisans, les conséquences sont concrètes et comptables. Le solde d'opinion sur la trésorerie a chuté à -18 points, et 19% des entreprises constatent une érosion de leurs marges. Dans deux tiers des cas, cette dégradation est directement imputable à la hausse des coûts. Cette situation a déjà provoqué la destruction de 12.200 emplois dans les entreprises de moins de 10 salariés à la fin de l'année 2025.

Un besoin de transparence

L’un des points cruciaux de la saisine sénatoriale concerne la création d’un outil de suivi des coûts de production. Depuis l’abandon d’un projet gouvernemental en 2023, la filière navigue à vue. Yves Bleunven souligne que cette démarche vise à "mobiliser pleinement les outils que la loi met à notre disposition pour objectiver le fonctionnement des marchés et, en l’espèce, trouver des solutions contre une crise du logement qui frappe durement nos concitoyens".

En sollicitant l’avis de l’Autorité de la concurrence sur un tel dispositif, le Sénat espère offrir aux entreprises la visibilité qui leur manque face aux chocs extérieurs. Car, comme le rappelle la Capeb, 44% des hausses subies par les artisans sont diffusées par les fournisseurs et les coûts des matériaux, un levier sur lequel les chefs d'entreprise n'ont aucune prise.

Alors que des échanges ont eu lieu à Matignon fin avril, les professionnels du secteur attendent désormais que cette saisine parlementaire débouche sur des recommandations capables de fluidifier les relations entre les géants de la production de matériaux et les 526.100 petites entreprises qui composent l'essentiel du tissu productif français.

 

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